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lundi 24 novembre 2008

Emplois du temps

Je pense que j’ai trouvé la (ma) formule gagnante pour écrire : alterner les lieux. Si dans la vie en général je suis incapable de rester en place, logiquement, il faut que je bouge pour pouvoir garder un bon rythme d’écriture. Je pars un matin sur deux à Paris, je m’arrête dans un café et l’après-midi je vais à la bibliothèque publique d’information (la seule bibliothèque que je connais où il faut faire la queue... pour passer au détecteur de métal), celle de Beaubourg, qui me rappelle franchement la BNQ à Montréal (il y a des clôtures tout le tour), bien que son architecture soit un peu plus originale, disons. Étrangement, le principal avantage de cette bibliothèque, c’est qu’on ne peut pas emprunter les livres : ils sont toujours là quand j’en ai besoin. Le deuxième avantage, c’est que j’ai l’impression d’avoir des amis intellectuels, je me sens moins tu-seule de ma gang... ça fait un peu Soulier de Satin, à 9 heure, le 2 décembre, où 10 personnes se sont ramassés là, tout poqués, pour travailler, tout le monde est dans le jus, on boit du café en gang en regardant nos ordis, on se parle pas, mais maudit qu’on est ben pareil, Walid arrive et chiale sur le fait que le local étudiant est devenu un repère d’intellos branchés... c’est comme ça que je me sens à Beaubourg, moins le café. Évidemment, cette époque est révolue, du moins en ce qui me concerne. Maintenant, j’ai d’autres amis, en d’autres lieux, tous aussi bizarres les uns que les autres.

Il y a deux sortes de personnes qui viennent, comme moi, étudier à la Bpi : les statiques et les dynamiques. C’est quand même spécial que, peu importe la bibliothèque, tout le monde semble toujours aller s’asseoir à la même place... À ma table, il y a un gars qui semble souffrir d’une sorte de dystrophie musculaire et qui semble apprendre une langue étrangère. Il est cool, ben tranquille (même s’il arrête pas de bouger, c’est pas sa faute, mais vu qu’il est assis quand il bouge, je le classe dans la catégorie des statiques). Un de ses amis vient le rejoindre vers 15 heures, lui, il fait des maths et quand il est écoeuré, il lit le journal Métro en dessous de la table (comme si je le voyais pas, tsé !). Toujours assis au même coin, il y a un vieux monsieur qui a l’air vraiment grognon et qui traduit du Russe (j'espère que je ne lui ressemblerai pas à son âge...). Je suis franchement bien entourée, mais ce sont les personnes entrant dans la catégorie dynamique qui sont les plus divertissantes. Il y a d’abord Monsieur 20 centimes, un quêteux, très propre de sa personne et poli par-dessus le marché qui se tient près des machines à café et sur le balcon où vont tous les fumeurs « Excusez-moi mademoiselle, auriez-vous une pièce de 20 centimes, s’il vous plaît?» C’est tellement bien demandé que c’est dur de lui refuser. Il y aussi un bonhomme tout droit sorti des années 1970 qui se promène toujours en camisole avec son portable sous le bras. Il marche comme ça, dans la bibliothèque, et il change de place à peu près aux heures. Bizarre. Mais le cas dynamique le plus étrange, c’est sûrement la madame du troisième étage qui parle toute seule. Elle est toujours habillée en bleu (comme le vieux vicieux...) et elle ressemble à une sorcière, toute petite et toute maigre avec des cheveux grisonnants. Elle ne s’assoit jamais. Elle reste debout dans l’allée au troisième étage, faisant les 100 pas, s’arrêtant stratégiquement devant certaines tables, son sac en bandoulière et son manteau accroché dessus et elle regarde les gens, ses bras croisés sur sa poitrine; parfois elle pose la tête dans sa main. Elle ne fait rien, elle s’est perdue, je crois. Comme j’aime bien me raconter des histoires, je me dis que derrière ses allures de Moires se profile peut-être une muse.

lundi 27 octobre 2008

Post-trauma

Ça y est, je suis redescendue sur terre. Ça fait du bien, je commençais à avoir le vertige : c’est fatiguant, flotter sur un nuage rose, les contes de fées et tout le tra la la. C’est fatiguant parce que c’est pas tout à fait réel... je veux dire, il faut se maintenir dans une position de béatitude épanouie et pour ce faire, il faut le créer, l’enrobage euphorique qui nous transporte, il n’existe pas tout seul : si j’avais pas mis trois couches de make-up, mes cernes auraient paru sur les photos, et ça, c’est pas beau beau. Heureusement que j’ai la bonne humeur facile, parce que plusieurs éléments se sont réunis dernièrement pour me mettre en crisse. Comme ont dit Karine et Nadia après la journée intense de décoration de la salle de réception : On a bien fait ça, personne s’est chicané !!! Une chance, oui... parce que j’aurais occis sans pitié les protagonistes d’une présumée querelle.

J’aurais voulu être moins stressée. À un moment donné j’ai comme perdu le Nord. En allant chercher Marilou et Éric à la gare, la veille dudit mariage, je me suis mise à brailler comme un veau et j’ai pas pu me retenir devant eux : Chus pu capaaaaaaaaaaaable ! C’était trop, j’avais hâte que ça finisse, enfin. Je m’en foutais de la cérémonie, d’être belle ou pas le lendemain, que la salle soit bien décorée. J’avais envie d’aller prendre un café en ville avec un bon livre et de magasiner autre chose que des assiettes en plastique et des nappes en papier. Je me disais que ça n’avait pas d’allure de faire autant de sparages juste pour un bout de papier qui allait nous permettre, à mon Époux et à moi, de pouvoir rester ensemble, dans le même pays, genre. J’aurais voulu être moins stressée parce que je me souviens beaucoup plus de la veille (qui a été pas mal chiante), que du jour de mon mariage (et non, ce n’est pas la boisson qui a causé un tel trou de mémoire : j’ai commencé à être soûle à trois heures du matin...). Peut-être que ça me reviendra avec le temps. J’ai le chic pour oublier les mauvais moments de mon existence.

