mercredi 24 décembre 2008

Meilleurs voeux

J’ai pas à me plaindre. Je pars pour l’Alsace dans quelques heures pour quelques jours et ce sera merveilleux d’être là, de bouffer et de boire (Danielle, je ne prendrai pas le temps d’aller te voir, malheureusement. On reste en amoureux cette fois-ci. Joyeux Noël à toi et toute ta famille xxx) et de visiter tous les marchés de Noël. Tout le monde n’a pas la chance de passer Noël dans LA ville de Noël !!! Alors voilà, vous n’aurez pas mon traditionnel coup de téléphone demain matin pour savoir ce que vous avez trouvé dans vos bas de Noël, mais je prendrai plein de photos, comme ça vous pourrez voir de quoi ça a l’air, Strasbourg, à Noël.

N’empêche, c’est pas facile de passer cette période de l’année loin de ceux qu’on aime. Alors, je penserai à vous, lecteurs, et aux autres (qui ne savent pas lire, ehe !) : vos oreilles bourdonneront... Je souhaite que vous passiez un bon temps des fêtes, même si vous vous foutez de Noël, moi je m’en fous pas. Je souhaite que vous soyez entourés de ceux que vous aimez et qui vous aiment et que vous en profitiez, sans arrières pensés. Je vous souhaite de lâchez prise, au moins une fois dans l’année, de laissez de côté vos soucis et vos chicanes, vos problèmes, vos dettes, vos questions existentielles. On dit souvent qu’on se rend compte de l’importance qu’ont certaines choses une fois qu’elles ne sont plus. On le dit, mais de le vivre c’est une autre histoire : c’est vide... tous les voyages en Alsace du monde n’arriveront jamais à le combler vraiment. C’est comme un vide juste patché.

Le 24 décembre d’habitude, je me levais tôt et j’allais acheter La Presse. Y’avait plein d’histoires de Noël. J’aimais ça lire ça... y’a personne de mort (que je connais entoucas)... je vais arrêter de m’apitoyer.

Bon, j’ai pas de budget «cadeaux», mais je voulais quand même vous offrir quelque chose. Hier, en marchant dans Bonnelles, j’ai vu le plus gros chou de ma vie. Il est monstrueux ! Je trouvais ça pas mal original comme cadeau, alors je vous le donne. Y'en a assez pour tout le monde ! Passez de Joyeuses fêtes !

lundi 22 décembre 2008

La dinde ne fait rien à l'affaire

Souvent quand je file ordinaire, un évènement extérieur hors de mon contrôle survient telle la métaphore de ma vie ( ! ). Bon, je suis pas si superstitieuse... mais en fin de semaine, la métaphore était pas mal réussie.

Je vais vous épargner les détails de ma déchéance en vous disant simplement que j’ai passé une semaine de merde à m’apitoyer, à me morfondre et à me poser des questions ontologiques. Heureusement, vendredi j’allais un peu mieux, j’ai passé l’après-midi à jaser avec Laetitia et son chien Biscotte : on a bu du café (sauf Biscotte) et on est allée marcher dans la bouette du bois de Chevreuse. Il faisait beau en plus, ce qui est assez rare. Je peux dire avec assurance que j’ai profité de cette journée sur terre et régler plusieurs problèmes qui me chicotaient inutilement l’esprit. Heureusement.

Mais voilà, samedi la grisaille était de retour et j’étais plus insupportable que jamais. Apparemment, j’ai dégagé tellement d’énergie négative que les canalisations d’eau de la rue de la Division Leclerc ont explosé, juste sous le porche de notre ferme, ce qui a eu pour effet d’inonder et la rue, et l’appartement sous le nôtre. Le déluge, quoi. Les pauvres nouveaux locataires ont été chanceux dans leur malchance, ils n’avaient pas encore aménagé, mais avaient tout de même passé toute la journée à peinturer... Ils étaient en torpinouche. On s’est rendu compte du déferlement aqueux vers 22h30 seulement, alors que je sortais du four une magnifique dinde de 4 kilos farcie à la saucisse de Toulouse et aux oignons (Gautier, je suis toujours tes conseils).

