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mercredi 1 octobre 2008

Rachel - 1, Boulogne-Billancourt - 0

Aujourd’hui est un grand jour dans l’histoire de ma vie réelle de Française : Je suis sortie de mon département, tu-seule, à bord de la Rachel mobile.

Tout a commencé le jour où, sur les conseils de mon amie Karine, je me suis dit : il faut que j’aille acheter du tulle pour fixer au plafond de la salle de réception de mon mariage. Ça va être beau. Or, du tulle, dans mon coin, y’en a pas. J’avais pensé décorer avec des bottes de foin et des gerbes de blés, pour rester dans la thématique «farmer» mais (toujours sous les sages conseils de mon amie Karine, qui m’a fait connaître son opinion sur mes champêtreries en gardant une seconde de silence, puis en me lançant un «NOOOON !» catégorique à l’autre bout du fil) finalement, j’ai changé d’idée. Maintenant que le mariage frappe à ma porte, le moment était opportun pour aller acheter le fameux tulle en question. Mon traiteur m’avait dit qu’il y avait un magasin, à Boulogne-Billancourt, qui s’appelait Toto solde (pouhahaha !!) et qui vendait toutes les couleurs de tulles inimaginables. Ok...(Boulogne-Billancourt + banlieue parisienne + routes méconnues de Chéri (et donc de moi en l’occurrence) + tu-seule + char = Mourir.)

Plusieurs choix se sont offerts à moi:
1. J’appelais Mon chat ou la Fée Marraine pour qu’un des deux vienne avec moi. Le problème, c’est que j’ai pas toujours envie d’être avec eux pour faire mes affaires. Ils sont supers gentils, mais c’est comme ça, j’ai pas envie.
2. Je demandais à Mon chat ou à la Fée Marraine qu’ils me prêtent leur GPS. L’affaire, c’est qu’ils m’auraient sûrement proposé de m’amener, et ça aurait eu l'air bête de dire non.
3. Je demandais à un des voisins de venir avec moi, mais il n’y avait personne à côté aujourd’hui.
4. Fuck off, j’y vas pas. Je vais le commander sur Internet...
5. Je vais y aller en fin de semaine avec Chéri, mais on n'a crissement pas le temps.
6. Je vais y aller maintenant, tu-seule, sans GPS, et je vais mourir.

J’ai choisi la dernière solution, qui m’a franchement réussi, parce que je ne suis pas morte.
Ça a l’air con, mais y’a trois mois, j’aurais jamais pris ce risque, (qui n’en est pas vraiment un) parce que je n’avais pas confiance en moi. C’est pas évident conduire ici. À cause des ronds-points, on a toujours l’impression de revenir sur nos pas, les noms de rues ne sont pas toujours bien indiqués, les gens ne conduisent pas de la même manière qu’au Québec, bref, il faut conduire à tâtons. Je ne pensais pas avoir les moyens de prendre mon char et d’aller dans un endroit totalement inconnu sans copilote. Évidemment, je sais bien que ce genre de peur-là n’est pas justifiée. C’est pas ça l’important. L’important, c’est de passer par-dessus un jour, même si ça prend du temps (c’est kitsh, hein? Mais c’est vrai). Quand je suis partie en char tout à l’heure, je shakais et j’avais des palpitations... jusqu’à ce que je me trompe de chemin. J’avais pas le choix, je me suis arrêtée pour regarder ma carte, j’ai fait demi-tour, j’ai trouvé le bon chemin, j’ai trouvé un stationnement à Boulogne-Billancourt, j’ai demandé mon chemin (parce que j’avais tourné pas mal pour trouver le stationnement), je suis rentrée dans le magasin, j’ai acheté du tulle, je suis repartie. J’ai ensuite niaisé vingt minutes en char dans Boulogne-Billancourt (partir c’est toujours plus compliqué que de venir à cause des sens interdits... je me suis arrêtée deux fois pour regarder mes cartes). Je suis revenue chez nous, saine et sauve, avec du tulle en plus.

Je crois que je viens de franchir une étape dans ma thérapie d’adaptation à ma vie de Française.