Je ne regrette rien, évidemment. Avec du recul, je peux dire que j’ai apprécié chaque moment. Je voulais raconter le cours des événements, mais on dirait que j’ai pas envie de me remettre dedans pour le moment (!), je savoure la paix qui est de retour dans ma tête. Je vous sers quand même un petit top 10 des faits les plus intéressants. C’est plus original et moins roman-fleuve.

1. Détail saugrenu, mais important, un mariage, ça coûte cher, même si tu veux faire ça simple : malgré tout, on est rentré dans notre argent. Alleluia.
2. Un de nos invité s’est amené avec un appareil Polaroid à notre mariage, ce qui fait que j’ai des polaroids de mon mariage ! Yeah !
3. La cornemuse, dans les rues de Bonnelles, ça résonne en ta... J’avais le frisson.
4. On voulait de la musique irlandaise pendant le vin d’honneur, mais c’était trop cher d’engager un orchestre. Le joueur de cornemuse nous a fait la surprise, il a invité deux de ses amis qui jouent de la flûte et de l’accordéon. C’était magique, merci.
5. J’ai découvert que je jiggais mieux en talon haut. En running shoes, je suis pas capable.
6. Au souper : après l’entrée, les maîtres d’hôtels nous ont apporté le plat principal (magret de canard, c’était délicieux) et mon père a dit «Quessé ça ?!?» Je lui ai répondu «du magret de canard» et il a dit « Nenon, mais je pensais que ce qu’on venait de manger c’était le plat principal...» Vive la France, pays de la bouffe.
7. C’est Karine Dufour qui a attrapé le bouquet (qui était vraiment lourd, j’avais peur d’assommer quelqu’un en le lançant) et Simon Lemire qui a eu la jaretelle. Deux Québécois... ma gang de vous autres...
8. Allez voir le vidéo d’une des cartes de souhaits qu’on a reçue.
9. J’ai eu un enterrement de vie de fille À-la-Française, (en plus de mon séjour à Londres À-la-Québécoise). Ils m’ont déguisée en guedaille (j’aurai les photos sous peu). Dans le RER en direction de Paris, j’ai dû demander à des inconnus du genre masculin de m’écrire une dernière déclaration d’amour sur un rouleau de papier de toilette (notez qu’en France, la plupart du papier de toilette est rose, trop kitsch !) On est descendue près de l’Arc-de-Triomphe, et y’a du monde (des touristes russes surtout ?!?) qui voulaient se prendre en photo avec moi !!! Je suis vraiment une star. Ensuite, on est allé dans un hammam pour passer le reste de l’après-midi. J’ai eu droit à un gommage, et privilège de la future mariée, à un massage indien. C’était vraiment une belle journée.
10. On est allé faire nos dernières commissions avant le mariage au Shopi à Bonnelles et le caissier, en m’entendant parler sûrement, me dit : «C’est vous qui avez écrit le billet sur Mamie Nova ?» ... J’ai enfin pu mettre une face sur mon lectorat Bonnellois.

mardi 21 octobre 2008

Maintenant, on peut se faire imprimer des t-shirt avec écrit dessus: we survived our wedding






J’ai mal dans toutes les parties du corps, et je suis convaincue que c’est parce que j’ai jiggé en
talons hauts (la première et la dernière fois que je me mets ça aux pieds, garanti!)

Je sais comme pas trop par quoi commencer, ce fut une semaine intense, riche en rebondissements et en émotions nouvelles. J’arrête pas de repasser le film de notre mariage dans ma tête (j’étais tellement nerveuse avant d’aller à la mairie, j’ai essayé de boire de l’eau pour me détendre et je shakais tellement qu’elle m’a coulée dans le décolleté, bien sûr, ça a mouillé ma robe et j’ai dû la sécher au séchoir à cheveux 5 minutes avant de partir. Mémorable!) Je suis arrivée accompagnée de Karine, ma soeur, ma mère et mon père à midi et tous les Français étaient dehors en train de parler, comme d’habitude! Mon père est allé les faire entrer, ça a pris 10 minutes, les 10 plus longues minutes de ma vie, cachée derrière un buisson, je pensais que j’allais m’évanouir-là. Ensuite, je suis entrée dans la mairie, et là j’ai vu Chéri faire une face qu’il n’avait jamais fait depuis deux ans que je le connais, tout le monde s’est mis à applaudir et à crier, c’était complètement fou comme moment!!! Évidemment, je me suis mise à brailler tellement j’étais heureuse d’être contente. Après je me souviens plus trop, le maire (il s’appelle Guy Poupart! Un genre de bon vivant, vraiment cool le maire) est arrivé et il a parlé de pleins d’affaires. On a dit «oui» et on s’est frenché passionnément, juste en dessous du portrait tout sourire de Nicolas Sarkozy. On est sortis de la mairie, une soixantaine de personnes nous ont garoché du riz (ça fait pas vraiment du bien dans la face, les grains de riz, j’en avais plein dans le décolleté et j’avais mis des bandes collantes pour me coller la robe au corps : eh oui, plein de grains de riz collés entre les deux boules...) et Damien a joué un air de... cornemuse!!!! Malade. J’ai hâte de vous montrer des vidéos. Maintenant, j’ai une alliance à l’annulaire de la main gauche et ça me surprend à chaque fois que je la vois, je suis pas habituée, je ne porte jamais de bagues et j’arrête pas de jouer avec. C’est cool.

Mes amis Québécois sont tous repartis, nous nous sommes levés à 5h ce matin pour aller reconduire Simon et Sarah qui retournaient en Espagne pour le reste de leur Route de Compostelle (ils m’ont fait la surprise, ils m’avaient écrit pour me dire qu’ils ne pourraient pas venir et finalement, ils sont arrivés sur un coup de tête samedi matin à 10h30. La plus belle surprise de ma vie!) Reste ma famille qui loge à Paris, mais c’est pas pareil : les amis me manquent toujours plus... Nous sommes seuls à la maison, le soleil est pas levé encore... c’est tranquille, tranquille. Y mouille. Tantôt, dans la voiture, je disais à Mon Époux « c’est la vie normale qui va recommencer...» mais en même temps je pensais que depuis qu’on s’est rencontré, tous les événements de nos vies sortent de l’ordinaire... Soit j’ai une bonne étoile, soit ma devise est Sky is the limit, et je ne m’en doutais pas jusqu’à tout récemment. Des fois, je me dis que je suis complètement folle d’avoir déménagé en France et de m’être mariée la même année (le tout en écrivant mon mémoire, ne l’oublions pas celui-là...), mais c’est bon de le vivre malgré tout, et je souhaite l’état d’esprit dans lequel je me trouve à tout le monde. Ah ! et merci à tous ceux qui ont mis leur chapelet sur la corde à linge, il a fait beau et chaud du vendredi au lundi et c’est franchement incroyable en cette saison en Ile-de-France.

