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lundi 4 mai 2009

Heures de vol

Pffffffffff. Je suis fatiguée. J’ai rêvé d’Andy Warhol toute la nuit, de soupe Campbell et de chaises électriques, de New York, de cinéma et de gens qui se droguent dans une Factory. Ça m’apprendra de lire le Télérama avant de me coucher. Ouais, je rêve artistique ces temps-ci. Avant-hier nuit, j’étais dans un chœur d’opéra et pendant que je chantais, en solo, la Habanera de Carmen, je me suis envolée. Ça arrive, dans les rêves. Autrement, je chante très mal la Habanera. Je ne sais pas pourquoi c’était cette chanson en particulier. Je ne la connais pas par cœur et le maître de chorale de mon rêve a été obligé de me fredonner les premières notes. J’ai eu un méchant blanc… Après, je me suis envolée en chantant. Je survolais la cour, à Bonnelles, et je suivais un personnage, qui volait aussi et qui était habillé tout en rouge... L'amour est un oiseau rebelle... C’était cool. J’ai même reçu un salaire pour mon spectacle…

J’ai du mal à m’endormir depuis que Scapin se couche à côté de ma face: quand je le flatte pas, il boit une demi-heure dans mon verre d’eau. C’est très bruyant.

J’ai terminé le chapitre 2 de mon mémoire. J’essaie de commencer le troisième, mais je suis vedge. Je n’aime pas tellement la troisième pièce de mon corpus (Uncle Vanya de Howard Barker, une réécriture de Tchekhov, «contre» Tchekhov, mais sans pouvoir s’en débarrasser totalement, compliqué… d’ailleurs c’est le sous-titre, «une complication»…), je ne la comprends pas tellement et j’ai beau lire à son sujet, elle reste obscure. Alors je prends mon temps, même si je n’en ai plus tellement. En fait, je ne prends pas mon temps, je m’acharne et j’essaie de me dépêcher, mais ça ne fonctionne pas. Je reste avec l’impression d’avoir pressé tout le jus.
Mais je radote : je vais passer à un autre sujet.

Je suis fatiguée de la paperasse aussi. Après ma première demande de visa l’an dernier, le mariage, je suis maintenant en quête des papiers pour ma deuxième demande de visa (gratuit) et je gère à mi-temps la demande de résidence de Chéri (490 $). Demain je vais à l’ambassade (31 euros)pour faire assermenter un truc, le fameux formulaire qui dit que je suis Canadienne, mais que je n’habite pas au Québec, mais que je suis, pour Chéri, de la famille qui réside au Québec. J’ai reçu un permis de conduire valide sans photo et sans signature (78$) après plusieurs tergiversations avec la SAAQ. Alléluia.

Je sais pas, peut-être que cet après-midi je vais aller au Starbuck (2,30 euros). Je suis aussi à la recherche d’une épicerie italienne qui vendrait de la farine de type 00 (?), pour faire la pâte à pizza de Jamie Oliver (cadeau). Je crois qu’il y en a une sur la rue Daguerre (8,40 euros).

Je n’ai presque pas apporté de disques quand je suis déménagée ici. J’ai amené mes préférés seulement, le reste est sur mon disque dur. Tantôt, j’ai ouvert ma pochette pour voir ce que je pourrais bien écouter ce matin et j’ai eu l’impression qu’elle appartenait à quelqu’un d’autre.

jeudi 19 mars 2009

L'envie de

Le problème c’est qu’un jour sur deux ça ne me tente pas, ça ne me tente plus. Après c’est le cercle vicieux : ça me tente pas, je le fais pas, je suis de moins en moins dedans, c’est plus difficile, alors ça ne me tente pas. C’est poooooche! J’ai du mal à noyer ce poison.

J’ai envoyé une analyse (15 pages double interligne) il y a presque un mois et je reste sans nouvelle. Je trouve que c’est dur d’attendre, surtout après le chapitre poche que j’ai écrit. J’ai la chienne. J’arrête pas de penser que si je suis pas capable de le faire j’aurai engagé trois ans de mes énergies morales et financières pour du vent. Et surtout je me retrouverai devant rien. Rien de tangible disons. Ma vie est toujours au stade de projet. C’est ben fatiguant.

Bon. Sinon, ça me tente de faire tout sauf ça. J’aime mieux aller au musée, moi qui trouvais ces endroits ennuyants il y a trois mois. Je me dis, si je n’écris pas mon mémoire, j’obtiendrai au moins mon salut par la culture. On verra. J’écris aussi des trucs sans débuts ni fin, qui ne vont pas ensemble. Je ne sais pas si ça donnera quelque chose un jour. Je pense que c’est ce que je vais faire aujourd’hui. Je vais essayer de les mettre ensemble, on sait jamais. Au moins, quand je fais ça, je me dis que je ne fais pas rien. J’ai beaucoup pensé à l’écriture ces temps-ci. J’écrivais beaucoup avant. Ce n’était pas très bon. J’écrivais des poèmes. Il y en a un qui était pas pire, le dernier que j’ai écrit. Ça s’appelait Variations sagaces ou l’arrogance (!!!) Je l’avais présenté dans une expo avec Karine Dufour, photographe, et des photos qu’elle avait faites de ma face avec un masque en plume de perdrix. Maintenant, elles sont accrochées dans sa cuisine. C’était dans le temps qu’on était toutes les deux au chômage, il me semble.... Je crois qu’on avait choisi au hasard les mots dans le dictionnaire pour trouver le titre de l’expo. C’est le seul poème que j’ai conservé. Heureusement, mon dinosordinateur a planté il y a deux ans et j’ai tout perdu. Il doit me rester deux trois feuilles volantes dans une boîte chez ma mère… Des fois je me dis que les huit dernières années de ma vie ont été consacrée à faire taire l’envie d’écrire. Je sais pas. Des fois on fait des affaires dans la vie juste pour pas être obligé d’en faire d’autres…

Sinon, je cuisine énormément. Ce que je fais est très bon, je trouve. J’ai appris à faire des sauces maison. C’est vraiment facile. Je change les recettes souvent. J’ai fait un cake au pamplemousse et herbes de provence. J’ai mis un peu trop d’herbes de provence, mais c’était bon quand même. Si vous voulez la recette, je peux vous l’envoyer. Hier, j’ai fait une tarte aux patates et à l’oseille, il y en a déjà qui pousse dans mon jardin. C’était bon aussi. À l’origine, ça se fait avec des orties, mais je n’ai pas de gants pour les cueillir. Il y a en a plein dans le jardin aussi.

Je ne vais plus au yoga depuis deux semaines. Ça m’emmerde profondément. J’ai envie de bouger, pas de me concentrer et en plus j’ai une douleur à l’épaule gauche qui persiste depuis un bon mois. Alors non merci la position du triangle inversé, ça ne me fait pas du bien. Il y a des vieux vélos dans le hangar, je vais aller regarder s’il y en a pas un qui est retapable.

Je ne suis pas déprimée. Je suis juste étrange. J’ai très envie de voyager. Je vais à Londres demain.

lundi 22 décembre 2008

La dinde ne fait rien à l'affaire

Souvent quand je file ordinaire, un évènement extérieur hors de mon contrôle survient telle la métaphore de ma vie ( ! ). Bon, je suis pas si superstitieuse... mais en fin de semaine, la métaphore était pas mal réussie.

Je vais vous épargner les détails de ma déchéance en vous disant simplement que j’ai passé une semaine de merde à m’apitoyer, à me morfondre et à me poser des questions ontologiques. Heureusement, vendredi j’allais un peu mieux, j’ai passé l’après-midi à jaser avec Laetitia et son chien Biscotte : on a bu du café (sauf Biscotte) et on est allée marcher dans la bouette du bois de Chevreuse. Il faisait beau en plus, ce qui est assez rare. Je peux dire avec assurance que j’ai profité de cette journée sur terre et régler plusieurs problèmes qui me chicotaient inutilement l’esprit. Heureusement.

Mais voilà, samedi la grisaille était de retour et j’étais plus insupportable que jamais. Apparemment, j’ai dégagé tellement d’énergie négative que les canalisations d’eau de la rue de la Division Leclerc ont explosé, juste sous le porche de notre ferme, ce qui a eu pour effet d’inonder et la rue, et l’appartement sous le nôtre. Le déluge, quoi. Les pauvres nouveaux locataires ont été chanceux dans leur malchance, ils n’avaient pas encore aménagé, mais avaient tout de même passé toute la journée à peinturer... Ils étaient en torpinouche. On s’est rendu compte du déferlement aqueux vers 22h30 seulement, alors que je sortais du four une magnifique dinde de 4 kilos farcie à la saucisse de Toulouse et aux oignons (Gautier, je suis toujours tes conseils).

Quand je suis arrivée ici, je trouvais souvent que les Français n'étaient pas à leur affaire, au travail surtout, qu'ils étaient lambineux, égoïstes, qu’ils se dégagaient toujours de toutes responsabilités, qu’on avait pas de services, que ça «fonctionne mal», que c’était mal «géré», alouette... En fait, c’est seulement différent et j’ai appris à faire gentiment ce qu’on me demande pour obtenir ce que je veux, plutôt que de passer des heures à dire que «ça pas d’allure !!!» Mais je ne sais toujours pas quoi penser du fait qu’on vienne réparer sur le champ une canalisation d’eau explosée en pleine nuit. D'un côté, je me dis : wow, quelle efficacité ! Bravo ! C’est pas à Montréal qu’on verrait ça (une année, l’eau a coulé dans ma rue pendant trois jours et trois nuits, en plein hiver sans que personne ne déplace son cul pour venir évaluer la situation...) D’un autre côté, j’ai pas vraiment envie d’entendre un bruit de marteau piqueur à 2h00 du mat’, voyez-vous... surtout quand la canalisation à réparer en question se trouve dans le sol juste en dessous de la fenêtre de ma chambre à coucher. Eh oui, un chantier s’est monté en quelques minutes pour réparer la fuite en pleine nuit. Scies, marteaux piqueurs et pelle mécanique (!!!). Les Français du service de l’eau ont fait un énorme trou et se sont obstinés entre eux jusqu’à 6h00 du matin sur le pourquoi du comment de la fuite, comme dans les films français. Présentement, ils semblent déjà avoir réglé le problème et sont en train de combler le trou. Je n’ai même pas eu le temps de prendre une photo ! Trop rapides, les Français !