*****

...j’arrête pas d’écrire mon blogue là !!! C’est juste que je serai moins assidue en raison, et de mon mariage, et de mon mémoire. Merci à tous ceux qui ont témoigné de l’intérêt pour mes anecdotes. Ça fait chaud au coeur.

jeudi 18 septembre 2008

Des nouvelles de mon accent

«Alors Rachel, toujours pas perdu ton accent?» me lance un de mes amis Français, tout frais revenu du Québec. «Naon, toujouwh pâs!».

Il faut dire que je ne venais pas ici dans l’idée de perdre mon accent. J’ai bien pris quelques intonations «à la française» (ce qui amuse follement certains Québécois qui, comme les Français, se mettent à répéter après moi... Alleluia). Chéri a lui aussi adopté quelques expressions québécoises, rien de plus normal. C’est dur, perdre un accent, quand on sait qu’on pense avec cet accent (dans ma tête, je parle québécois, je lis en québécois, je rêve en québécois... pas en gros joual là, juste en québécois normal). Alors, pour ceux que ça inquiète, rassurez-vous, mon accent ne s’est pas perdu, et croyez-moi, il est bien présent, surtout quand je suis soûle (c’est comme l’anglais, ça vient tout seul avec un verre dans l’nez!). Sans avoir nécessairement «préserver» mon accent de l’envahisseur Français, disons qu’il n’est juste pas parti comme ça, tout seul. Les Français qui m’entourent se sont habitués à mon accent et moi je me suis habituée au leur (le jargon français est pas mieux que le Québécois, en passant, je comprenais rien au début et je ne pouvais pas rester concentrée sur ce qu’ils racontaient). Je reconnais aussi la face qu’ils font quand ils ne comprennent rien de ce que je dis, alors je répète avec d’autres mots (les Québécois, éternels traducteurs). Depuis que j’ai signifié que ça faisait 8 mois que j’habitais ici et que j’étais écoeurée de me faire imiter à tout bout de champs, y’en a plus de problème. Youpidoo!

Non, pas tout à fait. Préserver, ne pas perdre, garder fièrement son accent québécois (oui, il faut préciser : je ne pense pas que le problème soit le même pour un Marseillais voyez-vous...) signifie ne jamais se faire comprendre dans la vie courante. Par exemple, l’autre jour, j’étais pognée en char en plein milieu d’un carrefour lorsque le feu a passé au vert pour les automobilistes qui venaient dans l’autre sens. En France, quand ce genre d’incident arrive, les gens te foncent dedans (au lieu d’attendre 2 secondes que tu puisses avancer) et t’envoient chier, il faut vivre avec. Un motocycliste me fait signe de ne pas avancer (donc de rester en plein milieu du chemin, ce qui est absurde) et je lui lance par ma fenêtre ouverte un «Ben oussé veux-tu que j’aille câlisse!» qui n’a pas eu tout à fait l’effet escompté, parce que personne n'a compris ce que je venais de dire : dans ce genre de situation, je parlerai toujours une langue étrangère. La spontanéité, on oublie ça: je ne suis pas capable d’envoyer promener quelqu’un en français de France, même si j’adopte toute les intonations.

Pour faire la conversation aux gens que je ne connais pas avec mon accent, il faut accepter (je l’ai fait) de rester toujours une étrangère dans un pays qui ne semble pas vouloir devenir le mien («Vous êtes Canadienne!» C’est immanquable, mais c’est pas grave... les gens sont la plupart du temps ravis de pouvoir parler avec une Canadienne) et faire attention aux mots que j'utilise. Les gens que je ne connais pas, mais à qui je parle plus souvent, ma propriétaire ou le tabagiste, me font la remarque (désobligeante) suivante : «Votre français semble s’améliorer...» Mon français n’était pas plus ou moins moche avant, il était différent, et maintenant, il ressemble un peu plus au vôtre. J’ai souvent envie de dire qu’il y a des milliers de personnes de l’autre côté de l’Atlantique qui parlent comme moi. Entendez vous! CE N’EST PAS LE FRANÇAIS DU XVIIIe SIÈCLE! C’est le français Québécois du XXIe siècle!

