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lundi 22 décembre 2008

La dinde ne fait rien à l'affaire

Souvent quand je file ordinaire, un évènement extérieur hors de mon contrôle survient telle la métaphore de ma vie ( ! ). Bon, je suis pas si superstitieuse... mais en fin de semaine, la métaphore était pas mal réussie.

Je vais vous épargner les détails de ma déchéance en vous disant simplement que j’ai passé une semaine de merde à m’apitoyer, à me morfondre et à me poser des questions ontologiques. Heureusement, vendredi j’allais un peu mieux, j’ai passé l’après-midi à jaser avec Laetitia et son chien Biscotte : on a bu du café (sauf Biscotte) et on est allée marcher dans la bouette du bois de Chevreuse. Il faisait beau en plus, ce qui est assez rare. Je peux dire avec assurance que j’ai profité de cette journée sur terre et régler plusieurs problèmes qui me chicotaient inutilement l’esprit. Heureusement.

Mais voilà, samedi la grisaille était de retour et j’étais plus insupportable que jamais. Apparemment, j’ai dégagé tellement d’énergie négative que les canalisations d’eau de la rue de la Division Leclerc ont explosé, juste sous le porche de notre ferme, ce qui a eu pour effet d’inonder et la rue, et l’appartement sous le nôtre. Le déluge, quoi. Les pauvres nouveaux locataires ont été chanceux dans leur malchance, ils n’avaient pas encore aménagé, mais avaient tout de même passé toute la journée à peinturer... Ils étaient en torpinouche. On s’est rendu compte du déferlement aqueux vers 22h30 seulement, alors que je sortais du four une magnifique dinde de 4 kilos farcie à la saucisse de Toulouse et aux oignons (Gautier, je suis toujours tes conseils).

Quand je suis arrivée ici, je trouvais souvent que les Français n'étaient pas à leur affaire, au travail surtout, qu'ils étaient lambineux, égoïstes, qu’ils se dégagaient toujours de toutes responsabilités, qu’on avait pas de services, que ça «fonctionne mal», que c’était mal «géré», alouette... En fait, c’est seulement différent et j’ai appris à faire gentiment ce qu’on me demande pour obtenir ce que je veux, plutôt que de passer des heures à dire que «ça pas d’allure !!!» Mais je ne sais toujours pas quoi penser du fait qu’on vienne réparer sur le champ une canalisation d’eau explosée en pleine nuit. D'un côté, je me dis : wow, quelle efficacité ! Bravo ! C’est pas à Montréal qu’on verrait ça (une année, l’eau a coulé dans ma rue pendant trois jours et trois nuits, en plein hiver sans que personne ne déplace son cul pour venir évaluer la situation...) D’un autre côté, j’ai pas vraiment envie d’entendre un bruit de marteau piqueur à 2h00 du mat’, voyez-vous... surtout quand la canalisation à réparer en question se trouve dans le sol juste en dessous de la fenêtre de ma chambre à coucher. Eh oui, un chantier s’est monté en quelques minutes pour réparer la fuite en pleine nuit. Scies, marteaux piqueurs et pelle mécanique (!!!). Les Français du service de l’eau ont fait un énorme trou et se sont obstinés entre eux jusqu’à 6h00 du matin sur le pourquoi du comment de la fuite, comme dans les films français. Présentement, ils semblent déjà avoir réglé le problème et sont en train de combler le trou. Je n’ai même pas eu le temps de prendre une photo ! Trop rapides, les Français !

Il faut savoir qu’ici, ce sont les particuliers ou les propriétaires qui paient l’eau (au débit) qui, de surcroît, coûte plus cher qu’au Québec, où l’on est simplement taxés, si je ne me trompe. Quand survient un problème, vaut mieux le régler rapidement parce que ça fait gonfler les factures. Alors, je n’ai pas chialé, j’ai plutôt ricané, même si ce n’était pas drôle... Maintenant, on a une plage sous le porche, et les voisins, chanceux, en ont une dans leur appart. L’eau a fait remonter plein de sable. Moi qui m’ennuyais de la Corse... L’inondation aura eu du bon.

Morales de cette histoire :
Vaut mieux être de bonne humeur que de faire éclater les canalisations de la rue de la Division Leclerc, parce qu’après ça nous empêche de dormir.