Il faut savoir qu’ici, ce sont les particuliers ou les propriétaires qui paient l’eau (au débit) qui, de surcroît, coûte plus cher qu’au Québec, où l’on est simplement taxés, si je ne me trompe. Quand survient un problème, vaut mieux le régler rapidement parce que ça fait gonfler les factures. Alors, je n’ai pas chialé, j’ai plutôt ricané, même si ce n’était pas drôle... Maintenant, on a une plage sous le porche, et les voisins, chanceux, en ont une dans leur appart. L’eau a fait remonter plein de sable. Moi qui m’ennuyais de la Corse... L’inondation aura eu du bon.

Morales de cette histoire :
Vaut mieux être de bonne humeur que de faire éclater les canalisations de la rue de la Division Leclerc, parce qu’après ça nous empêche de dormir.

Quand la plage se pointe chez toi sans prévenir, c’est qu’il est temps de prendre des vacances.

lundi 24 novembre 2008

Emplois du temps

Je pense que j’ai trouvé la (ma) formule gagnante pour écrire : alterner les lieux. Si dans la vie en général je suis incapable de rester en place, logiquement, il faut que je bouge pour pouvoir garder un bon rythme d’écriture. Je pars un matin sur deux à Paris, je m’arrête dans un café et l’après-midi je vais à la bibliothèque publique d’information (la seule bibliothèque que je connais où il faut faire la queue... pour passer au détecteur de métal), celle de Beaubourg, qui me rappelle franchement la BNQ à Montréal (il y a des clôtures tout le tour), bien que son architecture soit un peu plus originale, disons. Étrangement, le principal avantage de cette bibliothèque, c’est qu’on ne peut pas emprunter les livres : ils sont toujours là quand j’en ai besoin. Le deuxième avantage, c’est que j’ai l’impression d’avoir des amis intellectuels, je me sens moins tu-seule de ma gang... ça fait un peu Soulier de Satin, à 9 heure, le 2 décembre, où 10 personnes se sont ramassés là, tout poqués, pour travailler, tout le monde est dans le jus, on boit du café en gang en regardant nos ordis, on se parle pas, mais maudit qu’on est ben pareil, Walid arrive et chiale sur le fait que le local étudiant est devenu un repère d’intellos branchés... c’est comme ça que je me sens à Beaubourg, moins le café. Évidemment, cette époque est révolue, du moins en ce qui me concerne. Maintenant, j’ai d’autres amis, en d’autres lieux, tous aussi bizarres les uns que les autres.

Il y a deux sortes de personnes qui viennent, comme moi, étudier à la Bpi : les statiques et les dynamiques. C’est quand même spécial que, peu importe la bibliothèque, tout le monde semble toujours aller s’asseoir à la même place... À ma table, il y a un gars qui semble souffrir d’une sorte de dystrophie musculaire et qui semble apprendre une langue étrangère. Il est cool, ben tranquille (même s’il arrête pas de bouger, c’est pas sa faute, mais vu qu’il est assis quand il bouge, je le classe dans la catégorie des statiques). Un de ses amis vient le rejoindre vers 15 heures, lui, il fait des maths et quand il est écoeuré, il lit le journal Métro en dessous de la table (comme si je le voyais pas, tsé !). Toujours assis au même coin, il y a un vieux monsieur qui a l’air vraiment grognon et qui traduit du Russe (j'espère que je ne lui ressemblerai pas à son âge...). Je suis franchement bien entourée, mais ce sont les personnes entrant dans la catégorie dynamique qui sont les plus divertissantes. Il y a d’abord Monsieur 20 centimes, un quêteux, très propre de sa personne et poli par-dessus le marché qui se tient près des machines à café et sur le balcon où vont tous les fumeurs « Excusez-moi mademoiselle, auriez-vous une pièce de 20 centimes, s’il vous plaît?» C’est tellement bien demandé que c’est dur de lui refuser. Il y aussi un bonhomme tout droit sorti des années 1970 qui se promène toujours en camisole avec son portable sous le bras. Il marche comme ça, dans la bibliothèque, et il change de place à peu près aux heures. Bizarre. Mais le cas dynamique le plus étrange, c’est sûrement la madame du troisième étage qui parle toute seule. Elle est toujours habillée en bleu (comme le vieux vicieux...) et elle ressemble à une sorcière, toute petite et toute maigre avec des cheveux grisonnants. Elle ne s’assoit jamais. Elle reste debout dans l’allée au troisième étage, faisant les 100 pas, s’arrêtant stratégiquement devant certaines tables, son sac en bandoulière et son manteau accroché dessus et elle regarde les gens, ses bras croisés sur sa poitrine; parfois elle pose la tête dans sa main. Elle ne fait rien, elle s’est perdue, je crois. Comme j’aime bien me raconter des histoires, je me dis que derrière ses allures de Moires se profile peut-être une muse.

jeudi 30 octobre 2008

Des nouvelles de l'accent de Marc-André Grondin II - un film francophone...

J'ai trouvé ça, mais c'est pas au sujet de Bouquet Final... En fait, Marc-André «cartonne» ici, c'est le cas de le dire, parce qu'il joue aussi un petit rôle dans un autre film (!!!), Le premier jour du reste de ma vie.

Je sais pas à quel moment cette entrevue a été réalisée, mais bon, pour la télé québécoise, il garde son accent.

Si le dossier vous intéresse... Le réalisateur explique que Marc-André lui était tombé dans l'oeil (j'espère que ça ne lui a pas trop fait mal), il le voulait dans son film et lui a demandé de perdre son accent: Marc-André a accepté... Le réalisation dira plus tard que son film est très «francophone» (parce qu'il y a aussi un Belge dans la distribution...) À chacun sa définition de «francophone»...

Marc-André Grondin cartonne à Paris !
Marc-André Grondin cartonne à Paris !

mardi 28 octobre 2008

Des nouvelles de l'accent de Marc-André Grondin

Saviez-vous que Marc-André Grondin avait obtenu un rôle dans un film français? Le film s’appelle Bouquet final, une comédie, et ça sort en salle ici le 5 novembre prochain. C’est pas un petit rôle qu’il a... il joue aux côtés de Didier Bourdon et Bérénice Béjo, deux comédiens assez populaires ici. Je l’ai su hier soir, quand j’ai écouté le Grand Journal de Canal +, sorte de talk show quotidien, assez intéressant quand même... un Tout le monde en parle un peu plus pop (il y a une chronique où on se moque des people, ils reçoivent les vedettes de séries américaines, etc. c’est un grand talk show disons). J’écoutais d’une oreille Le Grand Journal, tout en mangeant une sanewich au thon, quand j’ai entendu au milieu de trois ou quatre noms français celui de Marc-André Grondin. En premier, je me suis demandée si c’était le même, celui qui tenait le premier rôle dans C.R.A.Z.Y (apparemment ça a ben pogné en France aussi ce film-là... mais, évidemment, il était sous-titré en français (?!?)), mais la fille obsédée de langue française en moi s’est aussi dit «Tiens, on va voir comment il parle à ‘tivi...».

C’est dommage, il n’y ait pas de Youtube de l’entrevue... Ça a pris du temps avant qu’il commence à parler, il a attendu qu’on lui adresse les questions personnellement. Je pense qu'il était gêné. Mon Époux était avec moi (et savourait aussi son sandwich au thon) quand soudain, Marc-André Grondin ouvra la bouche et se mit à parler. Surpris, mon Époux s’exclama «Bah ! Il est pas Québécois lui... non ?» Effectivement, c’est à s’y méprendre. Moi qui habite ici depuis un bon bout, je ne pouvais même plus faire la différence entre la langue des Français et celle de Marc-André, qui a changé du tout au tout. Ouais... ma dernière bouchée de sanewich m’est restée dans le travers du gosier. Pendant une fraction de seconde, je me suis demandée si je ne m’étais pas trompée... il existait un autre Marc-André Grondin, et il était Français.

Il a flushé son accent québécois. Faut le faire, à ce point-là... Je connais mal les conditions de casting au cinéma. Évidemment, je me dis que Marc-André a été choisi pour la qualité de son jeu d’acteur (et aussi pour sa belle gueule!), mais il va sans dire que la condition sine qua non pour faire partie de la distribution était de prendre l’accent français, le temps du film du moins... (Marc-André, si tu me lis, explique-moi comment ça s’est passé). Curieuse, je suis allée voir sur le site de Bouquet final et dans un petit vidéo (sous l’onglet casting), une dame dit « Il avait pris un coach pour faire un film en France, et il perdait son accent jour après jour, c’était impressionnant...» Oui, en effet.

Je peux comprendre que pour faire un film en France, les comédiens Québécois doivent mettre leur accent de côté. C’est une des questions que je travaille dans mon mémoire : l’exotisme de la langue. L’accent nous situe en quelque sorte sur un territoire défini géographiquement, et il charrie avec lui toutes sorte d’idéologies relatives à ce territoire (bon, je ne rentrerai pas dans les détails ici, vous comprenez.) Ce serait un peu ce qui expliquerait que les comédiens québécois au théâtre parle un français qui n'existe nulle part, qu'on dit aussi français international, question que la pièce qui se passe en Russie au XIXe siècle n'ait pas l'air de se dérouler sur la rue Ste-Catherine à Montréal, au XXe siècle. Les références que l’accent québécois font à la culture québécoise n’ont pas lieu d’être dans Bouquet Final. Si on avait demandé à Marc-André de conserver son accent pour jouer un Parisien, le film n’aurait sans doute pas signifié de la même façon chez les spectateurs, qui sont d’abord et avant tout Français... (Là c'est une question de culture et d'ouverture et de perception... je pense que si on faisait jouer un rôle de Montréalais par un Parisien qui préserverait son accent, ça passerait quand même bien dans un film Québécois... Entoucas.)

Cela dit, Marc-André Grondin n’est pas le premier Québécois à jouer dans un film français (mais il est le premier à vraiment parler comme un Français!) Il y a eu Louise Portal dans Mes meilleurs copains qui jouait une rockeuse Québécoise qui rend visite en France à des amis Français qu’elle avait connu dans sa jeunesse. Il y a eu récemment Guillaume Cyr qui avait décroché un rôle de Québécois aussi dans Nos jours heureux, Stéphane Rousseau dans le dernier Astérix et (la grand façon à) Marie-Josée Croze (là je nommerai pas tous les films dans lesquels elle a joué en France...) qui apparemment a pris l’accent, (mais je l’aime pas alors je ne regarde pas ses films) comme Marc-André. Y'en a d'autres. Je trouve que c’est cool que les Québécois puissent être reconnus à l'étranger pour leur talent de comédien, mais c’est pas nécessaire de changer d’accent aussi drastiquement en entrevue à la télé française, il me semble... C’est juste un rôle. Ça m’a comme fait de la peine, on dirait. Et mon époux trouvait Marc-André un peu con de parler comme ça, à la française...

