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jeudi 30 octobre 2008

Des nouvelles de l'accent de Marc-André Grondin II - un film francophone...

J'ai trouvé ça, mais c'est pas au sujet de Bouquet Final... En fait, Marc-André «cartonne» ici, c'est le cas de le dire, parce qu'il joue aussi un petit rôle dans un autre film (!!!), Le premier jour du reste de ma vie.

Je sais pas à quel moment cette entrevue a été réalisée, mais bon, pour la télé québécoise, il garde son accent.

Si le dossier vous intéresse... Le réalisateur explique que Marc-André lui était tombé dans l'oeil (j'espère que ça ne lui a pas trop fait mal), il le voulait dans son film et lui a demandé de perdre son accent: Marc-André a accepté... Le réalisation dira plus tard que son film est très «francophone» (parce qu'il y a aussi un Belge dans la distribution...) À chacun sa définition de «francophone»...

Marc-André Grondin cartonne à Paris !
Marc-André Grondin cartonne à Paris !

mardi 28 octobre 2008

Des nouvelles de l'accent de Marc-André Grondin

Saviez-vous que Marc-André Grondin avait obtenu un rôle dans un film français? Le film s’appelle Bouquet final, une comédie, et ça sort en salle ici le 5 novembre prochain. C’est pas un petit rôle qu’il a... il joue aux côtés de Didier Bourdon et Bérénice Béjo, deux comédiens assez populaires ici. Je l’ai su hier soir, quand j’ai écouté le Grand Journal de Canal +, sorte de talk show quotidien, assez intéressant quand même... un Tout le monde en parle un peu plus pop (il y a une chronique où on se moque des people, ils reçoivent les vedettes de séries américaines, etc. c’est un grand talk show disons). J’écoutais d’une oreille Le Grand Journal, tout en mangeant une sanewich au thon, quand j’ai entendu au milieu de trois ou quatre noms français celui de Marc-André Grondin. En premier, je me suis demandée si c’était le même, celui qui tenait le premier rôle dans C.R.A.Z.Y (apparemment ça a ben pogné en France aussi ce film-là... mais, évidemment, il était sous-titré en français (?!?)), mais la fille obsédée de langue française en moi s’est aussi dit «Tiens, on va voir comment il parle à ‘tivi...».

C’est dommage, il n’y ait pas de Youtube de l’entrevue... Ça a pris du temps avant qu’il commence à parler, il a attendu qu’on lui adresse les questions personnellement. Je pense qu'il était gêné. Mon Époux était avec moi (et savourait aussi son sandwich au thon) quand soudain, Marc-André Grondin ouvra la bouche et se mit à parler. Surpris, mon Époux s’exclama «Bah ! Il est pas Québécois lui... non ?» Effectivement, c’est à s’y méprendre. Moi qui habite ici depuis un bon bout, je ne pouvais même plus faire la différence entre la langue des Français et celle de Marc-André, qui a changé du tout au tout. Ouais... ma dernière bouchée de sanewich m’est restée dans le travers du gosier. Pendant une fraction de seconde, je me suis demandée si je ne m’étais pas trompée... il existait un autre Marc-André Grondin, et il était Français.

Il a flushé son accent québécois. Faut le faire, à ce point-là... Je connais mal les conditions de casting au cinéma. Évidemment, je me dis que Marc-André a été choisi pour la qualité de son jeu d’acteur (et aussi pour sa belle gueule!), mais il va sans dire que la condition sine qua non pour faire partie de la distribution était de prendre l’accent français, le temps du film du moins... (Marc-André, si tu me lis, explique-moi comment ça s’est passé). Curieuse, je suis allée voir sur le site de Bouquet final et dans un petit vidéo (sous l’onglet casting), une dame dit « Il avait pris un coach pour faire un film en France, et il perdait son accent jour après jour, c’était impressionnant...» Oui, en effet.