Il y a aussi tous les petits malaises inclassables. Que pensez-vous de celui-ci, c’est dans le dernier Elle cuisine : «Sur le site http://www.cookshow.com/, pros et amateurs du monde entier se côtoient sans complexe, pour nous livrer recettes et astuces en vidéo. L’occasion d’apprendre à réaliser du sirop d’érable au gingembre, guidé par un chef québécois, en V.O.» Abasourdie de trouver dans la même phrase les mots «sirop d’érable», «québécois» et «V.O», je me suis posée deux-trois questions. Pourquoi étais-ce nécessaire d’écrire «en V.O.»?!? Chef québécois aurait suffit... Il faut savoir que tout ce qui sonne québécois ici est sous-titré ou doublé en Français de France (sauf la pub pour le nouveau sandwich Canadian Wild de Mc Donald... sans commentaire). J’ai fait le saut l’autre jour, je regardais la télé et j’ai vu un comédien québécois dans une pub de char, doublé avec l’accent français. Donc, en écrivant V.O., est-ce qu’on averti le lecteur que cette recette sera nécessairement plus compliquée étant donné l’accent québécois? Peut-être. N’est-ce pas paradoxal qu’on signifie dans la phrase précédente que les chefs du monde entier se côtoient sans complexe? Il y en a bel et bien un complexe, et c’est celui de la V.O., l’accent québécois réputé incompréhensible et qui reste, envers et contre tous, une stupide curiosité folklorique. Aurait-on écrit V.O. si on avait parlé des gaufres succulentes d’un chef Belge, d’une fondue au fromage Suisse, d’une omelette Basque, d’un cassoulet Toulousain? Non. Sirop d’érable, québécois, V.O. ... ça me donne presque envie de giguer... Moi aussi je peux écrire des phrases paradoxales. En voici une : Le problème avec les Québécois, c’est qu’il parle dans leur langue maternelle, le français.

Je vais me chercher du travail après mon mariage et je redoute les entretiens d’embauches. Et si mon futur employeur se mettait à m’imiter à chaque fois que je parle pendant l’entretien? Et si, une fois embauchée, les employés faisaient pareils? Je devrais (encore) expliquer que je suis écoeurée qu’on m’imite, et personne (encore) ne me prendrais vraiment au sérieux... « C’est pour te taquiner...» Ouain... Ta yeule. Une amie Française me racontait en fin de semaine qu’elle avait dû faire le message de fermeture du magasin à l’intercom lors de sa première journée de travail, que ça l’avait gêné... et si j’avais à le faire, moi, est-ce que les clients comprendraient ou bien n’écouteraient-ils que mon accent? Et si on refusait de m’engager parce qu’on redoute l’effet qu’aura mon français sur le public? Et si on me considérait comme l’innocente de service? Cette carte-là, on m’a conseillé de la jouer pour me trouver du travail... ça a l’air con, mais les Québécois ont cette gentille réputation ici. Sérieusement, ça met peut-être plus de chances de mon côté (sauf quand je magasine : dès qu’un vendeur entend mon accent, il s’empresse de me bourrer comme une valise pour me vendre son stock). On m’a dit de jouer la carte de l’anglais aussi : ici, je suis top bilingue... Bonjour, je m’appelle Rachel Gamache, je suis une gentille bilingue et je parle en V.O.

Ce n’est pas une farce. Normalement, on ne pense pas à tout ça quand on doit parler. Moi, j’y pense toujours, inconsciemment. À chaque fois que je rencontre un nouveau Français, je dois tout reprendre dès le début : articuler en malade, choisir et peser chacun de mes mots et surtout dire de ne pas m’imiter, que c’est agaçant à la fin, que ça fait huit mois que je vis ici... Je sens que RIEN ne me pousse à préserver, conserver, garder mon cher accent (sauf ceux qui ont de la compassion pour ma situation) et je comprends mieux pourquoi maintenant certains Québécois ont choisi de jeter le leur. Je ne leur en veux plus, c’est beaucoup plus facile ainsi de se mêler à la masse. Pourtant, moi, je résiste, pour le moment et pour longtemps, j’espère... Mais je n’ai rien à attendre en retour de cette résistance. Quoi que j’y fasse, ma langue changera et me trahira à nouveau quand je serai de retour au Québec. Chaque fois que je parlerai, on le saura que j’ai passé pas mal de temps en France. Et je devrai jongler éternellement avec les langues qui fabriquent mon identité. «Hi, my name is Rachel» «Where are you coming from, with this english? France? You speak well!»« No, I’m French Canadian... from Quebec»«I didn’t know that people were still speaking French in Canada?!?...»«Well... we keep some secrets like that... but maybe we’re going to bring this one in our graves»«Sorry... I didn’t get it. Could you repeat, please?»