Quand la plage se pointe chez toi sans prévenir, c’est qu’il est temps de prendre des vacances.

lundi 27 octobre 2008

Post-trauma

Ça y est, je suis redescendue sur terre. Ça fait du bien, je commençais à avoir le vertige : c’est fatiguant, flotter sur un nuage rose, les contes de fées et tout le tra la la. C’est fatiguant parce que c’est pas tout à fait réel... je veux dire, il faut se maintenir dans une position de béatitude épanouie et pour ce faire, il faut le créer, l’enrobage euphorique qui nous transporte, il n’existe pas tout seul : si j’avais pas mis trois couches de make-up, mes cernes auraient paru sur les photos, et ça, c’est pas beau beau. Heureusement que j’ai la bonne humeur facile, parce que plusieurs éléments se sont réunis dernièrement pour me mettre en crisse. Comme ont dit Karine et Nadia après la journée intense de décoration de la salle de réception : On a bien fait ça, personne s’est chicané !!! Une chance, oui... parce que j’aurais occis sans pitié les protagonistes d’une présumée querelle.

J’aurais voulu être moins stressée. À un moment donné j’ai comme perdu le Nord. En allant chercher Marilou et Éric à la gare, la veille dudit mariage, je me suis mise à brailler comme un veau et j’ai pas pu me retenir devant eux : Chus pu capaaaaaaaaaaaable ! C’était trop, j’avais hâte que ça finisse, enfin. Je m’en foutais de la cérémonie, d’être belle ou pas le lendemain, que la salle soit bien décorée. J’avais envie d’aller prendre un café en ville avec un bon livre et de magasiner autre chose que des assiettes en plastique et des nappes en papier. Je me disais que ça n’avait pas d’allure de faire autant de sparages juste pour un bout de papier qui allait nous permettre, à mon Époux et à moi, de pouvoir rester ensemble, dans le même pays, genre. J’aurais voulu être moins stressée parce que je me souviens beaucoup plus de la veille (qui a été pas mal chiante), que du jour de mon mariage (et non, ce n’est pas la boisson qui a causé un tel trou de mémoire : j’ai commencé à être soûle à trois heures du matin...). Peut-être que ça me reviendra avec le temps. J’ai le chic pour oublier les mauvais moments de mon existence.

Je ne regrette rien, évidemment. Avec du recul, je peux dire que j’ai apprécié chaque moment. Je voulais raconter le cours des événements, mais on dirait que j’ai pas envie de me remettre dedans pour le moment (!), je savoure la paix qui est de retour dans ma tête. Je vous sers quand même un petit top 10 des faits les plus intéressants. C’est plus original et moins roman-fleuve.

1. Détail saugrenu, mais important, un mariage, ça coûte cher, même si tu veux faire ça simple : malgré tout, on est rentré dans notre argent. Alleluia.
2. Un de nos invité s’est amené avec un appareil Polaroid à notre mariage, ce qui fait que j’ai des polaroids de mon mariage ! Yeah !
3. La cornemuse, dans les rues de Bonnelles, ça résonne en ta... J’avais le frisson.
4. On voulait de la musique irlandaise pendant le vin d’honneur, mais c’était trop cher d’engager un orchestre. Le joueur de cornemuse nous a fait la surprise, il a invité deux de ses amis qui jouent de la flûte et de l’accordéon. C’était magique, merci.
5. J’ai découvert que je jiggais mieux en talon haut. En running shoes, je suis pas capable.
6. Au souper : après l’entrée, les maîtres d’hôtels nous ont apporté le plat principal (magret de canard, c’était délicieux) et mon père a dit «Quessé ça ?!?» Je lui ai répondu «du magret de canard» et il a dit « Nenon, mais je pensais que ce qu’on venait de manger c’était le plat principal...» Vive la France, pays de la bouffe.
7. C’est Karine Dufour qui a attrapé le bouquet (qui était vraiment lourd, j’avais peur d’assommer quelqu’un en le lançant) et Simon Lemire qui a eu la jaretelle. Deux Québécois... ma gang de vous autres...
8. Allez voir le vidéo d’une des cartes de souhaits qu’on a reçue.
9. J’ai eu un enterrement de vie de fille À-la-Française, (en plus de mon séjour à Londres À-la-Québécoise). Ils m’ont déguisée en guedaille (j’aurai les photos sous peu). Dans le RER en direction de Paris, j’ai dû demander à des inconnus du genre masculin de m’écrire une dernière déclaration d’amour sur un rouleau de papier de toilette (notez qu’en France, la plupart du papier de toilette est rose, trop kitsch !) On est descendue près de l’Arc-de-Triomphe, et y’a du monde (des touristes russes surtout ?!?) qui voulaient se prendre en photo avec moi !!! Je suis vraiment une star. Ensuite, on est allé dans un hammam pour passer le reste de l’après-midi. J’ai eu droit à un gommage, et privilège de la future mariée, à un massage indien. C’était vraiment une belle journée.
10. On est allé faire nos dernières commissions avant le mariage au Shopi à Bonnelles et le caissier, en m’entendant parler sûrement, me dit : «C’est vous qui avez écrit le billet sur Mamie Nova ?» ... J’ai enfin pu mettre une face sur mon lectorat Bonnellois.