Marc-André joue un Parisien, voilà (il l'a ben en maudit). Je me demande quand même comment il fera maintenant, avec son accent français, pour jouer à nouveau un Québécois...

Il prendra un coach.

A suivre...

lundi 27 octobre 2008

Post-trauma

Ça y est, je suis redescendue sur terre. Ça fait du bien, je commençais à avoir le vertige : c’est fatiguant, flotter sur un nuage rose, les contes de fées et tout le tra la la. C’est fatiguant parce que c’est pas tout à fait réel... je veux dire, il faut se maintenir dans une position de béatitude épanouie et pour ce faire, il faut le créer, l’enrobage euphorique qui nous transporte, il n’existe pas tout seul : si j’avais pas mis trois couches de make-up, mes cernes auraient paru sur les photos, et ça, c’est pas beau beau. Heureusement que j’ai la bonne humeur facile, parce que plusieurs éléments se sont réunis dernièrement pour me mettre en crisse. Comme ont dit Karine et Nadia après la journée intense de décoration de la salle de réception : On a bien fait ça, personne s’est chicané !!! Une chance, oui... parce que j’aurais occis sans pitié les protagonistes d’une présumée querelle.

J’aurais voulu être moins stressée. À un moment donné j’ai comme perdu le Nord. En allant chercher Marilou et Éric à la gare, la veille dudit mariage, je me suis mise à brailler comme un veau et j’ai pas pu me retenir devant eux : Chus pu capaaaaaaaaaaaable ! C’était trop, j’avais hâte que ça finisse, enfin. Je m’en foutais de la cérémonie, d’être belle ou pas le lendemain, que la salle soit bien décorée. J’avais envie d’aller prendre un café en ville avec un bon livre et de magasiner autre chose que des assiettes en plastique et des nappes en papier. Je me disais que ça n’avait pas d’allure de faire autant de sparages juste pour un bout de papier qui allait nous permettre, à mon Époux et à moi, de pouvoir rester ensemble, dans le même pays, genre. J’aurais voulu être moins stressée parce que je me souviens beaucoup plus de la veille (qui a été pas mal chiante), que du jour de mon mariage (et non, ce n’est pas la boisson qui a causé un tel trou de mémoire : j’ai commencé à être soûle à trois heures du matin...). Peut-être que ça me reviendra avec le temps. J’ai le chic pour oublier les mauvais moments de mon existence.

Je ne regrette rien, évidemment. Avec du recul, je peux dire que j’ai apprécié chaque moment. Je voulais raconter le cours des événements, mais on dirait que j’ai pas envie de me remettre dedans pour le moment (!), je savoure la paix qui est de retour dans ma tête. Je vous sers quand même un petit top 10 des faits les plus intéressants. C’est plus original et moins roman-fleuve.

1. Détail saugrenu, mais important, un mariage, ça coûte cher, même si tu veux faire ça simple : malgré tout, on est rentré dans notre argent. Alleluia.
2. Un de nos invité s’est amené avec un appareil Polaroid à notre mariage, ce qui fait que j’ai des polaroids de mon mariage ! Yeah !
3. La cornemuse, dans les rues de Bonnelles, ça résonne en ta... J’avais le frisson.
4. On voulait de la musique irlandaise pendant le vin d’honneur, mais c’était trop cher d’engager un orchestre. Le joueur de cornemuse nous a fait la surprise, il a invité deux de ses amis qui jouent de la flûte et de l’accordéon. C’était magique, merci.
5. J’ai découvert que je jiggais mieux en talon haut. En running shoes, je suis pas capable.
6. Au souper : après l’entrée, les maîtres d’hôtels nous ont apporté le plat principal (magret de canard, c’était délicieux) et mon père a dit «Quessé ça ?!?» Je lui ai répondu «du magret de canard» et il a dit « Nenon, mais je pensais que ce qu’on venait de manger c’était le plat principal...» Vive la France, pays de la bouffe.
7. C’est Karine Dufour qui a attrapé le bouquet (qui était vraiment lourd, j’avais peur d’assommer quelqu’un en le lançant) et Simon Lemire qui a eu la jaretelle. Deux Québécois... ma gang de vous autres...
8. Allez voir le vidéo d’une des cartes de souhaits qu’on a reçue.
9. J’ai eu un enterrement de vie de fille À-la-Française, (en plus de mon séjour à Londres À-la-Québécoise). Ils m’ont déguisée en guedaille (j’aurai les photos sous peu). Dans le RER en direction de Paris, j’ai dû demander à des inconnus du genre masculin de m’écrire une dernière déclaration d’amour sur un rouleau de papier de toilette (notez qu’en France, la plupart du papier de toilette est rose, trop kitsch !) On est descendue près de l’Arc-de-Triomphe, et y’a du monde (des touristes russes surtout ?!?) qui voulaient se prendre en photo avec moi !!! Je suis vraiment une star. Ensuite, on est allé dans un hammam pour passer le reste de l’après-midi. J’ai eu droit à un gommage, et privilège de la future mariée, à un massage indien. C’était vraiment une belle journée.
10. On est allé faire nos dernières commissions avant le mariage au Shopi à Bonnelles et le caissier, en m’entendant parler sûrement, me dit : «C’est vous qui avez écrit le billet sur Mamie Nova ?» ... J’ai enfin pu mettre une face sur mon lectorat Bonnellois.

mercredi 8 octobre 2008

Réveil-matin

Quand la radio sonne le matin, c’est toujours et encore la voix de René Homier-Roy, son accent québécois et sa voix nasillarde, que j'entends. Ce qui est troublant, c’est que ce n’est PAS René Homier-Roy qui parle... Ça me surprend à chaque matin. Bizarre, mon cerveau, non?

(C'est vraiment le plus petit billet que je n'ai jamais écrit.)

samedi 20 septembre 2008

Parler mal et fort - Des nouvelles de mon accent II

«C'est la première fois que je lis (et relis) quelque chose d'aussi argumenté et qui fleure aussi mauvais la réalité sur ce que vit un Québécois en France.»

J’ai hésité longtemps avant de publier le dernier billet. J’avais peur qu’il ne s’en dégage un peu trop d’amertume et ce n’était pas un coup de poing que j’avais envie de livrer comme message. Je me disais : ouain, je vais peut-être avoir l’air pas gentille si j’écris ce que je pense... j’ai essayé de le faire avec le plus de tact possible. J’avais aussi l’intention de l’écrire en deux temps (sans savoir exactement ce que j’allais écrire au deuxième temps...), ce que je vais m’appliquer à faire dès maintenant, puisque la petite phrase en exergue m’a inspirée (et j’en remercie l’auteur). La réalité linguistique des Québécois en France, au Québec et ailleurs m’intéresse depuis longtemps. J’y suis donc extrêmement sensible et je remarque tout... sans toutefois entretenir de haine envers les Français et leur comportement face à la langue des Québécois. Je ne me sens pas persécutée et je ne pense pas qu’en maudissant les Français je me sentirai mieux dans ma langue. Les divers traumatismes linguistiques vécus pendant mon séjour en France n’ont pas fait de moi une personne aigrie (du moins, si je l’étais, je ne le suis plus) et je n’ai pas de raison de le devenir : je me marie avec un Français, hein, quand même! Et j’ai bien l’intention de vivre avec nos accents pour le meilleur et pour le pire.

Cela dit, une fois qu'on s'habitue à faire un peu plus attention en parlant, ça va. Ça n'a rien de tragique, c'est juste anormal de devoir prendre cette habitude alors que je parle français (un français métissé est-il pour autant incompréhensible?). Et c'est sournois aussi. Au-delà des imitations et des commentaires de mauvais goût, chaque fois que je parle, je me dis « bon, il ne faut pas que je parle mal» alors que c’est la seule langue que je connaisse et que je puisse utiliser pour exprimer mes sentiments, ma réalité... et pour communiquer avec les autres francophones. Les Québécois se disaient la même chose au début du XXe siècle à Montréal, mais à ce moment-là, c'était non seulement face aux Français, mais aussi face aux Anglais (un des moment dans l’histoire du Québec où le français a changé le plus). Et on m’a rappelé, dans les commentaires du premier billet sur le sujet, que c'était le cas même à l'Université, au département des littératures de langue française en 2008, et pas juste en France. On se dit la même affaire depuis longtemps : je parle mal, et dans toutes les langues. Alors, quelle langue pour les Québécois? Comment faut-il parler pour sortir enfin du cercle de l’accent vicieux?

«Je parle mal». Rien pour conforter mon ego, ni pour me rendre crédible aux yeux des autres : bafouiller, s’enfarger dans les mots, bégayer en parlant finalement un français sans couleur et qui n’existe pas, ça ne met personne à l’aise. J’ai dû trouver une solution «coup de tête» pour me sortir de l’enfer du langage qui commençait sérieusement à m’empoisonner l’existence (ce n’était pas une bonne idée de faire semblant que j’étais muette.) Comme je suis incapable de prendre l’accent français, j’ai décidé de faire le contraire. Advienne que pourra, j'allais «parler mal», mais surtout parler FORT! Cela impliquait qu’à chaque fois que j’ouvrirais la bouche les «Mais, vous êtes Canadieeeeeeeeennne!» allaient retentir de plus belle dans le ciel de l’Ile-de-France, que j’allais devoir expliquer à tout un chacun que je n’avais jamais vu de caribous de ma vie, ni jamais eu de mésaventures avec des ours (je sais pas pourquoi, les ours sont ben à la mode par les temps qui courent en France, plus que les caribous), que je ne connaissais pas Céline personnellement («...mais j’vais quand même lui passer l’bonjour de votre part!») et qu’on allait répéter après moi, ce qui n’est pas tout à fait ma définition du dialogue intelligent.