On est bien au Québec, entre Québécois. On est comme dans un petit nid, chaud et douillet, une île... on cajole nos idéaux politiques, notre langue, notre culture, notre chaleur humaine (reconnue internationalement) et notre poutine. C’est bon, dans notre cocon on a réussi : on a survécu à l’envahisseur culturel et linguistique. On se sent menacé parfois, mais de l’intérieur, et les petits feux de pailles, on a vite fait de les éteindre au fond. Le reste du monde (même les États-Unis) est loin, très loin de nous.

Et c’est peut-être pour cette raison qu’ici (et ailleurs sans doute), on nous connaît encore aussi mal.

vendredi 1 août 2008

Illustration de la fameuse priorité à droite

Voici ce qui arrive quand on ne fait pas sa priorité à droite.


La camionnette de France Express sera considérée dans le tort, son conducteur n'a pas regardé à droite avant de s'engager. À mon avis, les deux voitures sont responsables. Il faut ralentir, même quand on a la priorité... la plupart du temps je dois laisser passer les voitures qui n'ont pas la priorité (ce qui me vaut souvent plusieurs coups de klaxons) parce qu'elle arrivent trop vites pour pouvoir s'arrêter. C'est le deuxième gros accident à ce carrefour de Bonnelles depuis que je suis arrivée, j'ai failli moi-même rentrer dans un char qui s'en venait à toute vitesse à ma droite: on voit rien, il faut s'avancer pour vérifier... Trouver l'erreur. Je comprends pas pourquoi les Français sont si réticents aux Stop... Eux qui critiquent tant le rythme rapide de l'Amérique pourraient prendre le temps de s'arrêter au coin des rues. Heureusement, il n'y a pas eu de blessés cette fois-ci. Je vais écrire au Maire de Bonnelles pour demander qu'il y ait un stop. Je passe par là tous les jours.

...Les pompiers Français sont aussi beaux que les pompiers Québécois.

samedi 5 juillet 2008

Dernières fois en mode playback

Ça y est, c’est fait : je suis allée à Paris en Renault-Laguna-vert-émeraude. Le voyage était à la hauteur de sa réputation. Si vous cherchez l’enfer, il se trouve tout le long du périphérique intérieur, Paris, France, et dans toutes les rues du 18e arrondissement, où j’ai cherché, en vain, un parking gratuit. Ça aurait été plus simple de rester stationnée dans la place payante (sans payer) que j’avais trouvée presque en face de l’appart de Sam et Mélanie, qu’ils ont d’ailleurs quitté hier pour retourner à Montréal (je n’ai plus de permanence québécoise à Paris. J’aurais dû abuser davantage de leur hospitalité, ça n’a pas adonné; je me vengerai sur les prochains erasmus...) J’ai récupéré plusieurs objets sacrifiés aux prix d’un retour plus léger et donc moins coûteux: une imprimante (photo, c’est cool), plein de cahiers et de porte-folio, une poubelle assez étrange, mais qui joue son rôle à merveille, une bible (!), un sac de revues, des débarbouillettes, des épices et d’autres restant de bouffe non-périssables, 3-4 plantes et un sac plastique plein de carambars aux saveurs inusitées (Merci!!!). Je réitère: on a ce qu’on mérite dans la vie. J’avais moi-même donné tout le contenu de mon garde-manger à des amis avant de quitter Montréal.