lundi 15 septembre 2008

Mamie Nova, la star de Bonnelles

Avec la fin des vacances, Bonnelles est redevenue normale (!). Les lycéens gueulent à toute heure dans la rue, Jean-Pierre donne à nouveau des cours de yoga le jeudi après-midi, il y a une file d’attente d’une heure au bureau de poste, Patrick et sa femme hystérique ont ré-ouvert le bar-tabac du coin (qui a été fermé 1 F**** MOIS!), les poltrons sont d’ailleurs tous de retour au comptoir vers 16h30, et avec eux, évidement, le vieux vicieux trachéotomisé pour de faux, sa canne, son caddie de cannes à pêche et sa chienne de travail bleue sale (son chien marocain doit être mort puisqu’il n’était pas avec lui, mais je ne lui ai pas demandé, vous savez pourquoi). Je ressens quand même un peu de compassion pour lui, mais je reste sur mes gardes. En sortant du cours de yoga jeudi passé, il était là (il m’attend...) et a tendu la main pour que je la lui serre. (Ben oui! Comme si j’allais tomber dans le panneau!) J’ai dit «nonnonononoooon!!!» en agitant les mains en signe de refus, et j’ai pratiquement couru jusque chez moi. Il fait pitié : je suis sûre qu’il ne se souvient même pas qu’il m’a embrassé sans vergogne au printemps dernier et que je lui en veux encore. N’empêche, il m’énerve. Entoucas, je vais essayé de le prendre en photo, ça vaut la peine de lui voir la gueule. Il y a plusieurs énergumènes de ce genre à Bonnelles. Samedi matin, Chéri va chercher une brioche à la boulangerie, 30 secondes de marche, aller-retour. Il a pourtant mis 15 minutes pour y aller et revenir, découragé :«Putain, j’ai rencontré Mamie Nova...» Dépendamment de la catégorie d'énergumène que l'on rencontre sur notre route, aller à la boulangerie prend plus ou moins de temps.

La première fois que j’ai rencontré Mamie Nova, ce devait être au mois de février dernier, je venais tout juste de m’installer à Bonnelles, et j’allais sûrement, un peu comme Chéri samedi dernier, chercher du pain à la boulangerie, quand une vieille femme vêtue d’une étrange façon m’a fait signe dans la rue. Il faut tout d’abord savoir que, dans les rues de Bonnelles, tout le monde se salue : Bonjooouur!!! Alors je salue la vieille, et elle me répond :

- Mais on se connaît!!!
- Non, je pense pas, je viens d’arriver...
- Mais siiiiii! C’est moi, Mamie Nova, la star de Bonnelles! (ah ben, la star de Bonnelles...)
- Non mais chu pas venue à l’école ici, j’étais au Québec... c’t’impossible...
- Tout le monde me connaît, tous ils m’appellent Mamie Nova, la star de Bonnelles. C’est parce que j’ai enseigné 25 ans au lycée, vous devez vous souvenir de moi, je servais aussi les repas du midi à la cantine. Comment vous appelez-vous déjà?
- Rachel Gamache
- Je me souviens de vous, vous étiez dans la classe de machin en telle année...
- Ah ouin?!? (J’ai joué le jeux, voyant qu’elle ne me lâcherais pas) ça me dit quekchose...

Après, elle m’a parlé de ses problèmes de santé et de l’opération au genou de sa soeur pendant au moins dix bonnes minutes.

Ce qui m’a étonné à ce moment-là, c’est qu’elle n’avait rien à faire de mon accent québécois gros comme le bras, ça ne lui a pas sonné une cloche, sa célébrité l'a rendue sourde... j’en étais presque vexée... moi qui croyais être alors LA superstar de Bonnelles depuis mon arrivée, la vieille folle m'avait, depuis longtemps déjà, volé la vedette.