Je peux comprendre que pour faire un film en France, les comédiens Québécois doivent mettre leur accent de côté. C’est une des questions que je travaille dans mon mémoire : l’exotisme de la langue. L’accent nous situe en quelque sorte sur un territoire défini géographiquement, et il charrie avec lui toutes sorte d’idéologies relatives à ce territoire (bon, je ne rentrerai pas dans les détails ici, vous comprenez.) Ce serait un peu ce qui expliquerait que les comédiens québécois au théâtre parle un français qui n'existe nulle part, qu'on dit aussi français international, question que la pièce qui se passe en Russie au XIXe siècle n'ait pas l'air de se dérouler sur la rue Ste-Catherine à Montréal, au XXe siècle. Les références que l’accent québécois font à la culture québécoise n’ont pas lieu d’être dans Bouquet Final. Si on avait demandé à Marc-André de conserver son accent pour jouer un Parisien, le film n’aurait sans doute pas signifié de la même façon chez les spectateurs, qui sont d’abord et avant tout Français... (Là c'est une question de culture et d'ouverture et de perception... je pense que si on faisait jouer un rôle de Montréalais par un Parisien qui préserverait son accent, ça passerait quand même bien dans un film Québécois... Entoucas.)

Cela dit, Marc-André Grondin n’est pas le premier Québécois à jouer dans un film français (mais il est le premier à vraiment parler comme un Français!) Il y a eu Louise Portal dans Mes meilleurs copains qui jouait une rockeuse Québécoise qui rend visite en France à des amis Français qu’elle avait connu dans sa jeunesse. Il y a eu récemment Guillaume Cyr qui avait décroché un rôle de Québécois aussi dans Nos jours heureux, Stéphane Rousseau dans le dernier Astérix et (la grand façon à) Marie-Josée Croze (là je nommerai pas tous les films dans lesquels elle a joué en France...) qui apparemment a pris l’accent, (mais je l’aime pas alors je ne regarde pas ses films) comme Marc-André. Y'en a d'autres. Je trouve que c’est cool que les Québécois puissent être reconnus à l'étranger pour leur talent de comédien, mais c’est pas nécessaire de changer d’accent aussi drastiquement en entrevue à la télé française, il me semble... C’est juste un rôle. Ça m’a comme fait de la peine, on dirait. Et mon époux trouvait Marc-André un peu con de parler comme ça, à la française...

Marc-André joue un Parisien, voilà (il l'a ben en maudit). Je me demande quand même comment il fera maintenant, avec son accent français, pour jouer à nouveau un Québécois...

Il prendra un coach.

A suivre...

samedi 20 septembre 2008

Parler mal et fort - Des nouvelles de mon accent II

«C'est la première fois que je lis (et relis) quelque chose d'aussi argumenté et qui fleure aussi mauvais la réalité sur ce que vit un Québécois en France.»

J’ai hésité longtemps avant de publier le dernier billet. J’avais peur qu’il ne s’en dégage un peu trop d’amertume et ce n’était pas un coup de poing que j’avais envie de livrer comme message. Je me disais : ouain, je vais peut-être avoir l’air pas gentille si j’écris ce que je pense... j’ai essayé de le faire avec le plus de tact possible. J’avais aussi l’intention de l’écrire en deux temps (sans savoir exactement ce que j’allais écrire au deuxième temps...), ce que je vais m’appliquer à faire dès maintenant, puisque la petite phrase en exergue m’a inspirée (et j’en remercie l’auteur). La réalité linguistique des Québécois en France, au Québec et ailleurs m’intéresse depuis longtemps. J’y suis donc extrêmement sensible et je remarque tout... sans toutefois entretenir de haine envers les Français et leur comportement face à la langue des Québécois. Je ne me sens pas persécutée et je ne pense pas qu’en maudissant les Français je me sentirai mieux dans ma langue. Les divers traumatismes linguistiques vécus pendant mon séjour en France n’ont pas fait de moi une personne aigrie (du moins, si je l’étais, je ne le suis plus) et je n’ai pas de raison de le devenir : je me marie avec un Français, hein, quand même! Et j’ai bien l’intention de vivre avec nos accents pour le meilleur et pour le pire.