Le meilleur endroit pour parler mal et fort, c’est dans le RER ou dans le métro, parce que la plupart des gens sont seuls et n’ont rien d’autre à faire que d’écouter les autres. Certains d’entre eux me regardent et m’écoutent attentivement, les yeux sortis de leurs orbites et les narines dilatées, pour ne rien manquer de ma conversation avec Chéri, avec qui je ne fais aucun effort de diction (ils ont l’air parfois de se mordre les lèvres pour ne pas me demander si je suis bel et bien Canadienne, c’est quand même assez fascinant.) J’ai l’air bizarre, mais au moins, personne ne m’interrompt, tout le monde écoute, et à mon avis, ils doivent se rendre compte qu’ils comprennent plus le Québécois qu’ils ne le pensent. Je me dis qu’il se peut que la prochaine fois qu’ils écouteront une émission québécoise ou un artiste québécois à la télé française, ils feront peut-être un peu moins attention aux sous-titres, vu qu’ils ont compris une Québécoise live dans les transports en commun. Le deuxième meilleur endroit pour parler mal et fort, c’est dans les cafés. Quoi de mieux que d’afficher sa Québec-attitude au sein d’une gang de Français. Encore une fois, les têtes se retournent et les regards fusent... Et soudain «Mais, vous êtes Canadieeeennnne!» Vu que j’ai des amis Français qui ont survécu à l’accent québécois, étrange, on ne m’imite pas... ou bien vite fait, pour ne pas avoir l’air trop abruti.

Le but de cette entreprise? Me défolkloriser. Ça marche.

Je suis actuellement à la recherche du troisième meilleur endroit pour parler mal et fort et qui, j’espère, saura me guérir de ma surconscience linguistique. C’est peut-être ici qu’il se trouve, en fin de compte... le seul endroit où je peux écrire un peu comme je parle...

jeudi 18 septembre 2008

Des nouvelles de mon accent

«Alors Rachel, toujours pas perdu ton accent?» me lance un de mes amis Français, tout frais revenu du Québec. «Naon, toujouwh pâs!».

Il faut dire que je ne venais pas ici dans l’idée de perdre mon accent. J’ai bien pris quelques intonations «à la française» (ce qui amuse follement certains Québécois qui, comme les Français, se mettent à répéter après moi... Alleluia). Chéri a lui aussi adopté quelques expressions québécoises, rien de plus normal. C’est dur, perdre un accent, quand on sait qu’on pense avec cet accent (dans ma tête, je parle québécois, je lis en québécois, je rêve en québécois... pas en gros joual là, juste en québécois normal). Alors, pour ceux que ça inquiète, rassurez-vous, mon accent ne s’est pas perdu, et croyez-moi, il est bien présent, surtout quand je suis soûle (c’est comme l’anglais, ça vient tout seul avec un verre dans l’nez!). Sans avoir nécessairement «préserver» mon accent de l’envahisseur Français, disons qu’il n’est juste pas parti comme ça, tout seul. Les Français qui m’entourent se sont habitués à mon accent et moi je me suis habituée au leur (le jargon français est pas mieux que le Québécois, en passant, je comprenais rien au début et je ne pouvais pas rester concentrée sur ce qu’ils racontaient). Je reconnais aussi la face qu’ils font quand ils ne comprennent rien de ce que je dis, alors je répète avec d’autres mots (les Québécois, éternels traducteurs). Depuis que j’ai signifié que ça faisait 8 mois que j’habitais ici et que j’étais écoeurée de me faire imiter à tout bout de champs, y’en a plus de problème. Youpidoo!

Non, pas tout à fait. Préserver, ne pas perdre, garder fièrement son accent québécois (oui, il faut préciser : je ne pense pas que le problème soit le même pour un Marseillais voyez-vous...) signifie ne jamais se faire comprendre dans la vie courante. Par exemple, l’autre jour, j’étais pognée en char en plein milieu d’un carrefour lorsque le feu a passé au vert pour les automobilistes qui venaient dans l’autre sens. En France, quand ce genre d’incident arrive, les gens te foncent dedans (au lieu d’attendre 2 secondes que tu puisses avancer) et t’envoient chier, il faut vivre avec. Un motocycliste me fait signe de ne pas avancer (donc de rester en plein milieu du chemin, ce qui est absurde) et je lui lance par ma fenêtre ouverte un «Ben oussé veux-tu que j’aille câlisse!» qui n’a pas eu tout à fait l’effet escompté, parce que personne n'a compris ce que je venais de dire : dans ce genre de situation, je parlerai toujours une langue étrangère. La spontanéité, on oublie ça: je ne suis pas capable d’envoyer promener quelqu’un en français de France, même si j’adopte toute les intonations.

Pour faire la conversation aux gens que je ne connais pas avec mon accent, il faut accepter (je l’ai fait) de rester toujours une étrangère dans un pays qui ne semble pas vouloir devenir le mien («Vous êtes Canadienne!» C’est immanquable, mais c’est pas grave... les gens sont la plupart du temps ravis de pouvoir parler avec une Canadienne) et faire attention aux mots que j'utilise. Les gens que je ne connais pas, mais à qui je parle plus souvent, ma propriétaire ou le tabagiste, me font la remarque (désobligeante) suivante : «Votre français semble s’améliorer...» Mon français n’était pas plus ou moins moche avant, il était différent, et maintenant, il ressemble un peu plus au vôtre. J’ai souvent envie de dire qu’il y a des milliers de personnes de l’autre côté de l’Atlantique qui parlent comme moi. Entendez vous! CE N’EST PAS LE FRANÇAIS DU XVIIIe SIÈCLE! C’est le français Québécois du XXIe siècle!

Il y a aussi tous les petits malaises inclassables. Que pensez-vous de celui-ci, c’est dans le dernier Elle cuisine : «Sur le site http://www.cookshow.com/, pros et amateurs du monde entier se côtoient sans complexe, pour nous livrer recettes et astuces en vidéo. L’occasion d’apprendre à réaliser du sirop d’érable au gingembre, guidé par un chef québécois, en V.O.» Abasourdie de trouver dans la même phrase les mots «sirop d’érable», «québécois» et «V.O», je me suis posée deux-trois questions. Pourquoi étais-ce nécessaire d’écrire «en V.O.»?!? Chef québécois aurait suffit... Il faut savoir que tout ce qui sonne québécois ici est sous-titré ou doublé en Français de France (sauf la pub pour le nouveau sandwich Canadian Wild de Mc Donald... sans commentaire). J’ai fait le saut l’autre jour, je regardais la télé et j’ai vu un comédien québécois dans une pub de char, doublé avec l’accent français. Donc, en écrivant V.O., est-ce qu’on averti le lecteur que cette recette sera nécessairement plus compliquée étant donné l’accent québécois? Peut-être. N’est-ce pas paradoxal qu’on signifie dans la phrase précédente que les chefs du monde entier se côtoient sans complexe? Il y en a bel et bien un complexe, et c’est celui de la V.O., l’accent québécois réputé incompréhensible et qui reste, envers et contre tous, une stupide curiosité folklorique. Aurait-on écrit V.O. si on avait parlé des gaufres succulentes d’un chef Belge, d’une fondue au fromage Suisse, d’une omelette Basque, d’un cassoulet Toulousain? Non. Sirop d’érable, québécois, V.O. ... ça me donne presque envie de giguer... Moi aussi je peux écrire des phrases paradoxales. En voici une : Le problème avec les Québécois, c’est qu’il parle dans leur langue maternelle, le français.

Je vais me chercher du travail après mon mariage et je redoute les entretiens d’embauches. Et si mon futur employeur se mettait à m’imiter à chaque fois que je parle pendant l’entretien? Et si, une fois embauchée, les employés faisaient pareils? Je devrais (encore) expliquer que je suis écoeurée qu’on m’imite, et personne (encore) ne me prendrais vraiment au sérieux... « C’est pour te taquiner...» Ouain... Ta yeule. Une amie Française me racontait en fin de semaine qu’elle avait dû faire le message de fermeture du magasin à l’intercom lors de sa première journée de travail, que ça l’avait gêné... et si j’avais à le faire, moi, est-ce que les clients comprendraient ou bien n’écouteraient-ils que mon accent? Et si on refusait de m’engager parce qu’on redoute l’effet qu’aura mon français sur le public? Et si on me considérait comme l’innocente de service? Cette carte-là, on m’a conseillé de la jouer pour me trouver du travail... ça a l’air con, mais les Québécois ont cette gentille réputation ici. Sérieusement, ça met peut-être plus de chances de mon côté (sauf quand je magasine : dès qu’un vendeur entend mon accent, il s’empresse de me bourrer comme une valise pour me vendre son stock). On m’a dit de jouer la carte de l’anglais aussi : ici, je suis top bilingue... Bonjour, je m’appelle Rachel Gamache, je suis une gentille bilingue et je parle en V.O.

Ce n’est pas une farce. Normalement, on ne pense pas à tout ça quand on doit parler. Moi, j’y pense toujours, inconsciemment. À chaque fois que je rencontre un nouveau Français, je dois tout reprendre dès le début : articuler en malade, choisir et peser chacun de mes mots et surtout dire de ne pas m’imiter, que c’est agaçant à la fin, que ça fait huit mois que je vis ici... Je sens que RIEN ne me pousse à préserver, conserver, garder mon cher accent (sauf ceux qui ont de la compassion pour ma situation) et je comprends mieux pourquoi maintenant certains Québécois ont choisi de jeter le leur. Je ne leur en veux plus, c’est beaucoup plus facile ainsi de se mêler à la masse. Pourtant, moi, je résiste, pour le moment et pour longtemps, j’espère... Mais je n’ai rien à attendre en retour de cette résistance. Quoi que j’y fasse, ma langue changera et me trahira à nouveau quand je serai de retour au Québec. Chaque fois que je parlerai, on le saura que j’ai passé pas mal de temps en France. Et je devrai jongler éternellement avec les langues qui fabriquent mon identité. «Hi, my name is Rachel» «Where are you coming from, with this english? France? You speak well!»« No, I’m French Canadian... from Quebec»«I didn’t know that people were still speaking French in Canada?!?...»«Well... we keep some secrets like that... but maybe we’re going to bring this one in our graves»«Sorry... I didn’t get it. Could you repeat, please?»

On est bien au Québec, entre Québécois. On est comme dans un petit nid, chaud et douillet, une île... on cajole nos idéaux politiques, notre langue, notre culture, notre chaleur humaine (reconnue internationalement) et notre poutine. C’est bon, dans notre cocon on a réussi : on a survécu à l’envahisseur culturel et linguistique. On se sent menacé parfois, mais de l’intérieur, et les petits feux de pailles, on a vite fait de les éteindre au fond. Le reste du monde (même les États-Unis) est loin, très loin de nous.