*****

ERRATUM : Je suis allée souper avec mes compagnons de voyage en fin de semaine et j’ai appris finalement que le cochon qui nous avait attaqué en Corse était en fait (a(w)ôôôôôh Cochooooonne!) une femelle sanglier.

mardi 3 juin 2008

Y a-t-il un psychanalyste dans la salle?

Cette nuit, j’ai fait mon premier rêve de Française. Je suis dans le métro de Paris, c’est le soir et il y a plein de monde, comme en vrai. En regardant les stations défiler, je me rends compte que je me suis trompée de direction, donc je descends du train, mais pour prendre la direction opposée, je dois encore payer mon entrée, ce que je fait. Les tickets qu’on me donne au guichet ressemblent à des porte-clés et (évidemment...) je suis incapable de les mettre dans la fente pour pouvoir passer le tourniquet. Après c’est flou; je ne m’en souviens plus ben ben... J’imagine que j’ai rêvé à ça parce que ces temps-ci je me demande si c’était une bonne idée finalement de rédiger mon mémoire en France : j’ai toute la documentation dont j’ai besoin, mais je suis incapable d’écrire quelque chose d’ordonné et de sensé. Depuis une semaine, je ne fait que réécrire ce que j’avais déjà écrit... impasse, je tourne en rond, patapon.

Avant quand j’étais tannée d’écrire, j’allais faire un tour dans Bonnelles, poster une lettre (ce qui est une activité en soi ici, puisque Madame La Poste est vraiment mêlée), ou marcher dans les bois. Maintenant, c’est différent. Je pensais que je m’étais fait un ami à Bonnelles. C’est un vieux monsieur, plus petit que moi. Au début je l’entendais juste parler dans la rue quand mes fenêtres étaient ouvertes. Sa voix est reconnaissable entre toutes, et pour cause, on dirait qu’il a une trachéotomie. Mais non. Il porte toujours un bleu de chine et un béret, marche avec une canne et se rase d’une façon telle que sa barbe ressemble à une coupe à blanc, tout comme le poil de son chien, qui lui a l’air de sortir tout droit d’une ruelle de Marrakech. Je l’avais déjà remarqué en ouvrant mes volets le matin, puisque j’habite en face du Tabac, et qu’il s’y arrête tous les jours vers 8h. Il promène un petit caddie avec 2 ou 3 cannes à pêche dedans. Je ne sais pas quels genres de poissons on peut pêcher au Tabac de Bonnelles, mais si on se fit aux rumeurs, ce doit être une sorte de barbotte qui macère des jours et des jours dans l’alcool, parce que jeudi dernier, mon petit monsieur était pas mal entreprenant.

Chaque fois que je sors, il est là. On dirait qu’il m’attend. Quand il me voit, il s’arrête de marcher et me regarde, hagard, le sourire fendu jusqu'aux oreilles. Alors, j’ai commencé à lui dire «Boooonjoooouur!», comme font tous les Bonnellois et Bonnelloises. Et il me répond toujours de sa voix d’outre-tombe, me parle de la température et d’autres choses que je n’arrive pas à saisir. Jeudi dernier, je sors pour aller à mon cours de yoga. Une grosse minute de marche quand je prends mon temps. Il était encore là, de l’autre côté de la rue, mais cette fois-ci il ne s’est pas arrêté de marcher. Il s’est plutôt mis à courir à ma rencontre (avec sa canne, quel badineur!), a traversé la rue (là, j’ai commencé à avoir peur), m’a dit «Bonjour»(mais ça ressemblait plus à «Vaonfvfjur») puis m’a attrapé par le cou pour que je penche de façon à ce qu’il puisse poser deux gros becs gluants de robine sur ma tendre joue. Il m'a demandé si j'allais au cours de gymnastique, tout en mimant les mouvements. C'était pitoyable. Maintenant ce n’est plus mon ami.

Hier, je vais chercher une baguette chez le boulanger, il était encore là, dans la rue. J’ai couru jusque chez le boulanger. Il est toujours là, (vieux cochon) !!! Il faut que j’aille à la Poste tantôt et j’ai pas envie. Sois je suis schizophrène, sois je suis en train de développer une phobie-du-vieux-bonhomme-de-Bonnelles.

jeudi 22 mai 2008

Incroyable, Montréal est indépendante

Ok. Le four est arrivé hier à 16h55. Je l’ai déballé devant le livreur avant de signer l’avis de réception parce que la peur s’était emparée de moi : Et s’il y avait une poc dessus... La poc maudite... Je ne me suis jamais autant fait chier pour un four et j’espère que ça n’arrivera plus jamais. Tout ça m’a remué.