Quand je suis arrivée ici, je trouvais souvent que les Français n'étaient pas à leur affaire, au travail surtout, qu'ils étaient lambineux, égoïstes, qu’ils se dégagaient toujours de toutes responsabilités, qu’on avait pas de services, que ça «fonctionne mal», que c’était mal «géré», alouette... En fait, c’est seulement différent et j’ai appris à faire gentiment ce qu’on me demande pour obtenir ce que je veux, plutôt que de passer des heures à dire que «ça pas d’allure !!!» Mais je ne sais toujours pas quoi penser du fait qu’on vienne réparer sur le champ une canalisation d’eau explosée en pleine nuit. D'un côté, je me dis : wow, quelle efficacité ! Bravo ! C’est pas à Montréal qu’on verrait ça (une année, l’eau a coulé dans ma rue pendant trois jours et trois nuits, en plein hiver sans que personne ne déplace son cul pour venir évaluer la situation...) D’un autre côté, j’ai pas vraiment envie d’entendre un bruit de marteau piqueur à 2h00 du mat’, voyez-vous... surtout quand la canalisation à réparer en question se trouve dans le sol juste en dessous de la fenêtre de ma chambre à coucher. Eh oui, un chantier s’est monté en quelques minutes pour réparer la fuite en pleine nuit. Scies, marteaux piqueurs et pelle mécanique (!!!). Les Français du service de l’eau ont fait un énorme trou et se sont obstinés entre eux jusqu’à 6h00 du matin sur le pourquoi du comment de la fuite, comme dans les films français. Présentement, ils semblent déjà avoir réglé le problème et sont en train de combler le trou. Je n’ai même pas eu le temps de prendre une photo ! Trop rapides, les Français !

Il faut savoir qu’ici, ce sont les particuliers ou les propriétaires qui paient l’eau (au débit) qui, de surcroît, coûte plus cher qu’au Québec, où l’on est simplement taxés, si je ne me trompe. Quand survient un problème, vaut mieux le régler rapidement parce que ça fait gonfler les factures. Alors, je n’ai pas chialé, j’ai plutôt ricané, même si ce n’était pas drôle... Maintenant, on a une plage sous le porche, et les voisins, chanceux, en ont une dans leur appart. L’eau a fait remonter plein de sable. Moi qui m’ennuyais de la Corse... L’inondation aura eu du bon.

Morales de cette histoire :
Vaut mieux être de bonne humeur que de faire éclater les canalisations de la rue de la Division Leclerc, parce qu’après ça nous empêche de dormir.

Quand la plage se pointe chez toi sans prévenir, c’est qu’il est temps de prendre des vacances.

samedi 13 décembre 2008

Kiwi, de Daniel Danis - Une histoire de canards et de lumière, y paraît...


Hier soir j’ai eu la chance d’aller voir à nouveau une pièce de Danis, Kiwi, au Centre Wallonie-Bruxelles à Paris (10 euros le billet : j’étais morte de rire). La pièce a été créée à l’automne 2007 et cette production tourne depuis quelques temps en Europe francophone, je n’arrive pas à savoir si elle a été jouée au Québec (je ne cherche pas trop, j’aime bien me dire que j’ai un scoop !) J’avais quelques réserves avant de me rendre au théâtre. Dans le répertoire du CEAD, il est indiqué sur la fiche de la pièce qu’elle est destinée au 12 ans et + ... ouin. Je me suis souvenue que les pièces de Danis mettaient souvent en scène des personnages-enfants, et je ne voyais pas pourquoi celle-ci serait moins bonne que les autres parce qu'elle était supposément écrite en fonction d'un public adolescent. Effectivement, je n’ai pas regretté mon voyage à Paris.