Cela dit, une fois qu'on s'habitue à faire un peu plus attention en parlant, ça va. Ça n'a rien de tragique, c'est juste anormal de devoir prendre cette habitude alors que je parle français (un français métissé est-il pour autant incompréhensible?). Et c'est sournois aussi. Au-delà des imitations et des commentaires de mauvais goût, chaque fois que je parle, je me dis « bon, il ne faut pas que je parle mal» alors que c’est la seule langue que je connaisse et que je puisse utiliser pour exprimer mes sentiments, ma réalité... et pour communiquer avec les autres francophones. Les Québécois se disaient la même chose au début du XXe siècle à Montréal, mais à ce moment-là, c'était non seulement face aux Français, mais aussi face aux Anglais (un des moment dans l’histoire du Québec où le français a changé le plus). Et on m’a rappelé, dans les commentaires du premier billet sur le sujet, que c'était le cas même à l'Université, au département des littératures de langue française en 2008, et pas juste en France. On se dit la même affaire depuis longtemps : je parle mal, et dans toutes les langues. Alors, quelle langue pour les Québécois? Comment faut-il parler pour sortir enfin du cercle de l’accent vicieux?

«Je parle mal». Rien pour conforter mon ego, ni pour me rendre crédible aux yeux des autres : bafouiller, s’enfarger dans les mots, bégayer en parlant finalement un français sans couleur et qui n’existe pas, ça ne met personne à l’aise. J’ai dû trouver une solution «coup de tête» pour me sortir de l’enfer du langage qui commençait sérieusement à m’empoisonner l’existence (ce n’était pas une bonne idée de faire semblant que j’étais muette.) Comme je suis incapable de prendre l’accent français, j’ai décidé de faire le contraire. Advienne que pourra, j'allais «parler mal», mais surtout parler FORT! Cela impliquait qu’à chaque fois que j’ouvrirais la bouche les «Mais, vous êtes Canadieeeeeeeeennne!» allaient retentir de plus belle dans le ciel de l’Ile-de-France, que j’allais devoir expliquer à tout un chacun que je n’avais jamais vu de caribous de ma vie, ni jamais eu de mésaventures avec des ours (je sais pas pourquoi, les ours sont ben à la mode par les temps qui courent en France, plus que les caribous), que je ne connaissais pas Céline personnellement («...mais j’vais quand même lui passer l’bonjour de votre part!») et qu’on allait répéter après moi, ce qui n’est pas tout à fait ma définition du dialogue intelligent.

Le meilleur endroit pour parler mal et fort, c’est dans le RER ou dans le métro, parce que la plupart des gens sont seuls et n’ont rien d’autre à faire que d’écouter les autres. Certains d’entre eux me regardent et m’écoutent attentivement, les yeux sortis de leurs orbites et les narines dilatées, pour ne rien manquer de ma conversation avec Chéri, avec qui je ne fais aucun effort de diction (ils ont l’air parfois de se mordre les lèvres pour ne pas me demander si je suis bel et bien Canadienne, c’est quand même assez fascinant.) J’ai l’air bizarre, mais au moins, personne ne m’interrompt, tout le monde écoute, et à mon avis, ils doivent se rendre compte qu’ils comprennent plus le Québécois qu’ils ne le pensent. Je me dis qu’il se peut que la prochaine fois qu’ils écouteront une émission québécoise ou un artiste québécois à la télé française, ils feront peut-être un peu moins attention aux sous-titres, vu qu’ils ont compris une Québécoise live dans les transports en commun. Le deuxième meilleur endroit pour parler mal et fort, c’est dans les cafés. Quoi de mieux que d’afficher sa Québec-attitude au sein d’une gang de Français. Encore une fois, les têtes se retournent et les regards fusent... Et soudain «Mais, vous êtes Canadieeeennnne!» Vu que j’ai des amis Français qui ont survécu à l’accent québécois, étrange, on ne m’imite pas... ou bien vite fait, pour ne pas avoir l’air trop abruti.

Le but de cette entreprise? Me défolkloriser. Ça marche.

Je suis actuellement à la recherche du troisième meilleur endroit pour parler mal et fort et qui, j’espère, saura me guérir de ma surconscience linguistique. C’est peut-être ici qu’il se trouve, en fin de compte... le seul endroit où je peux écrire un peu comme je parle...

jeudi 18 septembre 2008

Des nouvelles de mon accent

«Alors Rachel, toujours pas perdu ton accent?» me lance un de mes amis Français, tout frais revenu du Québec. «Naon, toujouwh pâs!».