Trouvez un parking gratuit, ouais... courage. Malgré toute la petite monnaie qui traîne dans le fond de votre sacoche, il n’est pas possible de se stationner sans carte magnétique parisienne de stationnement (disponible dans tous les bureaux de tabac). Trop pressée (et de toute façon trop cassée) pour aller m’acheter une carte, j’ai pris mon optimisme par le bras et l’ai assis à la place du co-pilote. Il faisait environ 35° mardi dernier (donc 45° dans la Laguna), j’étais déjà trempée avant de me rasseoir dans la voiture. Je ne me souviens plus combien de fois j’ai tourné à droite. Je trouve finalement une place sur un viaduc, où il y a plein de place, ce que je trouve étrange. Je demande alors à un livreur (en disant en premier que je n’étais pas de Paris (AHAHHAA! Comme si ça paraissait pas!) si je peux rester parkée là, mais il n’a pas le temps de me répondre qu’ un chauffeur de taxi robeu (arabe) qui passait par là s’arrête et me crie de sa voiture que j’allais être remorquée à coup sûr. J’ai quand même remercié le livreur, et suis allée reprendre les rênes de mes 7 chevaux, pour 40 bonnes minutes de cassage de tête (à 1,50 euros/litres d’essence). C’est beau Paris, mais je me suis tellement perdue que j’ai dû remettre en marche le GPS (l’optimisme avait fondu sur son siège) pour finalement revenir me parker à peu près au même endroit qu’en arrivant, au risque d’avoir une contravention (que je n’ai pas eue : yé). En ressortant de la voiture, je me suis dit : regardez-moi Parisiens de Montmartre, je suis la reine du wet t-shirt... et aussi du wet short. J’étais mignonne, y’a pas de doute. Si ça n’avait pas été indécent, j’aurais tout enlevé tellement j’avais chaud. J’ai mis tellement de temps à me stationner que Sam et Mel pensaient que j’avais filé avec leur trucs (j’avoue qu’à un moment donné, j’y ai pensé...) sans revenir prendre mon café (et mon verre de 7up grenadine, vu qu’il faisait chaud à boire du café), et surtout sans leur dire au revoir. On a parlé de choses et d’autres en sachant très bien que c’était la dernière fois avant longtemps qu’on pouvait s’admirer la bouille. Je pense que je comprends mieux mes amis maintenant, ceux qui ont compté et profité avec moi des derniers jours que j’ai passés à Montréal. C’est affreusement triste de se quitter, même quand on se connait pas tant que ça. J’avais le motton quand j’ai regardé dans mon rétroviseur les deux amoureux, bras dessous, bras dessous, retourner vers le 122 Ordener, qui faisait déjà pour moi parti des souvenirs. Deux dernières fois donc... enfin, j’espère... parce que les adieux aux amis sont certainement les seules et uniques raisons qui justifient que je risque la vie de mon char à Paris.

mardi 8 avril 2008

Quand les chevaux sont en fait des mules...

Quand je me suis levé hier matin et que j’ai vu mon jardin tout-blanc-de-neige-blanche, j’ai eu quelques soupçons, un moment de méfiance : cette journée allait être pour le moins exceptionnelle, ça se sentait. Tout commença (à la fin août 2007, alors que je décidai d’entreprendre mon grand exil en France... ben non, c’pas vrai) en début d’avant-midi, alors que je décidai de me donner un grand coup de pied là où il faut, pour appeler la compagnie d’assurance, afin de pouvoir promener ma belle Renault-Laguna-vert-émeraude, qui était restée parkée toute la semaine dans la grange (je suis vedge... j’ai pas appelé une assurance avant... et j’ai peur de conduire manuel, même si je suis capable, bon). Au téléphone, le monsieur me dit que tout est beau. J’hésite à lui demander d’ajouter l’avenant concernant le service de dépannage d’urgence, mais puisque que je dois aller signer le papier demain... je ferai ça demain, en même temps que l’assurance habitation. Entoucas. J’embarque dans mon char et je le sors de la grange. Sous mes pneus, je n’entends pas le crissement de la neige, mais plutôt le bruit délicat de la bouette. Splouch, le tendre murmure de l’indépendance, j’ouvre le portail vert et me voilà en route pour la liberté. Première escapade en solitaire. Ma destination? Paris, ou plutôt la gare de Bures-sur-Yvette, d'où je prendrai le RER pour la vieille capitale. Sans co-pilote à mon bord, à vingt minutes de chez moi, la tâche est ardue, je sais, mais je fonce à toute allure dans mon bolide, l’esprit tel une google map, je me souviens du chemin par coeur (Chéri disait «Bures, c’est tout droit!»...finalement c’est un petit peu à droite...). Dans le stationnement de la gare, tout le monde est parké n’importe comment : pas grave, je fais pareil, et je me sens bien lorsqu’en fermant les rétroviseurs d’un geste «jet-set» de la hanche, j’enfile mes verres fumés tout en m’allumant une clope. J’ai un char, je suis une star... eh non, pas encore. Le chemin du retour s’est fait dans une tout autre ambiance, dans le genre arrêts fréquents, bouchons, Radio Nostalgie avec en sourdine le beat du mauvais Reggae qu’écoutait l’usager des transports en communs de L’Essonne, assis juste à côté de moi... dans l’autobus. J’avais la mine basse et le teint gris.