(J’ai plein de choses à raconter, je le ferai spasmodiquement durant les prochains jours. Parmi les bonnes nouvelles de la semaine passée : Ta Mère publiera ma mini-nouvelle dans son Livre noir. Oh yeah!)

dimanche 5 octobre 2008

Quelque chose de vrai

Je fais rarement quelque chose de grandiose le dimanche. Ce matin, je me suis levée, il faisait pas beau, mais ça me dérangeait pas. Les chats m’ont suivie dans la cuisine (en fait ils attendent que je me réveille pour que je leur ouvre la porte, il n’en ont rien à faire de moi !) Je me suis fait un expresso sur le feu. J’ai fait de la pâte à crêpe. J’ai fait des crêpes en lisant La peau des doigts de Katia Belkhodja. (Y’a un des personnages qui fait des crêpes dans son livre, mais ça n’a rien à voir avec moi, en fait, le fait de faire des crêpes m’a fait penser que je pourrais lire en même temps, et que ce serait cool de lire debout, devant mon four, entre deux flips de crêpe.) C’est la vraie vie pour moi : boire un café et faire des crêpes en lisant au bord de la fenêtre par un dimanche matin d’automne, en pantoufle et robe de chambre. Quel bonheur. J’avais commandé le livre de Katia à la librairie du Québec le jour où j’ai vu Stéphane Vachon au Jardin du Luxembourg, c’est-à-dire le 18 juin dernier. Je suis allée le chercher mardi passé... presque 4 mois d’attente... mais ça valait la peine.

Je ne lis plus vraiment d’histoires depuis que je fais ma maîtrise. Comme si j’en avais pas assez à lire comme ça... Si je lis un roman, il faut que ce soit bon (très bon) et relativement rapide. Je suis de plus en plus difficile dans mes lectures, comme si je manquais de temps pour tout lire... je ne veux pas le gaspiller en lisant quelque chose que je n’aime pas. Et, ces temps-ci, je suis incapable de me plonger dans une histoire complexe, dans le sens TROP complexe. J’ai envie de lire et de comprendre tout de suite, pas d’ouvrir le dictionnaire aux deux mots ou de chercher une référence mythologique quelconque sur Wikipedia pour comprendre le troisième niveau de lecture caché dans le deuxième... je me casse assez la tête comme ça pour mon mémoire, pas besoin d’en rajouter quand je prends du temps pour lire. Et «comprendre tout de suite», ça veut pas nécessairement dire que l’écriture ou l’histoire est simple... ça veut juste dire que les mots nous parlent, sentimentalement, ils sont signifiants une fois assemblés, qu’à l’intérieur de nous, on a toutes les clés pour comprendre, ou que le livre nous donne les moyens de les fabriquer, en lisant. Si je comprends tout de suite, ça veut dire pour moi que je lis quelque chose de véritablement humain. C’est peut-être pour ça aussi que j’aime lire les blogues et les recettes de cuisine : les regards personnels sur le monde et l’art culinaire sont fondamentalement humain. J’aime la littérature qui vient du coeur, pour moi, ce qui est viscéral est vrai, même le mensonge.


Une fois, quand j’étais célibataire, je suis tombée en amour avec un gars qui avait déjà une blonde... bon, j’en ai pas fait une maladie, lui non plus, il ne m’aimait pas d’amour et je n’ai rien tenté, respectueusement. Je l’appréciais beaucoup et je lui démontrais une sorte d’affection amicale, celle qu’on entretient avec les gens qu’on aime, sans les connaître vraiment. On a jasé une couple de fois d’art, de littérature et de la vie en général. C’était fort sympathique, et quand on parlait, j’avais toujours le sentiment qu’il voyait clair en moi. Y’a des gens comme ça, on a l’impression de les rencontrer juste pour qu’ils puissent nous dire la vérité à notre sujet. Il s’est passé une chose entre nous : on s’est échangé chacun un livre. Je lui avais donné, pour Noël ou pour sa fête, je ne m’en souviens plus, La Découverte du Ciel de Harry Mulisch, un espèce de livre monstrueux de 1500 pages et plus, sorte de saga familiale à saveur biblique et qui, me semble-t-il, donnait quelques explications au mystère humain. C’était le livre que je préférais d’entre tous à ce moment-là dans ma vie. «C’est bon», qu’il m’avait dit après l’avoir lu, «mais ça manque de vérité, d’émotions...ça manque d’humanité». Ah bon?!? Il m’avait tendu en retour le livre de William Boyd, À livre ouvert, une autobiographie fictive, en me disant «Ça, c’est vrai»... Il venait de m’offrir un des meilleurs livres que j’ai lu de ma vie... Je pense qu’à partir de ce jour-là, je n’ai plus jamais lu de la même façon.

La peau des doigts, ça m’a rappelé cet échange de livre incongru. Je sais pas pourquoi... sûrement parce qu’il y a des livres qu’on lit comme ça, juste au bon moment dans notre vie, et que celui de Katia goûte, un peu comme celui de William Boyd, quelque chose de vrai.

mercredi 1 octobre 2008

Rachel - 1, Boulogne-Billancourt - 0

Aujourd’hui est un grand jour dans l’histoire de ma vie réelle de Française : Je suis sortie de mon département, tu-seule, à bord de la Rachel mobile.