Il faut dire que je ne venais pas ici dans l’idée de perdre mon accent. J’ai bien pris quelques intonations «à la française» (ce qui amuse follement certains Québécois qui, comme les Français, se mettent à répéter après moi... Alleluia). Chéri a lui aussi adopté quelques expressions québécoises, rien de plus normal. C’est dur, perdre un accent, quand on sait qu’on pense avec cet accent (dans ma tête, je parle québécois, je lis en québécois, je rêve en québécois... pas en gros joual là, juste en québécois normal). Alors, pour ceux que ça inquiète, rassurez-vous, mon accent ne s’est pas perdu, et croyez-moi, il est bien présent, surtout quand je suis soûle (c’est comme l’anglais, ça vient tout seul avec un verre dans l’nez!). Sans avoir nécessairement «préserver» mon accent de l’envahisseur Français, disons qu’il n’est juste pas parti comme ça, tout seul. Les Français qui m’entourent se sont habitués à mon accent et moi je me suis habituée au leur (le jargon français est pas mieux que le Québécois, en passant, je comprenais rien au début et je ne pouvais pas rester concentrée sur ce qu’ils racontaient). Je reconnais aussi la face qu’ils font quand ils ne comprennent rien de ce que je dis, alors je répète avec d’autres mots (les Québécois, éternels traducteurs). Depuis que j’ai signifié que ça faisait 8 mois que j’habitais ici et que j’étais écoeurée de me faire imiter à tout bout de champs, y’en a plus de problème. Youpidoo!

Non, pas tout à fait. Préserver, ne pas perdre, garder fièrement son accent québécois (oui, il faut préciser : je ne pense pas que le problème soit le même pour un Marseillais voyez-vous...) signifie ne jamais se faire comprendre dans la vie courante. Par exemple, l’autre jour, j’étais pognée en char en plein milieu d’un carrefour lorsque le feu a passé au vert pour les automobilistes qui venaient dans l’autre sens. En France, quand ce genre d’incident arrive, les gens te foncent dedans (au lieu d’attendre 2 secondes que tu puisses avancer) et t’envoient chier, il faut vivre avec. Un motocycliste me fait signe de ne pas avancer (donc de rester en plein milieu du chemin, ce qui est absurde) et je lui lance par ma fenêtre ouverte un «Ben oussé veux-tu que j’aille câlisse!» qui n’a pas eu tout à fait l’effet escompté, parce que personne n'a compris ce que je venais de dire : dans ce genre de situation, je parlerai toujours une langue étrangère. La spontanéité, on oublie ça: je ne suis pas capable d’envoyer promener quelqu’un en français de France, même si j’adopte toute les intonations.

Pour faire la conversation aux gens que je ne connais pas avec mon accent, il faut accepter (je l’ai fait) de rester toujours une étrangère dans un pays qui ne semble pas vouloir devenir le mien («Vous êtes Canadienne!» C’est immanquable, mais c’est pas grave... les gens sont la plupart du temps ravis de pouvoir parler avec une Canadienne) et faire attention aux mots que j'utilise. Les gens que je ne connais pas, mais à qui je parle plus souvent, ma propriétaire ou le tabagiste, me font la remarque (désobligeante) suivante : «Votre français semble s’améliorer...» Mon français n’était pas plus ou moins moche avant, il était différent, et maintenant, il ressemble un peu plus au vôtre. J’ai souvent envie de dire qu’il y a des milliers de personnes de l’autre côté de l’Atlantique qui parlent comme moi. Entendez vous! CE N’EST PAS LE FRANÇAIS DU XVIIIe SIÈCLE! C’est le français Québécois du XXIe siècle!