Je reviens de Paris, à 16h45, à la gare de Bures-sur-Yvette, je vais à la rencontre de ma voiture et sors du stationnement sans embûche. Je me dis : je vais à la gare d’Orsay (la suivante à environ cinq minutes) pour faire une surprise à Chéri. Nous reviendrons ensemble, ce sera si chouette! Je me place n’importe comment dans le stationnement payant de la gare d’Orsay, de toute façon, tout le monde s’en fout... mais je suis vraiment, mais vraiment mal stationnée, donc je cours, et oui, jusqu’à l’arrêt de bus pour voir si Chéri y est : non. Je re-cours jusqu’à la voiture, parce qu’entre temps j’avais créé un bouchon (oui mais je veux faire comme les Français !!!). Horreur, le char part pas pantoute. Une dame vient me voir et m’indique que l’endroit où je suis n’est pas un stationnement... nooon... « Je sais bien, c’est que je n’arrive pas à faire démarrer ma voiture... Avez-vous des (câbles à booster, comment c’qu’on dit ça autrement des câbles à booster?!? )...»«Il vous faudrait des pinces (Ah! Des pinces! Comme les homards...)»«J’en ai pas... Vous ?» «Non» Super. Je me mets sur le neutre, et deux jeunes m’aident à pousser la voiture juste assez pour désengorger le parking. Une chose de faite (Fuck!!!) Je guette l’arrêt de bus en cas d’y voir chéri, toujours pas là. Je cours en tout sens, j’arrête tous les conducteurs pour leur demander s’ils ont des «pinces». Une vieille dame veut bien m’aider, mais une fois stationnée à mes côtés, nous sommes incapables d’ouvrir son (osti) de capot. La vieille s’en va et me plante-là en s’excusant. Toujours pas de Chéri à l’horizon (normal, il avait pris le bus pendant que je me fendais le crâne à essayer de me sortir de la marde...) Finalement, un monsieur qui était parké (convenablement) juste à côté de mon char m’aide à le pousser à la place qu’il occupait (une Renault Laguna, c’est plus lourd qu’une Buick Regal... incroyable). J’ai abandonné mes 7 chevaux-malheurs à leur triste sort (contravention) et je suis arrivée à la maison une heure plus tard.

Ce matin, pas de neige dans le jardin. La fée marraine est venue me chercher et nous sommes allées porter les clés au garagiste, puis signer le papier au bureau d’assurances. 13 :08, j’écris ce billet, j'entends tout à coup retentir la sonnerie du téléphone : hein? la voiture n’a rien ?!? En fait, cette chère Renault-Laguna-vert-émeraude n’accepte pas qu’on laisse ses portières déverrouillées plus de cinq minutes quand on éteint le moteur. Capricieuse, si on la laisse en proie à d’éventuels voleurs, elle refuse ensuite de démarrer. À mon image, ma super bagnole a une tête de cochon : c’est sans doute la preuve que dans la vie, on n’a souvent que ce qu’on mérite...

jeudi 27 mars 2008

«Sur les routes de France De Bretagne en Provence Et je dirai aux gens: Refusez d'obéir ...»