Tout a commencé le jour où, sur les conseils de mon amie Karine, je me suis dit : il faut que j’aille acheter du tulle pour fixer au plafond de la salle de réception de mon mariage. Ça va être beau. Or, du tulle, dans mon coin, y’en a pas. J’avais pensé décorer avec des bottes de foin et des gerbes de blés, pour rester dans la thématique «farmer» mais (toujours sous les sages conseils de mon amie Karine, qui m’a fait connaître son opinion sur mes champêtreries en gardant une seconde de silence, puis en me lançant un «NOOOON !» catégorique à l’autre bout du fil) finalement, j’ai changé d’idée. Maintenant que le mariage frappe à ma porte, le moment était opportun pour aller acheter le fameux tulle en question. Mon traiteur m’avait dit qu’il y avait un magasin, à Boulogne-Billancourt, qui s’appelait Toto solde (pouhahaha !!) et qui vendait toutes les couleurs de tulles inimaginables. Ok...(Boulogne-Billancourt + banlieue parisienne + routes méconnues de Chéri (et donc de moi en l’occurrence) + tu-seule + char = Mourir.)

Plusieurs choix se sont offerts à moi:
1. J’appelais Mon chat ou la Fée Marraine pour qu’un des deux vienne avec moi. Le problème, c’est que j’ai pas toujours envie d’être avec eux pour faire mes affaires. Ils sont supers gentils, mais c’est comme ça, j’ai pas envie.
2. Je demandais à Mon chat ou à la Fée Marraine qu’ils me prêtent leur GPS. L’affaire, c’est qu’ils m’auraient sûrement proposé de m’amener, et ça aurait eu l'air bête de dire non.
3. Je demandais à un des voisins de venir avec moi, mais il n’y avait personne à côté aujourd’hui.
4. Fuck off, j’y vas pas. Je vais le commander sur Internet...
5. Je vais y aller en fin de semaine avec Chéri, mais on n'a crissement pas le temps.
6. Je vais y aller maintenant, tu-seule, sans GPS, et je vais mourir.

J’ai choisi la dernière solution, qui m’a franchement réussi, parce que je ne suis pas morte.
Ça a l’air con, mais y’a trois mois, j’aurais jamais pris ce risque, (qui n’en est pas vraiment un) parce que je n’avais pas confiance en moi. C’est pas évident conduire ici. À cause des ronds-points, on a toujours l’impression de revenir sur nos pas, les noms de rues ne sont pas toujours bien indiqués, les gens ne conduisent pas de la même manière qu’au Québec, bref, il faut conduire à tâtons. Je ne pensais pas avoir les moyens de prendre mon char et d’aller dans un endroit totalement inconnu sans copilote. Évidemment, je sais bien que ce genre de peur-là n’est pas justifiée. C’est pas ça l’important. L’important, c’est de passer par-dessus un jour, même si ça prend du temps (c’est kitsh, hein? Mais c’est vrai). Quand je suis partie en char tout à l’heure, je shakais et j’avais des palpitations... jusqu’à ce que je me trompe de chemin. J’avais pas le choix, je me suis arrêtée pour regarder ma carte, j’ai fait demi-tour, j’ai trouvé le bon chemin, j’ai trouvé un stationnement à Boulogne-Billancourt, j’ai demandé mon chemin (parce que j’avais tourné pas mal pour trouver le stationnement), je suis rentrée dans le magasin, j’ai acheté du tulle, je suis repartie. J’ai ensuite niaisé vingt minutes en char dans Boulogne-Billancourt (partir c’est toujours plus compliqué que de venir à cause des sens interdits... je me suis arrêtée deux fois pour regarder mes cartes). Je suis revenue chez nous, saine et sauve, avec du tulle en plus.

Je crois que je viens de franchir une étape dans ma thérapie d’adaptation à ma vie de Française.

*****

...j’arrête pas d’écrire mon blogue là !!! C’est juste que je serai moins assidue en raison, et de mon mariage, et de mon mémoire. Merci à tous ceux qui ont témoigné de l’intérêt pour mes anecdotes. Ça fait chaud au coeur.

vendredi 1 août 2008

Le rêve prémonitoire de Karine Dufour, ou comment, inopinément, la vie est ben faite

22 juillet 2008, il est 8 heures. Karine Dufour est chez elle et se prépare pour une autre journée de travail acharné. Le téléphone sonne. C’est moi qui appelle, ça fait deux heures que je magasine en braillant les prix des billets d’avion pour Montréal.
- Qu’est-ce que vous faites cette semaine?
- ... Est-ce que tu t’en viens?
- Ouais...
Là, je file mal, mais Karine prend quand même le temps de me raconter qu’elle a rêvé qu’elle allait me chercher en ville, que j’avais pris l’avion, que je revenais (!) Elle en revenait pas. Y’a de quoi. Ça faisait quelques jours que je rêvais, moi aussi, que je revenais à Montréal.
- Ben, tu vas venir avec nous autres voir Paul Mc Cartney! Eille, pis tu vas être là pour le show de la Bobosh Rock*!!!


Pouvais pas mieux tomber : voir Paul et mourir; ressusciter, et chanter dans la Bobosh. Les deux plus grands rêves de ma vie. Je trouvais que mon down était cool finalement... Ouais, c’était les 10 jours les plus intenses de ma vie. Je pourrais vous raconter mon attente de 15 heures dans la foule pour voir Paul (tellement pognés qu’on faisait des rondes pour s’assseoir), nos répétitions pour la Bobosh (rock on), les steaks (Merci papa, Sandra et Franki), les 3-4 poutines et le hot-dog all-dressed que j’ai mangé dans la semaine (merci junk food d’exister), mon brunch (thérapeutique) avec Marilou (Merci!), notre take-out du St-Hubert, dégusté au Miami (Merci Val!), l’humidité typiquement Montréalaise (Merci l'été), mon magasinage pour ma robe de mariée (c’est trouvé yeah! Je suis full equiped. Merci maman!), comment Véro et moi avons perdu la voix après notre show rock (merci Véro d’être toujours aussi solidaire), l’Isles-aux-Coudres que je n’avais pas vue depuis longtemps, mes deux pieds dans le Fleuve St-Laurent et nos rides de char (Merci Pascal, Nadia, Stéphane de m’avoir promené partout). Je préfère vous parler de mes amis (qui sont vraiment les meilleurs du monde), qui ont toujours été là (...le curseur clignote, je sais pas comment vous témoigner mon amour... Voulez-vous m’épouser?!?) et qui me manquent affreusement depuis le mois de janvier. Juste de les voir, ça a cassé mon bad trip. Je sais pas si c'est l'urgence de profiter qu'on soit ensemble ou simplement le hasard qui a fait que mon voyage était surréaliste et complètement fou, par moment j'arrivais pas à croire que j'y étais... follement agréable comme séjour, mais quand même, c’était assez épuisant... pas trop de rêve prémonitoires comme ça, s’il-te-plaît, hein, Karine...