Il y a aussi tous les petits malaises inclassables. Que pensez-vous de celui-ci, c’est dans le dernier Elle cuisine : «Sur le site http://www.cookshow.com/, pros et amateurs du monde entier se côtoient sans complexe, pour nous livrer recettes et astuces en vidéo. L’occasion d’apprendre à réaliser du sirop d’érable au gingembre, guidé par un chef québécois, en V.O.» Abasourdie de trouver dans la même phrase les mots «sirop d’érable», «québécois» et «V.O», je me suis posée deux-trois questions. Pourquoi étais-ce nécessaire d’écrire «en V.O.»?!? Chef québécois aurait suffit... Il faut savoir que tout ce qui sonne québécois ici est sous-titré ou doublé en Français de France (sauf la pub pour le nouveau sandwich Canadian Wild de Mc Donald... sans commentaire). J’ai fait le saut l’autre jour, je regardais la télé et j’ai vu un comédien québécois dans une pub de char, doublé avec l’accent français. Donc, en écrivant V.O., est-ce qu’on averti le lecteur que cette recette sera nécessairement plus compliquée étant donné l’accent québécois? Peut-être. N’est-ce pas paradoxal qu’on signifie dans la phrase précédente que les chefs du monde entier se côtoient sans complexe? Il y en a bel et bien un complexe, et c’est celui de la V.O., l’accent québécois réputé incompréhensible et qui reste, envers et contre tous, une stupide curiosité folklorique. Aurait-on écrit V.O. si on avait parlé des gaufres succulentes d’un chef Belge, d’une fondue au fromage Suisse, d’une omelette Basque, d’un cassoulet Toulousain? Non. Sirop d’érable, québécois, V.O. ... ça me donne presque envie de giguer... Moi aussi je peux écrire des phrases paradoxales. En voici une : Le problème avec les Québécois, c’est qu’il parle dans leur langue maternelle, le français.

Je vais me chercher du travail après mon mariage et je redoute les entretiens d’embauches. Et si mon futur employeur se mettait à m’imiter à chaque fois que je parle pendant l’entretien? Et si, une fois embauchée, les employés faisaient pareils? Je devrais (encore) expliquer que je suis écoeurée qu’on m’imite, et personne (encore) ne me prendrais vraiment au sérieux... « C’est pour te taquiner...» Ouain... Ta yeule. Une amie Française me racontait en fin de semaine qu’elle avait dû faire le message de fermeture du magasin à l’intercom lors de sa première journée de travail, que ça l’avait gêné... et si j’avais à le faire, moi, est-ce que les clients comprendraient ou bien n’écouteraient-ils que mon accent? Et si on refusait de m’engager parce qu’on redoute l’effet qu’aura mon français sur le public? Et si on me considérait comme l’innocente de service? Cette carte-là, on m’a conseillé de la jouer pour me trouver du travail... ça a l’air con, mais les Québécois ont cette gentille réputation ici. Sérieusement, ça met peut-être plus de chances de mon côté (sauf quand je magasine : dès qu’un vendeur entend mon accent, il s’empresse de me bourrer comme une valise pour me vendre son stock). On m’a dit de jouer la carte de l’anglais aussi : ici, je suis top bilingue... Bonjour, je m’appelle Rachel Gamache, je suis une gentille bilingue et je parle en V.O.

Ce n’est pas une farce. Normalement, on ne pense pas à tout ça quand on doit parler. Moi, j’y pense toujours, inconsciemment. À chaque fois que je rencontre un nouveau Français, je dois tout reprendre dès le début : articuler en malade, choisir et peser chacun de mes mots et surtout dire de ne pas m’imiter, que c’est agaçant à la fin, que ça fait huit mois que je vis ici... Je sens que RIEN ne me pousse à préserver, conserver, garder mon cher accent (sauf ceux qui ont de la compassion pour ma situation) et je comprends mieux pourquoi maintenant certains Québécois ont choisi de jeter le leur. Je ne leur en veux plus, c’est beaucoup plus facile ainsi de se mêler à la masse. Pourtant, moi, je résiste, pour le moment et pour longtemps, j’espère... Mais je n’ai rien à attendre en retour de cette résistance. Quoi que j’y fasse, ma langue changera et me trahira à nouveau quand je serai de retour au Québec. Chaque fois que je parlerai, on le saura que j’ai passé pas mal de temps en France. Et je devrai jongler éternellement avec les langues qui fabriquent mon identité. «Hi, my name is Rachel» «Where are you coming from, with this english? France? You speak well!»« No, I’m French Canadian... from Quebec»«I didn’t know that people were still speaking French in Canada?!?...»«Well... we keep some secrets like that... but maybe we’re going to bring this one in our graves»«Sorry... I didn’t get it. Could you repeat, please?»

On est bien au Québec, entre Québécois. On est comme dans un petit nid, chaud et douillet, une île... on cajole nos idéaux politiques, notre langue, notre culture, notre chaleur humaine (reconnue internationalement) et notre poutine. C’est bon, dans notre cocon on a réussi : on a survécu à l’envahisseur culturel et linguistique. On se sent menacé parfois, mais de l’intérieur, et les petits feux de pailles, on a vite fait de les éteindre au fond. Le reste du monde (même les États-Unis) est loin, très loin de nous.