Quand chéri est arrivé, nous avons monté nous-mêmes le four dans notre appartement (sinon ça coûtait 50 euros de plus pour avoir un livreur avec des jambes qui puisse monter le four chez nous). C’est un four Français, fak il est tout petit et tout léger. Vient pour brancher le four : pas de fil. (eille, vient pas me dire que le fil est pas fourni avec le four!) Le fil n’est pas fourni avec le four (encore un coup du magicien, ça...). Cours au BricoMarché pour acheter un fil, manque de rentrer full pin dans la grille qui ferme le stationnement : FERMÉ POUR CAUSE DE SINISTRE. Ben voyons donc, ça se peut pas... Je veux pas la paix dans le monde, je veux juste brancher mon four (et accessoirement manger un croque-monsieur, tsé, kekchose de gratiné...) Pour nous consoler, nous avons emprunté un chemin que nous ne connaissions pas pour faire demi-tour. Ça a fonctionné puisqu’on est arrivé dans un mini village du nom de «Frileuse». On a bifurqué vers la route qui mène à Carrefour (Wal-Mart, mais en France), on est rentré dans le magasin, on a acheté un fil et une prise, on est revenu, Chéri a gossé une prise, le fil marchait pas avec le four, fak il est allé voir chez le voisin, a trouvé un fil qui fittait, a regossé la prise, l’a branché dans le mur, ensuite on a pesé sur ON et 20 minutes plus tard on a mangé nos croques-monsieurs.

Pour me détendre je suis allée faire un tour au cours de yoga de Bonnelles aujourd’hui. J’ai vu l’affiche la semaine dernière seulement parce que j’ai marché du côté du trottoir où je passe jamais (y’a rien de ce côté-là de la rue...) Cours d’essai gratuit, chouette. Ces temps-ci le prix des choses m’effraie étant donné que l’euro vaut 1,70$. Alors je rentre, je me présente au professeur
- Bonjour je m’appelle Rachel
- Bonjour, Jean-Pierre (pouhahahaha, il s’appelle Jean-Pierre!) Vous êtes d’ici, de Bonnelles?
- Oui, mais j’ai pas tout à fait l’accent (vu que je suis full complexée par mon accent, Chéri m’a dit de dire aux gens que j’avais un accent tout de suite en les rencontrant pour que ça me décomplexe, alors j’obéis.)
- Ma belle-fille aussi est canadienne, elle parle peu français, mais elle n’a pas d’accent.
- (...fais-moi pas chier là, je l’ai dis que j’avais un accent!) Ah bon?!?
- Vous, vous êtes Québécoise?
- Oui c’est ça, je suis Québécoise.
- Ah, parce que ma belle-fille est Montréalaise, elle n’est pas Québécoise, alors évidemment sa langue maternelle est l’anglais.
- (eh ben...Montréal a gagné le référendum pendant que je suis partie... Je lui dis-tu ou bedon je lui dis-tu pas que Montréal c’est au Québec...) Sinon pour les cours, combien ça coûte?

lundi 19 mai 2008

Le four maudit

(Je me désole autant que toi, lecteur, de ma cyberabsence qui s’est vue prolongée pour cause de vide technologique et existentiel. Je m’excuse seulement quand je regrette, et ce n’est malheureusement pas le cas. Je souhaite tout de même que cette situation n’ait pas causé préjudice à quiconque. Comme dirait l’autre : pas de nouvelles, bonnes nouvelles... mouais.)