J'ai quitté pour la première fois Montréal à la lumière du jour, ce qui m'a permis d'admirer la majestuosité du Fleuve St-Laurent (c'est kitsh comme phrase, mais c'est tellement vrai que c'est beau!) Je suis revenue mercredi matin en France et j'ai eu le privilège de voir, par le hublot, la tour Eiffel dans un nuage de smog (j'ai essayé de voir Bonnelles, mais je pense que c'est trop petit (hihihi)). N'empêche, ça avait quelque chose de charmant. Chéri (qui s’est ennuyé pas mal) ne pouvait malheureusement pas venir me chercher à l’aéroport, mais entre les quidams qui avaient tous les yeux rivés sur la sortie des douanes, j’ai aperçu un visage bien connu. Souriant jusqu’aux oreilles, les cheveux dans le vent et le teint frais sous les plus gros verres fumés de star que j’ai jamais vu de ma vie, il m’attendait les bras ouverts, mon Optimisme, m’a dit qu’il essaierait de pas me lâcher, qu’on allait travailler fort, sortir plus souvent et recommencer à faire du jogging, question d’évacuer les trois poutines de la semaine... L’entraînement a d’ailleurs commencé sur-le-champ : sur le chemin du retour, il m’a regardé transporter mes bagages...


*Quand une image vaut mille mots... (À ceux qui ne m'ont jamais vu de leur vie (Salut Jo!) je suis au centre)

samedi 5 juillet 2008

Dernières fois en mode playback

Ça y est, c’est fait : je suis allée à Paris en Renault-Laguna-vert-émeraude. Le voyage était à la hauteur de sa réputation. Si vous cherchez l’enfer, il se trouve tout le long du périphérique intérieur, Paris, France, et dans toutes les rues du 18e arrondissement, où j’ai cherché, en vain, un parking gratuit. Ça aurait été plus simple de rester stationnée dans la place payante (sans payer) que j’avais trouvée presque en face de l’appart de Sam et Mélanie, qu’ils ont d’ailleurs quitté hier pour retourner à Montréal (je n’ai plus de permanence québécoise à Paris. J’aurais dû abuser davantage de leur hospitalité, ça n’a pas adonné; je me vengerai sur les prochains erasmus...) J’ai récupéré plusieurs objets sacrifiés aux prix d’un retour plus léger et donc moins coûteux: une imprimante (photo, c’est cool), plein de cahiers et de porte-folio, une poubelle assez étrange, mais qui joue son rôle à merveille, une bible (!), un sac de revues, des débarbouillettes, des épices et d’autres restant de bouffe non-périssables, 3-4 plantes et un sac plastique plein de carambars aux saveurs inusitées (Merci!!!). Je réitère: on a ce qu’on mérite dans la vie. J’avais moi-même donné tout le contenu de mon garde-manger à des amis avant de quitter Montréal.

Trouvez un parking gratuit, ouais... courage. Malgré toute la petite monnaie qui traîne dans le fond de votre sacoche, il n’est pas possible de se stationner sans carte magnétique parisienne de stationnement (disponible dans tous les bureaux de tabac). Trop pressée (et de toute façon trop cassée) pour aller m’acheter une carte, j’ai pris mon optimisme par le bras et l’ai assis à la place du co-pilote. Il faisait environ 35° mardi dernier (donc 45° dans la Laguna), j’étais déjà trempée avant de me rasseoir dans la voiture. Je ne me souviens plus combien de fois j’ai tourné à droite. Je trouve finalement une place sur un viaduc, où il y a plein de place, ce que je trouve étrange. Je demande alors à un livreur (en disant en premier que je n’étais pas de Paris (AHAHHAA! Comme si ça paraissait pas!) si je peux rester parkée là, mais il n’a pas le temps de me répondre qu’ un chauffeur de taxi robeu (arabe) qui passait par là s’arrête et me crie de sa voiture que j’allais être remorquée à coup sûr. J’ai quand même remercié le livreur, et suis allée reprendre les rênes de mes 7 chevaux, pour 40 bonnes minutes de cassage de tête (à 1,50 euros/litres d’essence). C’est beau Paris, mais je me suis tellement perdue que j’ai dû remettre en marche le GPS (l’optimisme avait fondu sur son siège) pour finalement revenir me parker à peu près au même endroit qu’en arrivant, au risque d’avoir une contravention (que je n’ai pas eue : yé). En ressortant de la voiture, je me suis dit : regardez-moi Parisiens de Montmartre, je suis la reine du wet t-shirt... et aussi du wet short. J’étais mignonne, y’a pas de doute. Si ça n’avait pas été indécent, j’aurais tout enlevé tellement j’avais chaud. J’ai mis tellement de temps à me stationner que Sam et Mel pensaient que j’avais filé avec leur trucs (j’avoue qu’à un moment donné, j’y ai pensé...) sans revenir prendre mon café (et mon verre de 7up grenadine, vu qu’il faisait chaud à boire du café), et surtout sans leur dire au revoir. On a parlé de choses et d’autres en sachant très bien que c’était la dernière fois avant longtemps qu’on pouvait s’admirer la bouille. Je pense que je comprends mieux mes amis maintenant, ceux qui ont compté et profité avec moi des derniers jours que j’ai passés à Montréal. C’est affreusement triste de se quitter, même quand on se connait pas tant que ça. J’avais le motton quand j’ai regardé dans mon rétroviseur les deux amoureux, bras dessous, bras dessous, retourner vers le 122 Ordener, qui faisait déjà pour moi parti des souvenirs. Deux dernières fois donc... enfin, j’espère... parce que les adieux aux amis sont certainement les seules et uniques raisons qui justifient que je risque la vie de mon char à Paris.