Et c’est peut-être pour cette raison qu’ici (et ailleurs sans doute), on nous connaît encore aussi mal.

mercredi 18 juin 2008

Jeux de pistes au Jardin du Luxembourg

Il y a eu une grève de RER lundi, ma belle-mère m’a appeler pour me le dire. Je passe tellement de temps dans ma cuisine à essayer d’écrire, que j'ai pris cette nouvelle très au sérieux. Plus de RER, quoi faire? Pourtant, c’est pas en France qu’on devrait s’inquiéter de ce genre de chose, si vous voyez ce que je veux dire. Moi, j’ai comme capoté. J’avais donné rendez-vous à une amie québécoise de passage à Paris le lendemain, et je lui ai tout de suite écrit un courriel pour lui dire que je ne pouvais pas bouger de la maison, impossible de me rendre en voiture à cause des 70 kilomètres de bouchons, il fallait remettre ça, j’allais tout manqué, maudits Français, merde, etc. ... bref, je me suis pété un beau cartoon à la drama queen... mais je m’en suis rendue compte seulement le lendemain matin, quand Chéri m’a dit de me calmer et de consulter le site de la RATP (l’équivalent de stm.info) avant de m'ouvrir les veines : 2 trains sur 3 allaient passer mardi sur la ligne B, pendant toute la journée. Vive la France.

Voyant que je m’échauffais l’esprit pour un événement aussi banal, je me suis dit : c’est bon, il faut sortir de la cuisine, là... La schizophrénie me guette à chaque instant. J’ai donc réécrit à mon amie, mais elle a dû prendre le message trop tard... J’ai même appelé d’autres amis pour savoir ce qu’ils faisaient, mais ils étaient occupés jusqu’au soir. Après une phase d’hésitation un peu folle (j’y vas-tu, j’y vas-tu pas?!?!) je suis partie comme une comète, en proie à une autre pulsion, me disant qu’il ne fallait surtout pas que je manque ma journée.

J’étais assise au Jardin du Luxembourg, en train de me dire que j’étais à Paris, que je n’avais rien à faire (ou pas envie de faire quelque chose, c'est Paris, on s'entend... j’avais amené les 3 livres d’Ubersfeld pour relire et relire encore une partie que je n’arrive pas à expliquer dans mon mémoire... on pourra pas dire que j’ai pas essayé de travailler...), et que je devrais me calmer les nerfs, quand tout à coup, un visage familier surgit d’entre tous les visages anonymes. Stéphane Vachon, en chair et en os, est passé à un mètre de ma chaise. Je me suis dit qu’il avait été envoyé en mission de filature par mes directrices pour me kidnapper et me séquestrer dans une pièce sombre et humide de la BNF, réservée aux travaux forcés pour mauvaises étudiantes, et que j’allais y rester jusqu’à ce que le bout de mes doigts saignent d’avoir trop écrit mon mémoire. Heureusement, j’avais mes lunettes fumées de star et je portais des vêtements neufs de la semaine dernière. Je me suis recroquevillée sur ma chaise et je suis passé inaperçue. J’ai évité de justesse une sévère correction. Pour me venger, j’ai joué son propre jeu et j’ai fait une paparazzi de moi-même.





Je pense envoyer ces photos au responsable des études supérieures du Département pour justifier ma demande de prolongation : comment voulez-vous que je travaille avec une pression pareille?!?
...en fait je me demande si c’est vraiment Stéphane Vachon que j’ai vu, ou si ce n’est qu’un mirage. Il avait l’air plus vieux que d’habitude. Depuis combien de temps suis-je partie déjà? Bref, cette apparition, quelle qu’elle soit, a porté ses fruits : je suis allée me cacher dans un coin pour relire Ubersfeld.

mardi 3 juin 2008

Y a-t-il un psychanalyste dans la salle?

Cette nuit, j’ai fait mon premier rêve de Française. Je suis dans le métro de Paris, c’est le soir et il y a plein de monde, comme en vrai. En regardant les stations défiler, je me rends compte que je me suis trompée de direction, donc je descends du train, mais pour prendre la direction opposée, je dois encore payer mon entrée, ce que je fait. Les tickets qu’on me donne au guichet ressemblent à des porte-clés et (évidemment...) je suis incapable de les mettre dans la fente pour pouvoir passer le tourniquet. Après c’est flou; je ne m’en souviens plus ben ben... J’imagine que j’ai rêvé à ça parce que ces temps-ci je me demande si c’était une bonne idée finalement de rédiger mon mémoire en France : j’ai toute la documentation dont j’ai besoin, mais je suis incapable d’écrire quelque chose d’ordonné et de sensé. Depuis une semaine, je ne fait que réécrire ce que j’avais déjà écrit... impasse, je tourne en rond, patapon.

Avant quand j’étais tannée d’écrire, j’allais faire un tour dans Bonnelles, poster une lettre (ce qui est une activité en soi ici, puisque Madame La Poste est vraiment mêlée), ou marcher dans les bois. Maintenant, c’est différent. Je pensais que je m’étais fait un ami à Bonnelles. C’est un vieux monsieur, plus petit que moi. Au début je l’entendais juste parler dans la rue quand mes fenêtres étaient ouvertes. Sa voix est reconnaissable entre toutes, et pour cause, on dirait qu’il a une trachéotomie. Mais non. Il porte toujours un bleu de chine et un béret, marche avec une canne et se rase d’une façon telle que sa barbe ressemble à une coupe à blanc, tout comme le poil de son chien, qui lui a l’air de sortir tout droit d’une ruelle de Marrakech. Je l’avais déjà remarqué en ouvrant mes volets le matin, puisque j’habite en face du Tabac, et qu’il s’y arrête tous les jours vers 8h. Il promène un petit caddie avec 2 ou 3 cannes à pêche dedans. Je ne sais pas quels genres de poissons on peut pêcher au Tabac de Bonnelles, mais si on se fit aux rumeurs, ce doit être une sorte de barbotte qui macère des jours et des jours dans l’alcool, parce que jeudi dernier, mon petit monsieur était pas mal entreprenant.

Chaque fois que je sors, il est là. On dirait qu’il m’attend. Quand il me voit, il s’arrête de marcher et me regarde, hagard, le sourire fendu jusqu'aux oreilles. Alors, j’ai commencé à lui dire «Boooonjoooouur!», comme font tous les Bonnellois et Bonnelloises. Et il me répond toujours de sa voix d’outre-tombe, me parle de la température et d’autres choses que je n’arrive pas à saisir. Jeudi dernier, je sors pour aller à mon cours de yoga. Une grosse minute de marche quand je prends mon temps. Il était encore là, de l’autre côté de la rue, mais cette fois-ci il ne s’est pas arrêté de marcher. Il s’est plutôt mis à courir à ma rencontre (avec sa canne, quel badineur!), a traversé la rue (là, j’ai commencé à avoir peur), m’a dit «Bonjour»(mais ça ressemblait plus à «Vaonfvfjur») puis m’a attrapé par le cou pour que je penche de façon à ce qu’il puisse poser deux gros becs gluants de robine sur ma tendre joue. Il m'a demandé si j'allais au cours de gymnastique, tout en mimant les mouvements. C'était pitoyable. Maintenant ce n’est plus mon ami.

Hier, je vais chercher une baguette chez le boulanger, il était encore là, dans la rue. J’ai couru jusque chez le boulanger. Il est toujours là, (vieux cochon) !!! Il faut que j’aille à la Poste tantôt et j’ai pas envie. Sois je suis schizophrène, sois je suis en train de développer une phobie-du-vieux-bonhomme-de-Bonnelles.

mercredi 28 mai 2008

Père Noël en prolongation

Bon. J’ai le regret de vous annoncer que c’est sans doute la dernière fois que je rapporte les paroles d’un Français sur ma condition de colonisée, parce que franchement, celle-là est dure à battre (mais on sait jamais. D’ailleurs, plus rien ne m’étonne maintenant.)
Je m’en vais à la pharmacie de Bonnelles pour chercher mon médicament. Premièrement, j’ai eu l’air d’une touriste (ou d’une conne, c’est selon) parce que j’étais sûre que ça fonctionnait comme chez Jean Coutu : tu dis ton nom et puis le pharmacien te donne ce qu’il y a d’inscrit dans ton dossier, sans crier gare. Non. Ici, il faut garder sa prescription précieusement et la redonner à chaque fois. J’ai donc commencé par retourner chez nous pour chercher ladite prescription. De retour à la pharmacie, tout se déroulait normalement jusqu’à ce que la pharmacienne remarque mon accent :
- Vous devez venir du Cânâdâ avec un accent comme çâ...
- (on dirait qu’elle parle comme Père Noël...) Oui
- Vous êtes en stage au ... (j’ai pas compris ce qu’elle a dit)
- Pardon?
- (En articulant) Vous êtes en stage, vous venez pour améliorer votre français? C’est bien...
- (AYOYE! Elle est pas souvent sortie de Bonnelles la pharmacienne) Bwofff...
J’ai répondu «Bwoff», parce que, franchement, je savais pas quoi répondre à ça. J’étais même pas frustrée, je venais de franchir un cap dans ma capacité de m'étonner ou d'être abasourdie. Au lieu de me dire que ça avait pas-de-maudit-bon-sens-de-dire-des-affaires-de-même (ce qui est quand même vrai, on s’entend...) je me suis juste demandé pourquoi, mais pourquoi, le Québec francophone n’est pas sur la map cérébrale des inconnus que je rencontre. Ils vont pas à l’école ou quoi? Au fond je m’en fous, sauf que je trouve que la pharmacienne est vraiment... naïve, ou c’est peut-être moi qui a des obsessions territoriales et qui meurt d’envie de vouloir exister ailleurs. Bwoff...

*****

En rentrant, j’ai regardé mes courriels et OH BONHEUR, la secrétaire du département des littératures etc. m’avait écrit pour me dire qu’il fallait que j’écrive une lettre de motivation (j’adore les lettres de motivation, je suis full motivée) pour obtenir une prolongation... eh oui, des choses qui arrivent, je ne terminerai pas mon mémoire dans les temps. À la demande générale, (je dédicace cette lettre à Éric Samson-Lalère : elle aurait été bien meilleure si je l’avais écrite en sa compagnie), voici ce que j’ai écrit :

À l’attention de Monsieur XXX, responsable des études supérieures du Département des littératures de langue française.

