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vendredi 2 juillet 2010

Lettre à mon banquier

Ça aura été la même histoire du début à la fin! Bref, voici la lettre que j'ai finalement envoyée à mon banquier qui me harcèle sans relâche depuis l'automne dernier.


Monsieur X,

Je tiens à vous informer qu'il s'agit du troisième courrier me demandant de prouver mon identité, et l'envoi que vous tenez entre les mains constitue une troisième réponse à celui-ci.

Cette fois-ci, vous indiquez que mon dossier est incomplet sans toutefois m'informer de la pièce manquante exacte.

Alors, comme pour les deux dernières fois où j'ai répondu à ce courrier, je vous enverrai exactement les mêmes pièces d'identité et preuves de résidence, car, en plus de penser que ce sont bel et bien celles que vous souhaitez vérifier (elles figurent dans la liste au verso de la lettre qui les réclame), je n'en possède tout simplement pas d'autre.

Si vous ne l'avez pas encore remarqué lors des deux envois précédents, je suis Canadienne et, comme les étrangers en ce pays, je ne possède pas de pièces d'identité française autres que mon passeport, mon visa et ma carte de séjour – celle de l'OFII -, collée dans mon passeport. Mon adresse figure sur cette carte, c'est ma seule preuve de résidence. Pour votre information, ces pièces d'identité sont assez difficiles à obtenir et coûtent un certain prix. J'ai dû passer par plusieurs administrations qui ont ausculté mon identité et ma généalogie à un point tel que j'ai bien cru qu'on allait m'ouvrir le thorax une bonne fois pour toutes afin de s'assurer que je n'étais pas un automate en situation irrégulière.

Si ces pièces ne vous satisfont pas, eh bien, je ne peux plus rien pour vous.

Ah si, je peux peut-être vous inviter à me rencontrer. J'habite au xx, rue de la xxxxx, à Bonnelles, mais vous le savez déjà. N'empêche, c'est un endroit charmant, vous verrez. Aujourd'hui, il fait chaud, mais nous y sommes au frais, avec mon mari, nous jardinons un peu. Je pourrai vous raconter ma vie, à l'ombre, devant une bonne tasse de café, et vous vous réjouirez en entendant chanter mon accent québécois. Je vous jure, vous vous croirez en vacances.

Je vous souhaite une journée remplie de vérifications satisfaisantes, pas comme la mienne qui vous donnera, pour la troisième fois, du fil à retordre et un mal de tête.

jeudi 21 août 2008

Retour dans le passé

À la demande générale, je publie ici la lettre de motivation que j'ai écrite au Consulat de France à Montréal (avec l'aide précieuse d'Éric Samson-Lalère) pour l'obtention de mon PVT.

Montréal, le 10 janvier 2008.

Objet : lettre de motivation en vue de l’obtention du visa 2E Permis vacances-travail

Madame, Monsieur,

Je vous écris aujourd’hui pour vous exposer les raisons qui motivent ma demande de visa long séjour de type 2 E, communément appelé PVT.

J’ai visité la France à l’été 2006 et j’ai vraiment apprécié votre pays fabuleux ou je me suis bourré de fromage et de jambon pendant 3 semaines inoubliables autant que consécutives. J’ai bu plein de Ricard et mangé plein de saucissons, celui d’Auvergne est particulièrement goûteux. Votre mode de vie épicurien me convient tout à fait et c’est pourquoi j’aimerais passer un an chez vous juste pour voir combien de kilos en surplus j’aurai en revenant. Je suis heureuse que nous puissions désormais trouver du beurre de pin’ dans vos épiceries. D’ailleurs, le Champion et ses allées de palettes de chocolat me manquent chaque jour.

J’ai hâte d’aller acheter mes cigarettes dans un tabac et de pouvoir dire chaque jour au commis : un lucky 25... ce sera tout !

Je capote sur votre système de transport incroyable : j’ai traversé la France en moins de 2 jours, ce qui s’avère toujours impossible, ici, au Canada. Vos multiples grèves pimenteront mon quotidien. J’adore écouter toutes les conversations au portable dans le rer, ainsi, j’apprends beaucoup sur les principaux intérêts de votre peuple et votre culture.

Je capote sur le stade de France et sur les fesses de Michalak.

Voici les principales raisons qui motivent ma demande de PVT.

AH! J’oubliais le principal : les Français sont de formidables amants. J’en trouvé un qui me convient parfaitement.