lundi 30 juin 2008

One night stand, ou mon ami Simon Poulin

Simon, je ne le connais pas et c’est mon seul ami Facebook que je n’ai jamais vu : le genre d’ami avec qui on croit qu’on n’a pas d’engagement, qu’on aime parce qu’on le voit quand ça nous tente, qu’on a le droit d’oublier, de jeter, de reprendre quand on veut... une relation platonique, un vrai de vrai ami imaginaire. (Pour mettre dans le contexte ceux qui n’y sont pas, c’est l’auteur de la BD (ou des tranches (trash) de vie?) Ton papa me fourre en ligne depuis mars 2008 (www.papamefourre.blogspot.com), donc à peu près depuis que je suis exilée, et que je n’ai souvent rien d’autre à faire que de fureter sur internet en quête de divertissement.) En parfaite groupie, quand j’ai vu hier soir le mot FIN dessiné en lettres grises sur le dernier post du blogue de mon ami Simon Poulin, j’ai eu un choc. J’étais attachée quoi! «Chéri! Ton Papa me fourre a fermé! Noooooon!» (Quelle drôle de phrase quand on n’a pas les éléments pour la comprendre...) J’avais pas fait le décompte des épisodes, ni celui des pages et je me suis retrouvée face à la terrible réalité du lecteur de blogue : la fin, qui n’en est jamais vraiment une (sauf si l’auteur du blogue meurt vraiment), petite mort frustrante pour une lectrice à qui l’auteur avait tant donné... sans engagement les amis imaginaires?... mouais.
Le blogue : ce genre de lecture rapide, qui parle de tout et de rien, et surtout qui, pour moi, n’est pas de la Littérature avec un grand L (ce qui, rassurez-vous, n’empêche pas que j’ai beaucoup respect pour plusieurs auteurs.) Trop disparate pour coller au genre, trop de photos, trop de dessins, trop d’intertextualité, trop d’inside et d’adresses au lecteur, trop de poésie bidon, trop de post qui ressemblent à des pubs, trop de vidéos, trop de fautes d’orthographe, trop de MOI –AUTEUR, trop d’excuses pour justifier et trouver un sens à son existence... et je n’ai pas la prétention de dire que j’évite ce genre de digression littéraire sur Suivi des coups de tête. J’adore les blogues exactement pour ce que je leur reproche. Bref, leur tâche est de piquer la curiosité. Celui de Simon Poulin était d’ailleurs une référence dans ce domaine et peu m’importe qu’il se soit servi de cette tribune pour exposer ses viscères au grand jour ou pour mettre à l’épreuve ses exercices de style. Il n’y a pas de règles à suivre sur les blogues, ou du moins pas vraiment d’institutions qui les gère, c’est le règne de l’auteur libre et du lecteur avide, critique et vorace. J’ai l’impression parfois que c’est le «j’en-ai-marre» de la littérature, une contre-révolution du genre. Paradoxalement, ça m’a redonné le goût d’écrire des histoires, justement parce qu’elles ont trouvé un ailleurs moins abstrait que les oubliettes de mon disque dur...
Simon Poulin redoutait de se faire reconnaître dans la rue, mais avait le chic pour faire saliver son lecteur et le faire réagir, tâche ardue sur la blogosphère, où tout un chacun semble chercher un peu de reconnaissance. J’étais accro (et j’étais pas toute seule!) aux histoires de Simon, aussi pathétiques soient-elles, mais aussi aux commentaires dont les propos étaient parfois aussi scabreux que le message, le meilleur et le pire au même endroit, une allégorie de l’humanité, ouais... Le personnage n’était pas tout ce qu’il y avait de sympathique : pornographie et autres déjections primales et machistes, ordinairement, j’en ai rien à faire... mais j’ai vraiment eu envie de le croiser dans la rue, de le connaître un peu plus (ce qui s’est avéré impossible étant donné ma situation géographique), la preuve certainement qu’il est autre chose que ce qu’il raconte, un auteur peut-être. Entoucas, il s’est auto-consacré comme tel et il a eu bien raison. Sauf mon respect pour l’aspect autobiographique : c’était bon ! Si on veut mettre une image sur mes mots (et ainsi rendre hommage à l’auteur), on pourrait dire que Simon m’a bien fourrée et que j’ai bien jouis. Malheureusement, je ne livrerai pas ici tous les détails de cette nuit chaude et endiablée. Ça, c’est le truc de Simon. Merci pour le one night stand.

mercredi 25 juin 2008

Rendez-vous de la Nation


On est arrivés hier vers 18h30, rue Pergolèse, dans le 16e, où se trouve la Délégation du Québec à Paris. Une partie de la rue avait été fermée pour l’occasion (imaginez le bout de la rue Marianne entre St-Denis et Rivard... c’était à peu près grand comme ça). C’était écrit «Québec» en gros sur une banderole accrochée entre les blocs appartements et il y avait plein de petits drapeaux qui ne flottaient pas au vent, parce qu’il n’y en avait pas. Des gros speakers nous renvoyaient les vieux hits de Marjo, de Gerry Boulet et d'Éric Lapointe. J’étais surexcitée de me trouver parmi autant de Québécois.


Tous les ingrédients pour une bonne St-Jean étaient réunis : il faisait 40° degrés à l’ombre, y’avait plein de Québécois habillés en bleu ou portant une cape-drapeau-du-Québec, la fanfare était pas super bonne (en fait c’était vraiment plate comme fanfare... déguisés à la mode Louis XV, on aurait dit qu’ils étaient pas contents d’être là), on a rien vu du show de l’école de cirque du Québec et on a seulement entendu Caïman Fu, le stage étant dans la cour intérieure de la Délégation, il faisait beaucoup trop chaud là-dedans pour pouvoir en profiter. On a vu deux ou trois fuckés de la St-Jean (dont deux Français fatigants du Couchsurfing Project, qui nous ont pris dans leur bras en nous disant qu’ils nous aimaient), Mélanie a renversé sa bière sur sa jupe, et durant la demi-heure où on a fait la queue pour une Maudite tiède et broutteuse à 4 euros, moi j'en ai reçu sur le bras (que j'ai léché ensuite). On a passé la majeure partie de la soirée évachés dans le gazon du parc d'à côté à boire notre bière et à discuter de choses et d’autres, passant allégrement de l’Holocaust aux régimes minceurs, de l’identité québécoise aux toilettes chimiques de la St-Jean à Québec. «Ça pue autant qu’à Montréal», ai-je entendu en allant à celles de la St-Jean de Paris... effectivement. On se sentait chez soi, quoi, en plus c'était plein de Français... sauf l'architecture, on se serait cru à une fête de quartier sur le Plateau Mont-Royal. Pour ajouter du glamour à la soirée, j’ai fait la connaissance du petit neveu de Gaston Miron (lequel a malheureusement la réputation de se câlisser de son aïeul poète) et des petits enfants de Fernand Ouellet (supers cools).