Objet: Demande de prolongation

Monsieur,

Horreur et damnation, je ne pourrai pas finir mon mémoire pour le 31 août prochain et cela m’attriste de devoir vous demander une prolongation. Voici donc les quelques raisons qui expliquent ma situation.


Voulant demeurer éternellement étudiante, il me semble qu’une prolongation entre en parfait accord avec ce statut et s’impose pratiquement d’elle-même. J’entretiens également l’ardent désir de continuer à chialer parce que je n’ai pas de cash. Vous comprendrez que cela ne serait pas possible si je ne pouvais accéder à la réinscription en rédaction à la maîtrise. Je devrais me trouver un emploi et vaquer à des occupations d’adulte, ce qui m’intéresse peu étant donné que j’ai choisi d’étudier en lettre, plus précisément dans le domaine de la dramaturgie qui, comme vous le savez n’engendre que des critiques douteux, de vulgaires comédiens et des pelleteux de nuages. Si je n’obtiens pas cette prolongation, je n’aurai plus de quoi occuper mes journées et vous savez comme moi que la nature a horreur du vide. Ceci sans compter que vous m’avez offert l’an dernier une bourse de rédaction qui m’apparaît comme un montant astronomique en regard du budget de l’Université. Il serait dommage et paradoxal que vous ayez investi cette somme dans le remboursement de ma Mastercard, pour finalement me balancer à la rue...

Je me trouve donc dans le devoir de vous implorer de m’accorder le sursis d’une session supplémentaire afin que je puisse continuer de me vautrer dans la déchéance estudiantine ainsi que dans le soliloque ingrat de l’écriture scientifique. Et qui sait, grâce à cette prolongation, peut-être ferez-vous de moi un professeur de français au CEGEP du Vieux-Montréal ? C’est un pensez-y-bien.

Dans l’attente de votre réponse, qui de toute façon sera positive, veuillez agréer, Monsieur, l’expression de mes sentiments les meilleurs.

Rachel

Pas pire... mais je suis ouverte aux suggestions.

jeudi 22 mai 2008

Incroyable, Montréal est indépendante

Ok. Le four est arrivé hier à 16h55. Je l’ai déballé devant le livreur avant de signer l’avis de réception parce que la peur s’était emparée de moi : Et s’il y avait une poc dessus... La poc maudite... Je ne me suis jamais autant fait chier pour un four et j’espère que ça n’arrivera plus jamais. Tout ça m’a remué.

Quand chéri est arrivé, nous avons monté nous-mêmes le four dans notre appartement (sinon ça coûtait 50 euros de plus pour avoir un livreur avec des jambes qui puisse monter le four chez nous). C’est un four Français, fak il est tout petit et tout léger. Vient pour brancher le four : pas de fil. (eille, vient pas me dire que le fil est pas fourni avec le four!) Le fil n’est pas fourni avec le four (encore un coup du magicien, ça...). Cours au BricoMarché pour acheter un fil, manque de rentrer full pin dans la grille qui ferme le stationnement : FERMÉ POUR CAUSE DE SINISTRE. Ben voyons donc, ça se peut pas... Je veux pas la paix dans le monde, je veux juste brancher mon four (et accessoirement manger un croque-monsieur, tsé, kekchose de gratiné...) Pour nous consoler, nous avons emprunté un chemin que nous ne connaissions pas pour faire demi-tour. Ça a fonctionné puisqu’on est arrivé dans un mini village du nom de «Frileuse». On a bifurqué vers la route qui mène à Carrefour (Wal-Mart, mais en France), on est rentré dans le magasin, on a acheté un fil et une prise, on est revenu, Chéri a gossé une prise, le fil marchait pas avec le four, fak il est allé voir chez le voisin, a trouvé un fil qui fittait, a regossé la prise, l’a branché dans le mur, ensuite on a pesé sur ON et 20 minutes plus tard on a mangé nos croques-monsieurs.

Pour me détendre je suis allée faire un tour au cours de yoga de Bonnelles aujourd’hui. J’ai vu l’affiche la semaine dernière seulement parce que j’ai marché du côté du trottoir où je passe jamais (y’a rien de ce côté-là de la rue...) Cours d’essai gratuit, chouette. Ces temps-ci le prix des choses m’effraie étant donné que l’euro vaut 1,70$. Alors je rentre, je me présente au professeur
- Bonjour je m’appelle Rachel
- Bonjour, Jean-Pierre (pouhahahaha, il s’appelle Jean-Pierre!) Vous êtes d’ici, de Bonnelles?
- Oui, mais j’ai pas tout à fait l’accent (vu que je suis full complexée par mon accent, Chéri m’a dit de dire aux gens que j’avais un accent tout de suite en les rencontrant pour que ça me décomplexe, alors j’obéis.)
- Ma belle-fille aussi est canadienne, elle parle peu français, mais elle n’a pas d’accent.
- (...fais-moi pas chier là, je l’ai dis que j’avais un accent!) Ah bon?!?
- Vous, vous êtes Québécoise?
- Oui c’est ça, je suis Québécoise.
- Ah, parce que ma belle-fille est Montréalaise, elle n’est pas Québécoise, alors évidemment sa langue maternelle est l’anglais.
- (eh ben...Montréal a gagné le référendum pendant que je suis partie... Je lui dis-tu ou bedon je lui dis-tu pas que Montréal c’est au Québec...) Sinon pour les cours, combien ça coûte?

lundi 19 mai 2008

Le four maudit

(Je me désole autant que toi, lecteur, de ma cyberabsence qui s’est vue prolongée pour cause de vide technologique et existentiel. Je m’excuse seulement quand je regrette, et ce n’est malheureusement pas le cas. Je souhaite tout de même que cette situation n’ait pas causé préjudice à quiconque. Comme dirait l’autre : pas de nouvelles, bonnes nouvelles... mouais.)

Chéri et moi-même sommes installés adéquatement dans notre modeste appartement de Bonnelles. De ma cuisine, j’ai une vue superbe sur le magnifique jardin d’où je peux observer les diverses manifestations animales de la basse-cour. C’est le printemps, et ça s’entend. Deux poules et un canard couvent et je me réjouis d’avance de voir les mignonnes petites bêtes qui sortiront de leurs coquilles sous peu, mais j’ai surtout hâte de les bouffer une fois qu’elles seront arrivées à maturité. Menoum. Les fenêtres du salon et de la chambre à coucher donnent sur la rue principale de Bonnelles, celle où il y a le Tabac. Ce sont les fenêtres les plus divertissantes. Chaque matin et chaque soir les lycéens y passent et j’ai accès acoustiquement à toutes les conneries qu’ils se disent : ils sont pas très gentils... L’autre fois il y en avait un qui se roulait par terre en plein milieu de la rue et qui criait : AAAAAAARRGH, MA MAIN PUTAIN MA MAIN! Je me suis précipité sur le téléphone (après plusieurs tergiversations, nous avons maintenant le téléphone) pour appeler l’ambulance, mais finalement, il s’est relevé, ben crampé. Il fakait une mauvaise chute à vélo, le pauvre. Il y a aussi parfois des chicanes de bar : j’étais en train de me sécher les cheveux quand j’ai entendu la tavelière (imaginer comme elle criait fort) faire une crise d’hystérie en jetant dehors un de ses clients, totalement soul. Je ne sais pas exactement ce qui s’est passé, mais c’était fort divertissant. Le seul inconvénient avec mes fenêtres, c’est qu’elles n’ont pas de moustiquaires (j’ai remarqué que c’est le cas pour 90% des fenêtres françaises). Cependant, j’ai des volets et c’est assez cool de les fermer et de les ouvrir. Je me suis demandé pourquoi on n’en avait pas au Québec, puis j’ai repensé au verglas et aux tempêtes de neige. Je me suis dis qu’on avait ben assez de déneiger nos chars, s’il fallait en plus dégivrer les volets... et surtout qu’à - 40, t’as pas envie de mettre ton parka pis tes mitaines et d’ouvrir la fenêtre juste pour avoir le plaisir de fermer tes volets. J’ai pas trouvé de raison pour expliquer l’absence de moustiquaire : il y a autant de mouches ici qu’à Montréal. J’ai acheté des bandes collantes pour qu’elles aillent se coller dessus et je les ai accrochées un peu partout dans la maison, mais ça a l’air que les mouches sont plus intelligentes que le croit le fournisseur de bandes collantes : ça marche pas, alors je laisse les mouches voler dans la maison. J’espère au moins qu’elles se sentent chez elle.

Nous sommes full equiped. La parenté de chéri s’est passé le mot pour nous fournir tout ce dont nous pourrions avoir besoin. Nous avons des serviettes de table et une nappe différente pour chaque jour de la semaine (je n’ai jamais eu autant de nappes), j’ai un moulin pour faire de la purée de légumes (oui, ça existe), deux plats pour servir le foie gras (je sais pas comment en faire par exemple...), j’ai aussi un kit pour servir le thé et le café en porcelaine du Luxembourg de la série «Acapulco» avec des motifs mexicains des années 1970. C’est la plus belle chose que je n’ai jamais possédée. Nous nous sommes greyé d’un frigidaire : la porte arrive jusqu’en bas et je me cogne toujours les orteils quand je l'ouvre, mais je l’aime quand même, surtout parce qu’il est neuf et qu’il a toutes les propriétés qu’un frigidaire doit avoir. La nouvelle venue est une petite machine à laver à chargement frontal que nous sommes allés récupérer chez une amie samedi soir. Elle est pratiquement neuve et je l’aime surtout parce que je peux regarder les vêtements qui tournent dedans.