Chéri et moi-même sommes installés adéquatement dans notre modeste appartement de Bonnelles. De ma cuisine, j’ai une vue superbe sur le magnifique jardin d’où je peux observer les diverses manifestations animales de la basse-cour. C’est le printemps, et ça s’entend. Deux poules et un canard couvent et je me réjouis d’avance de voir les mignonnes petites bêtes qui sortiront de leurs coquilles sous peu, mais j’ai surtout hâte de les bouffer une fois qu’elles seront arrivées à maturité. Menoum. Les fenêtres du salon et de la chambre à coucher donnent sur la rue principale de Bonnelles, celle où il y a le Tabac. Ce sont les fenêtres les plus divertissantes. Chaque matin et chaque soir les lycéens y passent et j’ai accès acoustiquement à toutes les conneries qu’ils se disent : ils sont pas très gentils... L’autre fois il y en avait un qui se roulait par terre en plein milieu de la rue et qui criait : AAAAAAARRGH, MA MAIN PUTAIN MA MAIN! Je me suis précipité sur le téléphone (après plusieurs tergiversations, nous avons maintenant le téléphone) pour appeler l’ambulance, mais finalement, il s’est relevé, ben crampé. Il fakait une mauvaise chute à vélo, le pauvre. Il y a aussi parfois des chicanes de bar : j’étais en train de me sécher les cheveux quand j’ai entendu la tavelière (imaginer comme elle criait fort) faire une crise d’hystérie en jetant dehors un de ses clients, totalement soul. Je ne sais pas exactement ce qui s’est passé, mais c’était fort divertissant. Le seul inconvénient avec mes fenêtres, c’est qu’elles n’ont pas de moustiquaires (j’ai remarqué que c’est le cas pour 90% des fenêtres françaises). Cependant, j’ai des volets et c’est assez cool de les fermer et de les ouvrir. Je me suis demandé pourquoi on n’en avait pas au Québec, puis j’ai repensé au verglas et aux tempêtes de neige. Je me suis dis qu’on avait ben assez de déneiger nos chars, s’il fallait en plus dégivrer les volets... et surtout qu’à - 40, t’as pas envie de mettre ton parka pis tes mitaines et d’ouvrir la fenêtre juste pour avoir le plaisir de fermer tes volets. J’ai pas trouvé de raison pour expliquer l’absence de moustiquaire : il y a autant de mouches ici qu’à Montréal. J’ai acheté des bandes collantes pour qu’elles aillent se coller dessus et je les ai accrochées un peu partout dans la maison, mais ça a l’air que les mouches sont plus intelligentes que le croit le fournisseur de bandes collantes : ça marche pas, alors je laisse les mouches voler dans la maison. J’espère au moins qu’elles se sentent chez elle.

Nous sommes full equiped. La parenté de chéri s’est passé le mot pour nous fournir tout ce dont nous pourrions avoir besoin. Nous avons des serviettes de table et une nappe différente pour chaque jour de la semaine (je n’ai jamais eu autant de nappes), j’ai un moulin pour faire de la purée de légumes (oui, ça existe), deux plats pour servir le foie gras (je sais pas comment en faire par exemple...), j’ai aussi un kit pour servir le thé et le café en porcelaine du Luxembourg de la série «Acapulco» avec des motifs mexicains des années 1970. C’est la plus belle chose que je n’ai jamais possédée. Nous nous sommes greyé d’un frigidaire : la porte arrive jusqu’en bas et je me cogne toujours les orteils quand je l'ouvre, mais je l’aime quand même, surtout parce qu’il est neuf et qu’il a toutes les propriétés qu’un frigidaire doit avoir. La nouvelle venue est une petite machine à laver à chargement frontal que nous sommes allés récupérer chez une amie samedi soir. Elle est pratiquement neuve et je l’aime surtout parce que je peux regarder les vêtements qui tournent dedans.

À la mi-mars, nous avions commandé un four sur le site Le magicien des prix. Avec un nom pareil, j’aurais dû me méfier. Livraison gratuite en dix jours ouvrés, le livreur ne monte pas les escaliers. Ok. On en a vu d’autres... À la mi-avril, toujours pas de four, mais un courriel qui nous indique que le produit est sold-out chez le fournisseur. Nous pouvons soit être remboursés, soit attendre 30 jours. Chéri répond au magicien des prix qu’il préfère être remboursé, non sans ajouter à son message une pointe de sarcasme bien français... Le magicien nous répond que nous serons remboursés dans 7 jours ouvrés. Jeudi dernier, chéri vérifie ses finances pour acheter un autre four (nous bénéficions depuis un mois de plaques de cuissons gracieusement prêtées par notre propriétaire. Au moins, on peut se faire des spags parce que la fondue (merci Marilou, ton cadeau nous a sauvé la panse) et la raclette, un moment donné, tu te tannes...) et me dit : «Est-ce que tu veux rire un bon coup?» J’ai dit «Non», en sachant pertinemment que c’était une autre tuile qui nous tombait dessus. Les coups de têtes ne nous ont pas trop rapporté financièrement, mais les rires jaunes, eux, se sont accumulés. Chéri lit haute voix malgré tout : «M. Morier Olivier , Nous avons le plaisir de vous annoncer que votre commande N°L99793ZFdG7O du 23/03/2008 vient d'être expédiée par nos services. »

Ça faisait longtemps que j’avais pas dit «tabarnak».
À suivre...