Pour finir, j’ai passé par dessus une mini clôture et j’ai réussi à déchirer mon pantalon neuf, et ce matin, j’ai mal à la tête (ce pourquoi j'ai la faiblesse intellectuelle de ne pas vous livrer mes réflexions sur les effets socio-culturels qu'une St-Jean-Baptiste parisienne ont sur ma condition d'expatriée)... quand je vous parle d’une vraie St-Jean.

lundi 9 juin 2008

Week-end tchekhovien

« Je comprends ce que vous ressentez, chère actriçounette, je comprends très bien, mais tout de même, à votre place, je ne serais aussi désespérément bouleversé. Le rôle d'Éléna et la pièce elle-même ne valent pas qu'on se gâte à ce point le sang et les nerfs...»

Samedi soir, avec Sam, Mel, Vince et Chéri, nous avons fait fi de la température maussade et confronté en duel les nuages gris qui flottent en permanence dans le ciel de l’Ile-de-France (quoique ce matin il fait beau, mais je reste sceptique...) : nous avons fait un barbecue, dewhors, sous la protection bienveillante des tuiles d’un pavillon de ferme d’une autre époque. J’ai mangé un hamburger et un hot-dog-baguette. On avait acheté de la moutarde jaune, celle qui goûte le vinaigre. C’était délicieux, même si le festin manquait cruellement de relish et de piments bananes. On a aussi troqué la bière pour le vin, contexte socio-culturel oblige, mais on a oublié de sortir le fromage. Les drôles de voisins sont venus nous rejoindre en plein milieu de la nuit pour un dernier coup de gnôle et une bouchée de gâteau. Puis nous sommes rentrés, en titubant un peu, dans le but improbable de dormir. Finalement, j’ai eu droit à une étonnante chanson jazzé-improvisée par Sam et Vince sur le thème de «la poubelle de Rachel», celle que je venais de casser en deux sous l’effet de la boisson... ce genre de moment d’ivresse unique dont on se souvient longtemps et souvent, que le temps va finir par idéaliser et déformer, mais qu’on aime toujours se rappeler en se disant que cette nuit-là, on s’est retrouvé par hasard en pleine face avec le bonheur.
Mes invités ont été séduits par le cadre pittoresque de l’écosystème dans lequel j’évolue depuis quatre mois : un grand potager dont plus de la moitié est inutilisé et où poussent en vrac ronces et coquelicots, une jument et sa pouliche en pension depuis une semaine dans l’enclos près de l’étang, la complainte klaxonante de sa mère l’Oie, les hirondelles et autres chauves-souris, et bien sûr la voûte céleste. Des étoiles : vision rare dans ce monde qui nous pousse toujours à aller de l’avant et à garder les pieds sur terre... quand on sait qu’un écran cathodique dégage autant de lumens qu’un feu de camp, pourquoi diable se tordre le cou pour regarder en l’air, n’est-ce pas? «Quelle chance d’être ici!»... effectivement. Y’a que moi qui figure à temps partiel dans ce tableau rustique pour cause de mésadaptation. Je ne sais même plus si c’est Montréal ou simplement la Ville qui me manque, mais l’attitude anxieuse qui prend régulièrement le dessus sur mes sentiments m’obsède. Ici, aucun miroir pour me renvoyer mon image, sauf les yeux de mes amis, et il n'y en pas beaucoup... Qui a-t-il de plus rassurant que de se sentir exister chez soi dans le regard des autres? Je me manque à moi-même, étrange. Je me sens vivre entourées d'amis, sinon je ne suis qu’un spectre (ça fera ça de plus à ajouter aux attraits de la ferme!) : c’est ce que je me disais hier en fin d’après-midi, seule au volant de ma Renault-laguna-vert-émeraude, en revenant de la gare de Bures, où je venais de déposer les amis.

Visite impromptue du frère de chéri en soirée : il s’est effondré en larmes dans la salle à manger en disant « j’suis fAtigué, j’suis fAtigué, j’suis fAtigué, j’suis fAtigué...» Chicane de ménage. Il était soul comme une botte (...il a quand même pris son char, mais on l’excusera : la seule victime, c’était lui...) et déblatérait un discours sans queue ni tête, l’image parfaite du ras-le-bol existentiel. Sa douleur a eu un effet cathartique sur ma mélancolie. La vie est ainsi faite : j’ai eu l’impression que tous les visiteurs du week-end étaient venu chez moi exprès pour me rappeler que j’étais heureuse, ici, avec Chéri, sur la ferme. Changement d’attitude en perspective...