À la mi-mars, nous avions commandé un four sur le site Le magicien des prix. Avec un nom pareil, j’aurais dû me méfier. Livraison gratuite en dix jours ouvrés, le livreur ne monte pas les escaliers. Ok. On en a vu d’autres... À la mi-avril, toujours pas de four, mais un courriel qui nous indique que le produit est sold-out chez le fournisseur. Nous pouvons soit être remboursés, soit attendre 30 jours. Chéri répond au magicien des prix qu’il préfère être remboursé, non sans ajouter à son message une pointe de sarcasme bien français... Le magicien nous répond que nous serons remboursés dans 7 jours ouvrés. Jeudi dernier, chéri vérifie ses finances pour acheter un autre four (nous bénéficions depuis un mois de plaques de cuissons gracieusement prêtées par notre propriétaire. Au moins, on peut se faire des spags parce que la fondue (merci Marilou, ton cadeau nous a sauvé la panse) et la raclette, un moment donné, tu te tannes...) et me dit : «Est-ce que tu veux rire un bon coup?» J’ai dit «Non», en sachant pertinemment que c’était une autre tuile qui nous tombait dessus. Les coups de têtes ne nous ont pas trop rapporté financièrement, mais les rires jaunes, eux, se sont accumulés. Chéri lit haute voix malgré tout : «M. Morier Olivier , Nous avons le plaisir de vous annoncer que votre commande N°L99793ZFdG7O du 23/03/2008 vient d'être expédiée par nos services. »

Ça faisait longtemps que j’avais pas dit «tabarnak».
À suivre...

vendredi 18 avril 2008

Extrait du mémoire

La définition du terme adaptation que l’on retrouve dans le dictionnaire Robert est expliquée d’abord comme étant la «traduction très libre d’une pièce de théâtre comportant des modifications nombreuses qui la mette au goût du jour». Le «goût du jour», comme si l’adaptation n’était qu’une vulgaire pizza... «All dressed, pour sortir siouplè !» Le «goût du jour»... come on Robert, t’aurais pas pu trouver une meilleure explication. À cause de toi, Robert, je dois tout expliquer : La définition du terme adaptation que l’on retrouve dans le dictionnaire Robert est expliquée d’abord comme étant la «traduction très libre d’une pièce de théâtre comportant des modifications nombreuses qui la mette au goût du jour». Le «goût du jour», si nous nous fions à notre instinct de lettreux, pourrait être traduit, restons dans le sujet, par le terme encore plus obscure d’historicité, celle implicite à tout texte littéraire, ses caractéristiques générales étant régies par les conditions sociales de sa production, inscrites elle-mêmes dans le polysystème littéraire d’accueil, celui-là qui crée les normes, que les traducteurs respecteront, ou pas, c’est selon. (Finalement, tout est subjectif là-dedans... mmm, comment rester objectif ? Facile ! Citons, mes amis ! Et adoptons une position mitigée, rien de mieux pour faire avancer la recherche : Citons et mitigeons ! ...mais quoi... Pavis ou Ubersfeld?!? Les deux? Non, ce serait trop exagéré, peut-être même prétentieux... Aller, un petit Pavis, en l’honneur de Gilbert !) Patrice Pavis définit l’adaptation comme étant «le travail dramaturgique à partir du texte destiné à être mis en scène». Il spécifie que lorsqu’il y a adaptation du texte de théâtre «toutes les manoeuvres textuelles imaginables sont permises : coupures, réorganisation du récit, «adoucissement» stylistiques, réduction du nombre de personnage... Adapter, c’est réécrire entièrement le texte considéré comme simple matériau.» Finalement, ce que Robert voulait vraiment dire c’est que le «goût du jour»... (c’est que dans le menu aujourd’hui, y’aura tellement de choix, ça va vous rendre tellement perplexe que vous finirez par choisir deux ou trois entrées, que vous toucherai à peine... pas faim finalement... Nenon, ) finalement, le «goût du jour», l’historicité du texte traduit (ou adapté?), c’est en quelque sorte le regard nouveau que porteront les metteurs en scène sur les classiques. (Ben, à quoi ça sert d’abord un traducteur, si le metteur en scène défait tout ce que le traducteur a fait? Je sais pas Robert, je sais pas...)

mardi 8 avril 2008

Quand les chevaux sont en fait des mules...

Quand je me suis levé hier matin et que j’ai vu mon jardin tout-blanc-de-neige-blanche, j’ai eu quelques soupçons, un moment de méfiance : cette journée allait être pour le moins exceptionnelle, ça se sentait. Tout commença (à la fin août 2007, alors que je décidai d’entreprendre mon grand exil en France... ben non, c’pas vrai) en début d’avant-midi, alors que je décidai de me donner un grand coup de pied là où il faut, pour appeler la compagnie d’assurance, afin de pouvoir promener ma belle Renault-Laguna-vert-émeraude, qui était restée parkée toute la semaine dans la grange (je suis vedge... j’ai pas appelé une assurance avant... et j’ai peur de conduire manuel, même si je suis capable, bon). Au téléphone, le monsieur me dit que tout est beau. J’hésite à lui demander d’ajouter l’avenant concernant le service de dépannage d’urgence, mais puisque que je dois aller signer le papier demain... je ferai ça demain, en même temps que l’assurance habitation. Entoucas. J’embarque dans mon char et je le sors de la grange. Sous mes pneus, je n’entends pas le crissement de la neige, mais plutôt le bruit délicat de la bouette. Splouch, le tendre murmure de l’indépendance, j’ouvre le portail vert et me voilà en route pour la liberté. Première escapade en solitaire. Ma destination? Paris, ou plutôt la gare de Bures-sur-Yvette, d'où je prendrai le RER pour la vieille capitale. Sans co-pilote à mon bord, à vingt minutes de chez moi, la tâche est ardue, je sais, mais je fonce à toute allure dans mon bolide, l’esprit tel une google map, je me souviens du chemin par coeur (Chéri disait «Bures, c’est tout droit!»...finalement c’est un petit peu à droite...). Dans le stationnement de la gare, tout le monde est parké n’importe comment : pas grave, je fais pareil, et je me sens bien lorsqu’en fermant les rétroviseurs d’un geste «jet-set» de la hanche, j’enfile mes verres fumés tout en m’allumant une clope. J’ai un char, je suis une star... eh non, pas encore. Le chemin du retour s’est fait dans une tout autre ambiance, dans le genre arrêts fréquents, bouchons, Radio Nostalgie avec en sourdine le beat du mauvais Reggae qu’écoutait l’usager des transports en communs de L’Essonne, assis juste à côté de moi... dans l’autobus. J’avais la mine basse et le teint gris.

Je reviens de Paris, à 16h45, à la gare de Bures-sur-Yvette, je vais à la rencontre de ma voiture et sors du stationnement sans embûche. Je me dis : je vais à la gare d’Orsay (la suivante à environ cinq minutes) pour faire une surprise à Chéri. Nous reviendrons ensemble, ce sera si chouette! Je me place n’importe comment dans le stationnement payant de la gare d’Orsay, de toute façon, tout le monde s’en fout... mais je suis vraiment, mais vraiment mal stationnée, donc je cours, et oui, jusqu’à l’arrêt de bus pour voir si Chéri y est : non. Je re-cours jusqu’à la voiture, parce qu’entre temps j’avais créé un bouchon (oui mais je veux faire comme les Français !!!). Horreur, le char part pas pantoute. Une dame vient me voir et m’indique que l’endroit où je suis n’est pas un stationnement... nooon... « Je sais bien, c’est que je n’arrive pas à faire démarrer ma voiture... Avez-vous des (câbles à booster, comment c’qu’on dit ça autrement des câbles à booster?!? )...»«Il vous faudrait des pinces (Ah! Des pinces! Comme les homards...)»«J’en ai pas... Vous ?» «Non» Super. Je me mets sur le neutre, et deux jeunes m’aident à pousser la voiture juste assez pour désengorger le parking. Une chose de faite (Fuck!!!) Je guette l’arrêt de bus en cas d’y voir chéri, toujours pas là. Je cours en tout sens, j’arrête tous les conducteurs pour leur demander s’ils ont des «pinces». Une vieille dame veut bien m’aider, mais une fois stationnée à mes côtés, nous sommes incapables d’ouvrir son (osti) de capot. La vieille s’en va et me plante-là en s’excusant. Toujours pas de Chéri à l’horizon (normal, il avait pris le bus pendant que je me fendais le crâne à essayer de me sortir de la marde...) Finalement, un monsieur qui était parké (convenablement) juste à côté de mon char m’aide à le pousser à la place qu’il occupait (une Renault Laguna, c’est plus lourd qu’une Buick Regal... incroyable). J’ai abandonné mes 7 chevaux-malheurs à leur triste sort (contravention) et je suis arrivée à la maison une heure plus tard.

Ce matin, pas de neige dans le jardin. La fée marraine est venue me chercher et nous sommes allées porter les clés au garagiste, puis signer le papier au bureau d’assurances. 13 :08, j’écris ce billet, j'entends tout à coup retentir la sonnerie du téléphone : hein? la voiture n’a rien ?!? En fait, cette chère Renault-Laguna-vert-émeraude n’accepte pas qu’on laisse ses portières déverrouillées plus de cinq minutes quand on éteint le moteur. Capricieuse, si on la laisse en proie à d’éventuels voleurs, elle refuse ensuite de démarrer. À mon image, ma super bagnole a une tête de cochon : c’est sans doute la preuve que dans la vie, on n’a souvent que ce qu’on mérite...

lundi 10 mars 2008

Le grand galop du cheval-vapeur

Enfin un événement hors du commun s’est produit dimanche en fin d’après-midi. Alors que nous étions chez Nono et Monchat (les parents de chéri), où nous avions fait bombance et ripaille toute la journée (c’est la coutume ici dans les Vieux Pays) et que nous étions pompettes et ravis par la victoire du XV de France sur celui de l’Italie, chéri et moi sommes sortis pour fumer une bonne Lucky Strike filtre (il n’y en a qu’en Europe) sur le perron de la maisonnette aux volets blancs de St-Rémy-lès-Chevreuse. Le jour tirait presque à sa fin lorsque nous vîmes poindre entre les haies, où scintillaient comme des joyaux les gouttelettes de pluie printanière, le pare-choc d’une Renault Laguna vert émeraude reconduite par nulle autre que notre fée marraine bien-aimée qui venait en ce jour béni nous céder son magnifique engin. Ce n’était pas seulement qu’un simple moyen de transport qui s’était approché dans la rue. J’avais devant les yeux toute l’histoire de l’automobile, de la vapeur au moteur à explosion jusqu’au Taylorisme, puis j’ai eu une pensée pour les voitures qui ont marqué ma vie. Je me souvenais de la Rabbitt vert gazon d’un de mes ex. Immortelle Volkswagen, la carrosserie avait flanché avant le moteur. J’ai repensé bien sûr à ma Buick Régal 1991, intérieur beige-brun-sale, assez grande pour huit passagers, qui sentait le cendrier et que je pouvais parker dans les pires bancs de neige de la rue Marianne. J’avais en tête les allers-retours à Québec, les jours de l’an à l’Isle-aux-Coudres, et mes grosses lunettes fumées à la Joplin que je portais exprès pour faire rétro au volant de mon char-de-vieux. Je me suis aussi souvenue de mon Ford campeur, de la fois qu’il m’avait lâché sous un soleil de plomb, rue Papineau, dans le trafic du vendredi, de la guêpe géante qui était rentrée par la fenêtre dans une station service sur la route de Tadoussac. J’avais vraiment capoté... Ce qui se trouvait alors devant moi c’était toute mon histoire mobile et la promesse de nouveaux jours heureux.