Ça faisait longtemps que je n’avais pas entendu l’hymne national du Canada. Ordinairement, cette chanson ne me fait penser qu’à la frénésie du hockey (d’ailleurs je vais manquer les séries... ça fait exprès! Cette année je manque l’hiver, pis les séries en plus!) Ce matin, j’ai ouvert la radio (vive internet) plus tôt (d’habitude j’ouvre seulement vers midi, là j’ai eu un coup de nostalgie à 10h). J’ai découvert que la première chaîne de Radio-Canada diffusait toujours notre hymne national à l’ouverture de sa programmation, ce qui m’a rappelé les samedis matins de mon enfance, alors que je ne buvais pas encore de café et que je me levais top shape, sans soucis et l’esprit léger chaque matin, en pyjama dans le sofa à 5h (et ce n’était pas parce que j’avais veillé tard que j’étais là...) où j'attendais, hypnotisée par les bandes de couleur, que la programmation de la journée commence. Tout ce qui importait à ce moment-là, c’était de regarder les ptits bonhommes : le clou de la journée quoi. Quand plus tard ma mère se levait, elle nous disait, à ma soeur et à moi, de se dégrouiller parce qu’on allait faire le marché.

J’ai toujours adoré faire l’épicerie, mais depuis que je suis ici, je dois l’avoir fait seulement trois fois (là je parle des vraies bonnes épiceries, où t’achètes pour la semaine et que tu te demandes en arrivant à la maison comment tu vas faire pour tout faire rentrer dans ton fridg, et que tu décides finalement de faire à manger tout le restant de l’après-midi, que vers trois heures, trois heures et quart, t’appelle tes amis pour les inviter à bouffer le soir même: la sensation d’abondance tsé...). Ce soir, quand chéri sera rentré du travail, nous irons faire notre première vraie épicerie en amoureux, puisque maintenant, nous avons nos propres armoires à remplir de victuailles, que je sais conduire une voiture avec une boîte de vitesse (je croyais jamais que ça m’arriverait) et que je peux donc nous transporter jusqu’à la vraie épicerie (qui s’appelle, soit dit en passant, le Champion... y’a de quoi feeler winner!). C’est incroyable, je suis capable de synchroniser mes pieds et mes mains. Je ne suis pas encore pilote de course, mais ça ne saurait tarder. Conduire ici, c’est comme jouer à Mille Bornes : super frustrant. Des fois t’avances, des fois tu restes stocké là pendant mille ans. La limite de vitesse est différente selon qu’il pleuve ou qu’il fasse beau. Il y a tellement de panneaux de signalisation qu’on ne peut pas tous les remarquer (genre tu fais ton angle mort, tu manques un panneau, t’es fourré...) Oubliez les stops, (entoucas dans mon coin il n’y en a presque pas) : c’est la règle de la priorité à droite (mais attention, ce n’est pas parce qu’on a la priorité que la voiture qui arrive de la gauche ne nous rentreras pas dedans... donc il faut toujours ralentir à chaque intersection, mais attention à ne pas s’arrêter, sinon la voiture de derrière klaxonne et nous double juste au moment où on décide de s’engager, c’est génial...) Il y a quelques rares sens uniques, mais de toute façon, la voie, même à deux sens, n’est toujours assez large que pour une voiture... Finalement, le code de la route est assez relatif ici, il se crée à l’instinct, en conduisant. Les mobilettes et motocyclettes passent entre les voitures sur l’autoroute, les cyclistes prennent toute la voie sur les chemins de campagnes (essayez pour voir de dépasser un groupe de cyclistes qui se pensent au Tour de France...), et dans les villages, les piétons se foutent pas mal de mourir écrapoutis (surtout les vieilles). Dans les carrefours giratoires, la règle du céder le passage est supposée s’appliquer, mais en fait, c’est toujours celui qui a la voiture la plus pourrie qui a priorité (c’est un signe de témérité routière...), les autres ont peur de se faire maganer la leur. Il faut être attentif aussi aux plaques d’immatriculation. Ceux dont les numéros finissent par 75 (résidents de Paris) et 94 (résidents du Val de Marne (sud-est de Paris)) ont toujours la priorité puisqu’ils sont fous. Aller faire l’épicerie en voiture en Ile-de France est une course contre la mort... il faut manger pour vivre et éviter de mourir pour pouvoir manger. Puisque j'ai toujours faim, que je n'ai pas l'intention de mourir, que j'ai toujours aimé me déguiser en cowboy, que la Renault Laguna est déjà rayée sur l'aile gauche, et qu'en France on fait comme les Français... je vais tenter d'appliquer à la lettre le code de la route des cousins Latins. Qui conduira, mangera...