Et c’est peut-être pour cette raison qu’ici (et ailleurs sans doute), on nous connaît encore aussi mal.

vendredi 1 août 2008

Le rêve prémonitoire de Karine Dufour, ou comment, inopinément, la vie est ben faite

22 juillet 2008, il est 8 heures. Karine Dufour est chez elle et se prépare pour une autre journée de travail acharné. Le téléphone sonne. C’est moi qui appelle, ça fait deux heures que je magasine en braillant les prix des billets d’avion pour Montréal.
- Qu’est-ce que vous faites cette semaine?
- ... Est-ce que tu t’en viens?
- Ouais...
Là, je file mal, mais Karine prend quand même le temps de me raconter qu’elle a rêvé qu’elle allait me chercher en ville, que j’avais pris l’avion, que je revenais (!) Elle en revenait pas. Y’a de quoi. Ça faisait quelques jours que je rêvais, moi aussi, que je revenais à Montréal.
- Ben, tu vas venir avec nous autres voir Paul Mc Cartney! Eille, pis tu vas être là pour le show de la Bobosh Rock*!!!


Pouvais pas mieux tomber : voir Paul et mourir; ressusciter, et chanter dans la Bobosh. Les deux plus grands rêves de ma vie. Je trouvais que mon down était cool finalement... Ouais, c’était les 10 jours les plus intenses de ma vie. Je pourrais vous raconter mon attente de 15 heures dans la foule pour voir Paul (tellement pognés qu’on faisait des rondes pour s’assseoir), nos répétitions pour la Bobosh (rock on), les steaks (Merci papa, Sandra et Franki), les 3-4 poutines et le hot-dog all-dressed que j’ai mangé dans la semaine (merci junk food d’exister), mon brunch (thérapeutique) avec Marilou (Merci!), notre take-out du St-Hubert, dégusté au Miami (Merci Val!), l’humidité typiquement Montréalaise (Merci l'été), mon magasinage pour ma robe de mariée (c’est trouvé yeah! Je suis full equiped. Merci maman!), comment Véro et moi avons perdu la voix après notre show rock (merci Véro d’être toujours aussi solidaire), l’Isles-aux-Coudres que je n’avais pas vue depuis longtemps, mes deux pieds dans le Fleuve St-Laurent et nos rides de char (Merci Pascal, Nadia, Stéphane de m’avoir promené partout). Je préfère vous parler de mes amis (qui sont vraiment les meilleurs du monde), qui ont toujours été là (...le curseur clignote, je sais pas comment vous témoigner mon amour... Voulez-vous m’épouser?!?) et qui me manquent affreusement depuis le mois de janvier. Juste de les voir, ça a cassé mon bad trip. Je sais pas si c'est l'urgence de profiter qu'on soit ensemble ou simplement le hasard qui a fait que mon voyage était surréaliste et complètement fou, par moment j'arrivais pas à croire que j'y étais... follement agréable comme séjour, mais quand même, c’était assez épuisant... pas trop de rêve prémonitoires comme ça, s’il-te-plaît, hein, Karine...


J'ai quitté pour la première fois Montréal à la lumière du jour, ce qui m'a permis d'admirer la majestuosité du Fleuve St-Laurent (c'est kitsh comme phrase, mais c'est tellement vrai que c'est beau!) Je suis revenue mercredi matin en France et j'ai eu le privilège de voir, par le hublot, la tour Eiffel dans un nuage de smog (j'ai essayé de voir Bonnelles, mais je pense que c'est trop petit (hihihi)). N'empêche, ça avait quelque chose de charmant. Chéri (qui s’est ennuyé pas mal) ne pouvait malheureusement pas venir me chercher à l’aéroport, mais entre les quidams qui avaient tous les yeux rivés sur la sortie des douanes, j’ai aperçu un visage bien connu. Souriant jusqu’aux oreilles, les cheveux dans le vent et le teint frais sous les plus gros verres fumés de star que j’ai jamais vu de ma vie, il m’attendait les bras ouverts, mon Optimisme, m’a dit qu’il essaierait de pas me lâcher, qu’on allait travailler fort, sortir plus souvent et recommencer à faire du jogging, question d’évacuer les trois poutines de la semaine... L’entraînement a d’ailleurs commencé sur-le-champ : sur le chemin du retour, il m’a regardé transporter mes bagages...