La fée marraine est sortie de la voiture sans dire Bibbidi bobbidi boo et nous a tout de suite annoncé que le frère de chéri avait eu un accident ce matin, qu’il était correct, mais que son char ’tait scrap (... elle l’a pas dit comme ça, mais c’est ce que ça voulait dire). Conseil de famille : il y a une petite brise froide qui tend un peu l’atmosphère. Tout le monde se regarde du coin de l’oeil et n’ose pas prononcer la sentence fatidique... nous prêterons la voiture au frère de chéri (dans cette parenthèse, on m’entend pleurer à chaudes larmes...) jusqu’à ce qu’il puisse s’en procurer une autre. Horreur et damnation, était-ce un acte manqué de la part du beau-frère? Secret de famille... Bref, chéri et moi sommes rentrés à la maison, assis à l’arrière de la Renault 19 familiale, comme deux petits enfants, avec un saucisson de Lyons et des macarons comme prix de consolation. Alors que je cherchais à m’étonner devant un lapin, un renard ou un sanglier qui se serait trouvé aux abords de la route nous menant jusqu’à Bonnelles, une sonnerie de portable inédite (elles le sont toutes en France) se fit entendre dans la voiture. C’était la fée marraine qui nous informait que la clotche de la Renault Laguna avait lâché (...elle l’a pas dit comme ça...). J’ai eu alors un fou rire nerveux, ce qui m’a valu un coup de coude de la part de chéri qui n’entendait pas à rire. J’avais juste envie de dire «c’est le boutte d’la marde !!!!», mais puisque personne n’aurait compris, j’ai plutôt secoué la tête en regrettant, encore une fois, le temps où on l’on allait à cheval.

jeudi 6 mars 2008

Un Grand Dérangement

Le village où j’habite est assez étrange. Premièrement, il semble que tous ses habitants viennent de Normandie et ont un ancêtre Acadien qui s’est fait déporté. (Je ne sais toujours pas pourquoi ils me racontent tout ça, je ne suis pourtant pas Acadienne et je n’ai aucun ancêtre Acadien...) Les villageois qui n’ont pas d’ancêtres Acadiens, ont de la famille exilée à Montréal : «entre nous, c’est bien mieux le Canada !»(Ouais... Entre nous, ferme ta gueule de conne, moi j’ai le mal du pays une journée sur trois, fak c’est sûr que même la Saskatchewan c’est cent fois mieux qu’icitte.) Dans mon village, il y a aussi les tenants du retour aux sources : «c’est bien pour toi de rentrer au pays, de revenir aux sources...» (eille man, je suis pas rancunière là, sauf que ton pays nous a flushé y’a 300 ans, pis après ça on s’est fendu en quatre pour survivre... Les sources, les sources ! Comme si j’avais pas de pays!). Il y a d’autres personnes qui démontrent un peu plus de bonhommie : «ton français s’améliore chaque fois qu’on se voit!»«Merci, mes cabrioles linguistiques te sont entièrement dédiées mon ami!» Quand les Français me parlent du Canada je suis souvent frustrée, mais en même temps je les trouve cutes, parce qu’ils sont complètement ignorants (je suis fendante, c’est pas possible, c’est peut-être la preuve que je m’adapte (hihihi)...). Je fais mon mémoire sur l’adaptation québécoise des pièces de théâtre étrangères. J’ai la tête dans la sociolinguistique québécoise à chaque jour de ma vie. Quand je sors ma tête de cette histoire-là, je suis en France, avec les Français et leur langue de Français, celle contre qui les traducteurs de théâtre québécois se sont soulevés un bon moment donné pour dire «Woh, on a une langue et une culture nous autres itou! D’la marde les traductions françaises», constat que les Français n’ont jamais fait pour la simple et bonne raison qu’ils ne sont pas Québécois. Je connais mal l’histoire des Français, mais à mon avis, leur langue et leur identité ont rarement été mises en jeu. (J’ai entendu que le poids de leur histoire est lourd à porter, mais je ne suis pas sûre d’avoir compris ce que ça voulait dire.)

Donc, la question que je me pose est la suivante : comment puis-je vivre ma québécité en France? J’essaie d’être ouverte, souple, calme, sereine, je médite câlisse. Envoyez-moi en Bolivie, je suis sûre que je vais m’adapter, mais ici je pose une résistance de l’ordre d’une souche, une ben grosse souche, pis comme dirait l’autre «pour enlever une souche faut mettre la chainsaw d’dans, pis c’est pas toujours beau...» J’ai l’impression que le problème des Québécois quand ils sont en France pour longtemps (j’ai déjà vérifié, ce n’est pas que mon problème...), c’est qu’ils ont une difficulté monstre à s’ouvrir, dans le sens d'accepter la différence. Inconsciemment, on a la chienne : notre histoire collective nous dit qu’on a travaillé fort pour être vivants aujourd’hui, pour encore parler le français, qu'on s'est prononcé assez radicalement contre la sacro-sainte «Norme Française» pour pouvoir se sentir exister. J'ai l'impression qu'ici je dois remettre tout ça sur la table, encore et encore. Notre pays et notre langue sont sacrés, intouchables, surtout quand on est en France, et que personne ne s’avise d’en parler, ni en bien, ni en mal... Quand je disais que les Français sont cutes parce qu’ils sont ignorants, leur problème en fait c’est qu’ils aiment vraiment les Québécois, ils sont charmés par notre accent et par nos différences, ceux qui ont voyagé au Québec en gardent de beaux souvenirs, sauf qu’ils ne pourront jamais comprendre l’importance que ça peut prendre pour nous de se faire entretenir sur notre langue et nos racines... On est pas Français. (Hier, j’appelle à Montréal chez des amis et je tombe sur Claude-Yves, le père de Karine, qui a un accent charlevoisien gros comme le bras (le sien...). Là, je commence à y parler, pis je m’écoute en même temps... J’étais en train de choisir mes mots, comme si y’allait pas me comprendre !!! Ça, ça fait peur.)

Comment vivre ma québécité... comme dit souvent ma fée marraine, y’a des gens qui sont pas mal plus mal en point que nous, alors maintenant, quand j’ai une crise d’identité, je pense aux Acadiens.

mercredi 13 février 2008

Une bitte pas comme les autres

Aujourd’hui j’ai laissé derrière les questions sans réponse, le ménage et la ménagerie (les chats vont se rouler dans les cendres froides de la cheminée et ça fait tout un dégât à chaque fois), les indigestions de fromage et ce cher Tchekhov, pour consacrer ma journée à l’une des plus grandes villes du monde occidental, et j’ai nommé nulle autre que Paris. Aller à Paris, à partir de chez moi est un voyage en soi : ça prend une heure et demi (au pire, sinon ça varie entre 45 minutes et 1 heure). C’est pas grave, j’aime bien regarder le paysage dans le bus (ça me fait penser un peu à quand on prend le chemin vers le Mont-St-Hilaire... sans montagne qui sort de nulle part par contre), constater chaque fois à quel point le RER est bruyant et combien les gens sont pressés d’aller se coller les uns contre les autres dans le métro. Et la France, c’est tellement beau au mois de février (en tout cas cette année) : on a l’impression de vivre un mois de mai québécois ! (Il fallait absolument que je mentionne la température (c’est un tic presque nerveux) simplement pour dire que j’en reviens pas encore de voir du gazon et des choses qui poussent dans le jardin. Apparemment, ça se couvre à partir de mercredi, il va faire frette et humide.) Avec chéri, nous sommes allés faire des courses chez les Frères Tang, au beau milieu du quartier chinois, pour faire des provisions de bouffe exotique franchement manquante dans notre patelin reculé (y’a pas de tofu à l’épicerie...). Maintenant nous sommes équipés en ce qui a trait à la fabrication de sushis et de Pho, et avec nos ingrédients, nous pourrons concocter un maximum de plats à base de nouilles. Si vous passer dans le coin, arrêtez-vous à la petite pâtisserie Yv Nguy (prononcer Yves and Guy ! ça rien à voir...), c’est bon, enfin ça l’air bon, on a acheté, mais pas encore consommer. Nous nous sommes ensuite arrêtés quelques instants pour admirer l’architecture de ce quartier... malheureusement, ce n’est pas le plus beau de la Capitale. Je n’aime pas trop faire des comparaisons (à mon avis rien ne se compare) mais bon, il me semble que ça manquait de couleur et d’ambiance : y’avait pas les grands portails rouge et or qu’on voit sur la rue St-Laurent à Montréal, et ce n’est pas un quartier piéton, alors ça fait toute la différence. Enfin. Nous avons cherché sans succès des bols pour déguster nos futurs exploits culinaires. J’ai eu un blocage : Horreur, je n’en trouvais pas comme les miens, ceux que j’avais à Montréal, alors nous n’avons rien acheté.
Nous avons pris un café au Fumaillon (sur une terrasse, ma première de l’année 2008) Place d’Italie. Nous avons vu un superbe défilé de chars commandité par les CRS, puis un accident de voiture incongru : au lieu de suivre tranquillement le trafic du rond-point, le gars est rentré fullpin dans le trottoir et est allé s’écraser sur ce qu’on appelle ici une «bitte» (sorte de poteau de métal d’environ 2 pieds de haut qui sort du trottoir, fabriquer normalement pour que les Québécoises comme moi se pète la yeule; aujourd’hui j’ai été témoin de la deuxième fonction de la «bitte»...). Personne ne sait pourquoi il a fait ça. Il n’y a pas eu de blessés, mais moi tout à coup, je me suis sentie vivre ici, parce qu’au son de la tôle froissée, j’ai tourné la tête en même temps que tous ces Parisiens et je me suis étonnée en même temps qu’eux. Merci carrefour giratoire, merci la «bitte».