Kiwi, c’est le nom d’une petite orpheline qui a onze ans au début de la pièce qui raconte son histoire et celle de Litchi, son «mari», dans la «famille» peu orthodoxe composée d’enfants de la rue. Ironiquement, tous se sont rebaptisés en se donnant des noms de fruits ou de légumes, nomenclature apétissante et fertile qui jure pathétiquement avec l’ambiance glauque de la misère et de la cruauté. Chassés de leur bidonville sous prétexte que la ville qu’ils habitent fait le ménage en prévision des jeux olympiques, les enfants s’organisent une société à leur manière dont le quartier général est un ancien bunker, la maison sous la terre, et se prostituent, à la maison noire, pour gagner leur pain et l’argent nécessaire pour acheter leur rêve, la maison de pierre.

J’aime me faire raconter des histoires et j’ai l’impression que les textes de Danis ont été écrits exactement pour satisfaire ce besoin viscéral de fiction humaine qui détermine les hauts et les bas de mon existence depuis ma naissance. Kiwi est un texte particulièrement touchant, encore une fois, très narratif, baigné d’une poésie libérée de tous les tabous des grammaires, où les mots-images, même ceux qui n’existent pas, deviennent envisageables et prononçables. Les personnages nous plongent dans leur histoire en nous la racontant plutôt qu’en la mimant, le dialogue direct entre eux étant pratiquement inexistant. Les conversations sont la plupart du temps rapportées, ce qui nous oblige à imaginer une grande part de l’action. J’ai l’impression que ça renforce notre position et notre rôle de spectateur puisqu’on a droit à plusieurs points de vue. Le spectateur doit assembler lui-même ces voix pour créer l’histoire. Bref, voir du Danis me donne l’impression que je suis en train de lire un livre. Deux plaisirs en un, donc.

En cela, ses textes ont la réputation d’être difficiles à mettre en scène. Pourtant, c’est bel et bien du théâtre, il n’y a pas de doute là-dessus. Je ne suis pas spécialiste de la mise en scène des textes de Danis, mais celle que j’ai vue hier était particulièrement impressionnante, peut-être parce que c’est l’auteur qui l’a conçu. Rien d’autre sur scène que deux écrans blancs. Le spectateur est plongé dans le noir et regarde la pièce, filmée sur scène en direct et en nocturne par un caméraman et projetté sur les toiles. En se servant de la technologie, Danis questionne les possibilités de la mise en scène. Les acteurs sont présents sur scène tout en ne l’étant pas pour le spectateur qui ne les aperçoit que par le truchement de la vidéo. Filmé la plupart du temps en gros plan, la caméra nous permet paradoxalement de mieux voir les acteurs et de nous rapprocher des personnages qu’ils incarnent, de vivre l’exigüité des lieux, propres et figurés, qu’ils sont forcés d’habiter, mais aussi de ressentir leur amour fraternel, la compréhension et l’entraide dont ils doivent faire preuve au jour le jour pour s’en sortir. La noirceur de la mise en scène met en lumière l’espoir qui portera finalement les personnages jusqu’au dénouement de leur cauchemar, dans un chez soi survolés par les canards et la lumière. Une récompense équivoque qu’ils auront payée de leur innocence.



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La technologie a perdue de sa «nouveauté» au théâtre. J’entends par là qu’il n’est pas rare que les metteurs en scène explorent les textes de théâtre avec des moyens qui dépassent le genre dans ses traditions. Ce travail d’exploration est remarquable pour moi, peu importe la qualité du résultat : il est tout à fait légitime de chercher à approfondir les textes de théâtre en usant de moyens techniques, qui sont par ailleurs de plus en plus accessibles et complètent souvent à merveille la dramaturgie d’un auteur, comme ça été le cas pour Kiwi. N’empêche, il semble qu’il y aura toujours des gens qui penseront être les seuls sur la terre à explorer les possibilités du théâtre, comme ces deux inconnues assises derrière moi, hier soir. Dégoutée dès la lecture du programme, une des deux femmes a sifflé amèrement à son amie : «Du théâtre-filmé... Tout le monde te copie maintenant ...»