lundi 10 mars 2008

Le grand galop du cheval-vapeur

Enfin un événement hors du commun s’est produit dimanche en fin d’après-midi. Alors que nous étions chez Nono et Monchat (les parents de chéri), où nous avions fait bombance et ripaille toute la journée (c’est la coutume ici dans les Vieux Pays) et que nous étions pompettes et ravis par la victoire du XV de France sur celui de l’Italie, chéri et moi sommes sortis pour fumer une bonne Lucky Strike filtre (il n’y en a qu’en Europe) sur le perron de la maisonnette aux volets blancs de St-Rémy-lès-Chevreuse. Le jour tirait presque à sa fin lorsque nous vîmes poindre entre les haies, où scintillaient comme des joyaux les gouttelettes de pluie printanière, le pare-choc d’une Renault Laguna vert émeraude reconduite par nulle autre que notre fée marraine bien-aimée qui venait en ce jour béni nous céder son magnifique engin. Ce n’était pas seulement qu’un simple moyen de transport qui s’était approché dans la rue. J’avais devant les yeux toute l’histoire de l’automobile, de la vapeur au moteur à explosion jusqu’au Taylorisme, puis j’ai eu une pensée pour les voitures qui ont marqué ma vie. Je me souvenais de la Rabbitt vert gazon d’un de mes ex. Immortelle Volkswagen, la carrosserie avait flanché avant le moteur. J’ai repensé bien sûr à ma Buick Régal 1991, intérieur beige-brun-sale, assez grande pour huit passagers, qui sentait le cendrier et que je pouvais parker dans les pires bancs de neige de la rue Marianne. J’avais en tête les allers-retours à Québec, les jours de l’an à l’Isle-aux-Coudres, et mes grosses lunettes fumées à la Joplin que je portais exprès pour faire rétro au volant de mon char-de-vieux. Je me suis aussi souvenue de mon Ford campeur, de la fois qu’il m’avait lâché sous un soleil de plomb, rue Papineau, dans le trafic du vendredi, de la guêpe géante qui était rentrée par la fenêtre dans une station service sur la route de Tadoussac. J’avais vraiment capoté... Ce qui se trouvait alors devant moi c’était toute mon histoire mobile et la promesse de nouveaux jours heureux.

La fée marraine est sortie de la voiture sans dire Bibbidi bobbidi boo et nous a tout de suite annoncé que le frère de chéri avait eu un accident ce matin, qu’il était correct, mais que son char ’tait scrap (... elle l’a pas dit comme ça, mais c’est ce que ça voulait dire). Conseil de famille : il y a une petite brise froide qui tend un peu l’atmosphère. Tout le monde se regarde du coin de l’oeil et n’ose pas prononcer la sentence fatidique... nous prêterons la voiture au frère de chéri (dans cette parenthèse, on m’entend pleurer à chaudes larmes...) jusqu’à ce qu’il puisse s’en procurer une autre. Horreur et damnation, était-ce un acte manqué de la part du beau-frère? Secret de famille... Bref, chéri et moi sommes rentrés à la maison, assis à l’arrière de la Renault 19 familiale, comme deux petits enfants, avec un saucisson de Lyons et des macarons comme prix de consolation. Alors que je cherchais à m’étonner devant un lapin, un renard ou un sanglier qui se serait trouvé aux abords de la route nous menant jusqu’à Bonnelles, une sonnerie de portable inédite (elles le sont toutes en France) se fit entendre dans la voiture. C’était la fée marraine qui nous informait que la clotche de la Renault Laguna avait lâché (...elle l’a pas dit comme ça...). J’ai eu alors un fou rire nerveux, ce qui m’a valu un coup de coude de la part de chéri qui n’entendait pas à rire. J’avais juste envie de dire «c’est le boutte d’la marde !!!!», mais puisque personne n’aurait compris, j’ai plutôt secoué la tête en regrettant, encore une fois, le temps où on l’on allait à cheval.