«...La pièce date d'il y a longtemps, elle a déjà vieilli, elle est pleine de défauts de toutes sortes; si plus de la moitié des acteurs ne sont pas arrivés à trouver le ton juste, c'est la pièce, bien sûr, qui en est responsable. Ça - premièrement. Ensuite il faut laisser une fois pour toutes ce souci du succès et de l'échec. Que ça ne vous concerne pas! Votre affaire est de travailler, obscurément, de jour en jour, sans trop de bruit, d'être prête à faire des fautes, qui sont inévitables, de subir des échecs, bref, à s'obstiner dans votre ligne d'actrice, et, les rappels, laissez les autres les compter. Écrire ou jouer et savoir en même temps qu'on ne fait pas ce qu'il faut - c'est tellement normal, et, pour les débutants, tellement utile!...»
Lettre d'Anton Tchekhov à Olga Knipper, Yalta, 1er novembre 1889.

jeudi 5 juin 2008

Girls power

Quelle journée, j’ai été super occupée. Je me suis levée tôt, je me suis assise devant mon ordi pour travailler, j’ai écrit 2 paragraphes de 15 lignes en deux heures (ce qui est un record), pertinents (ce qui est très rare), j’ai reçu un colis et jaser avec le facteur et sa stagiaire qui va le remplacer pendant ses vacances (oui, je pense que ça prend un stage pour savoir où tout le monde habite et où livrer les colis, parce que par exemple, pour rentrer chez nous, si t’es pas au courant, tu peux chercher longtemps...), j’ai déballé mon colis. C’est des anti-dépresseurs pour chats... Je le sais, c’est bizarre. Scapin, mon petit chat, a des problèmes de comportement : il arrête pas de se lécher et de se gratter tellement qu’il a plus de poils sur le bas-ventre et à la base de la queue et qu’il n’en a presque plus dans le cou. Il fait dur, mais je l’aime quand même. Je l’ai attrapé pour lui donner sa pilule... ça aime pas trop ça les chats, avaler quelque chose tout rond... pis ça a pas trop de salive non plus un chat. Entoucas. Ensuite, vraie journée de fou, j’ai pas vu l’heure passer et j’ai du courir jusqu’à mon cours de yoga (j’ai pas vu le vieux cochon, oh yeah!). Là-bas, mon tapis de yoga a fait fureur (ils se sont dégênés ou bedon se sont ouvert les yeux puisque j’apporte toujours mon tapis...) : c’est parce qu’il est anti-dérapant. Pas mal, non? Ici, ça n’existe pas ça a l’air. Jean-Pierre a dit qu’il avait été à un stage de yoga aux États et que tout le monde avait ça, donc toutes les vieilles bonnes femmes me demandaient si je l’avais acheté aux États. Sacré Jean-Pierre! Tu m’étonneras toujours! On a parlé de mon tapis un bon 15 minutes, c’est quand même fascinant. En revenant, j’ai appelé Nadia, au Québec. On a parlé UNE HEURE ET DEMIE! C’était bon. Ensuite le voisin est venu me chercher parce que Chéri était, à l'autre bout du fil, pogné à Limours (manqué l’bus) et que moi j’étais au téléphone, donc il n’arrivait pas à me rejoindre. J’ai sauté dans mon char et j’ai roulé comme une star jusqu’à Limours-en-Hurepoix (sordide comme nom de ville hein? Prononcez toutes les consonnes, c’est encore pire.) Mais le meilleur est à venir. J’avais ma première date de filles ici depuis 4 mois ce soir. Un soin du visage. Je vais faire une croix sur le calendrier, ou mieux encore, un crucifix : merci Jésus, qui que tu sois. On était juste 3, mais on était que des filles, de mon âge en plus. Une bonne draft d’oestrogène, ça faisait longtemps.

Équipe féminine, tu me manques.

vendredi 8 février 2008

Une canadienne au pays du fromage

Enfin, la période de hauts et de bas semble tirer à sa fin. Durant les 3 derniers jours, j’ai eu peur de devoir revenir hâtivement à Montréal sous prétexte d’une mélancolie mortelle. J’ai beaucoup pensé à ma famille et à mes amis, et j’ai revu en souvenir tous les bons moments que j’avais passé avec eux pendant les deux derniers mois. J’ai pensé beaucoup à mon ancien appartement, que j’aimais même si c’était le plus bruyant de Montréal, à mon dépanneur de chinois, aux Peter Jackson bon marché (maintenant je fume des Lucky, bien meilleures et beaucoup plus chères... mais je trouve que ça me va bien !). J’ai même téléchargé Google Earth. Au début c’était pour voir la maison de Mathieu qui est actuellement en Italie, puis ensuite j’ai recherché toutes les adresses que je connaissais au Québec, le tout bien arrosé de larmes ! Symptômes du décalage ou peur de l’avenir, mon moral d’acier n’en menait pas large et a coulé au fond... mais c’est terminé (ou presque, je ne pense pas pouvoir me déraciner aussi facilement hein !), je me sens mieux et je commence à apprécier tranquillement ma nouvelle vie. Je me suis également remise au travail et j’essaie maintenant de terminer le brouillon du premier chapitre de mon mémoire. Je prends beaucoup de pauses pour regarder la ménagerie dans le jardin : il y a un lapin qui se prend pour un canard, et je me demande ce qui sortira des oeufs que la canne a pondus cette semaine...
Moi qui aime tellement manger, je suis au pays de la bouffe et je m’en donne à coeur joie ! (Va falloir penser à faire plus de jogging.) Dans notre réfrigérateur se trouvent présentement une dizaine de sortes de fromages prêts à être engloutis. Dans le congélateur, il y avait des baguettes de pains (il n’y en a plus...) et c’est bien connu «les Français font le meilleur pain» (lors de mon premier voyage en France, j’avais acheté un sandwich jambon-beurre emballé dans un papier qui portait fièrement cette inscription, et ça m’a marqué) ! Nous avons acheté 24 huîtres (le marchand nous en a donné 36) pour 10 euros. Je n’ai pas passé un seul jour sans manger un carré de chocolat noir. Nous buvons une bouteille de vin provenant de la cave personnelle de mon chéri chaque jour (j’ai pris une pause mercredi dernier, j’étais tannée... tsé !) Hier, j’ai bu du champagne juste parce que ça me tentait ! La belle vie, merci, merci, merci !!! Aujourd’hui, j’ai mangé un spaghetti sauce tomate et je trouvais que ça faisait changement, oui, parce que la bouffe, ça fait mal quand même... et gare au diabète ! Je me suis enfoncé (je ne sais pas trop comment ça s’est passé, mais enfin...) une «écharde» d’huître dans la gencive, juste au dessus d’une palette et j’ai pensé que j’allais perdre ma dent (je suis hypocondriaque), et j’ai fait une réaction allergique, qui ne m’a pas défigurée, mais presque. Diagnostique personnel: j’ai trop abusé des laitages, du vin, du chocolat... Santé !