Cordialement,

Rachel Gamache, future Française

mercredi 28 mai 2008

Père Noël en prolongation

Bon. J’ai le regret de vous annoncer que c’est sans doute la dernière fois que je rapporte les paroles d’un Français sur ma condition de colonisée, parce que franchement, celle-là est dure à battre (mais on sait jamais. D’ailleurs, plus rien ne m’étonne maintenant.)
Je m’en vais à la pharmacie de Bonnelles pour chercher mon médicament. Premièrement, j’ai eu l’air d’une touriste (ou d’une conne, c’est selon) parce que j’étais sûre que ça fonctionnait comme chez Jean Coutu : tu dis ton nom et puis le pharmacien te donne ce qu’il y a d’inscrit dans ton dossier, sans crier gare. Non. Ici, il faut garder sa prescription précieusement et la redonner à chaque fois. J’ai donc commencé par retourner chez nous pour chercher ladite prescription. De retour à la pharmacie, tout se déroulait normalement jusqu’à ce que la pharmacienne remarque mon accent :
- Vous devez venir du Cânâdâ avec un accent comme çâ...
- (on dirait qu’elle parle comme Père Noël...) Oui
- Vous êtes en stage au ... (j’ai pas compris ce qu’elle a dit)
- Pardon?
- (En articulant) Vous êtes en stage, vous venez pour améliorer votre français? C’est bien...
- (AYOYE! Elle est pas souvent sortie de Bonnelles la pharmacienne) Bwofff...
J’ai répondu «Bwoff», parce que, franchement, je savais pas quoi répondre à ça. J’étais même pas frustrée, je venais de franchir un cap dans ma capacité de m'étonner ou d'être abasourdie. Au lieu de me dire que ça avait pas-de-maudit-bon-sens-de-dire-des-affaires-de-même (ce qui est quand même vrai, on s’entend...) je me suis juste demandé pourquoi, mais pourquoi, le Québec francophone n’est pas sur la map cérébrale des inconnus que je rencontre. Ils vont pas à l’école ou quoi? Au fond je m’en fous, sauf que je trouve que la pharmacienne est vraiment... naïve, ou c’est peut-être moi qui a des obsessions territoriales et qui meurt d’envie de vouloir exister ailleurs. Bwoff...

*****

En rentrant, j’ai regardé mes courriels et OH BONHEUR, la secrétaire du département des littératures etc. m’avait écrit pour me dire qu’il fallait que j’écrive une lettre de motivation (j’adore les lettres de motivation, je suis full motivée) pour obtenir une prolongation... eh oui, des choses qui arrivent, je ne terminerai pas mon mémoire dans les temps. À la demande générale, (je dédicace cette lettre à Éric Samson-Lalère : elle aurait été bien meilleure si je l’avais écrite en sa compagnie), voici ce que j’ai écrit :

À l’attention de Monsieur XXX, responsable des études supérieures du Département des littératures de langue française.

Objet: Demande de prolongation

Monsieur,

Horreur et damnation, je ne pourrai pas finir mon mémoire pour le 31 août prochain et cela m’attriste de devoir vous demander une prolongation. Voici donc les quelques raisons qui expliquent ma situation.


Voulant demeurer éternellement étudiante, il me semble qu’une prolongation entre en parfait accord avec ce statut et s’impose pratiquement d’elle-même. J’entretiens également l’ardent désir de continuer à chialer parce que je n’ai pas de cash. Vous comprendrez que cela ne serait pas possible si je ne pouvais accéder à la réinscription en rédaction à la maîtrise. Je devrais me trouver un emploi et vaquer à des occupations d’adulte, ce qui m’intéresse peu étant donné que j’ai choisi d’étudier en lettre, plus précisément dans le domaine de la dramaturgie qui, comme vous le savez n’engendre que des critiques douteux, de vulgaires comédiens et des pelleteux de nuages. Si je n’obtiens pas cette prolongation, je n’aurai plus de quoi occuper mes journées et vous savez comme moi que la nature a horreur du vide. Ceci sans compter que vous m’avez offert l’an dernier une bourse de rédaction qui m’apparaît comme un montant astronomique en regard du budget de l’Université. Il serait dommage et paradoxal que vous ayez investi cette somme dans le remboursement de ma Mastercard, pour finalement me balancer à la rue...

Je me trouve donc dans le devoir de vous implorer de m’accorder le sursis d’une session supplémentaire afin que je puisse continuer de me vautrer dans la déchéance estudiantine ainsi que dans le soliloque ingrat de l’écriture scientifique. Et qui sait, grâce à cette prolongation, peut-être ferez-vous de moi un professeur de français au CEGEP du Vieux-Montréal ? C’est un pensez-y-bien.

Dans l’attente de votre réponse, qui de toute façon sera positive, veuillez agréer, Monsieur, l’expression de mes sentiments les meilleurs.

Rachel

Pas pire... mais je suis ouverte aux suggestions.