*Quand une image vaut mille mots... (À ceux qui ne m'ont jamais vu de leur vie (Salut Jo!) je suis au centre)

mercredi 16 juillet 2008

Quand le grand Cric fait Crac

Billet sincère et sans trop d’ironie : mes amis, j’ai touché le fond hier.

Fuck, je m’ennuie, y’a rien à faire. J’ai l’impression de passer à côté de ma vie, d’avoir manqué le train. Ça fait presque 5 mois que je suis ici et j’arrive pas à m’intégrer, à me sentir chez moi et à exister ici, maintenant, en France. Remarquez que je n’ai peut-être pas choisi la voie la plus facile. Écrire un mémoire en étant pas inscrite à l’université ici, c’était peut-être pas winner. Je ne le savais pas d’avance. Mon optimisme et moi croyions que c’était possible, voire facile, l’été dernier. Je pense que j’ai fait des efforts (déjà, je suis capable de parler fort en public, ce que je n’arrivais pas à faire en arrivant; j’ai réappris à conduire; je fais des trucs de Français, comme aller passer un week-end en Bretagne; je mange des lardons; je dit, à la boulangerie : «ce sera touuuuut!»; je dis «automate» au lieu de «guichet automatique», relou, ouf, planquer, bonsoir ; je vouvoie les gens (!)), j’essaie même d’être amie avec mes voisins, avec qui j’ai, sans aucun doute, zéro point en commun, sauf peut-être le fait d’être humaine. J’arrête pas de me demander ce que j’ai fait de pas correct pour que ça marche pas (Si quelqu’un d’entre vous croit détenir la vérité sur moi, prière de me laisser un commentaire). Y’a des moments où ça allait mieux pourtant, je ne sais vraiment pas ce qui fait que je retombe toujours dans le même pattern cave et négatif. Pour tout vous dire, je ne me reconnais même pas une miette là-dedans, je suis rarement déprimée, me semble (?!?)

Franchement, je fais une dépression, j’ai tous les symptômes. Le mal du pays est une dépression en soi, sauf que c’est le genre de blues inguérissable à mon avis. Si on tient compte qu’on guérit d’une dépression en changeant d’attitude face à nos idées noires, on peut pas dire que j’ai rien fait pour (j’en ai peut-être pas fait assez? Je ne le saurai jamais). Régler le problème n’est pas si difficile au fond : il faut juste revenir, que je me dis... je me bourrerai pas de pilules avant d’être retournée à Montréal, juste pour voir, si c’est véritablement ça le problème. Pour le moment, c’est dur de croire qu’il s’agit d’autre chose : j’en rêve toutes les nuits, ça devient maladif. Mais je garde l’oeil ouvert, j’ai peut-être juste mal digéré mon complexe d’Oedipe, qui sait?

Je craque. Coup de tête d’envergure : j’ai débloqué des fonds chez Mastercard et je fais un petit aller-retour imprévu (et dangereux, oui, car maintenant je peux vraiment dire avec assurance que je suis dans une situation financière plus que précaire, mais la santé, «ça n’a pas de prix» (maudit slogan de mastercard, on finit par y croire...)) à Montréal. (Je n’aurai pas le temps d’aller tous vous voir mes chéris, j’espère que c’est sans rancune).

Billet sincère: l’optimisme qui gît à mes côtés me dit de vous dire qu’elle espère sincèrement vous revenir top shape dans quelques jours pour pouvoir vous raconter à nouveau les joies et les complications de son existence.

mercredi 25 juin 2008

Rendez-vous de la Nation


On est arrivés hier vers 18h30, rue Pergolèse, dans le 16e, où se trouve la Délégation du Québec à Paris. Une partie de la rue avait été fermée pour l’occasion (imaginez le bout de la rue Marianne entre St-Denis et Rivard... c’était à peu près grand comme ça). C’était écrit «Québec» en gros sur une banderole accrochée entre les blocs appartements et il y avait plein de petits drapeaux qui ne flottaient pas au vent, parce qu’il n’y en avait pas. Des gros speakers nous renvoyaient les vieux hits de Marjo, de Gerry Boulet et d'Éric Lapointe. J’étais surexcitée de me trouver parmi autant de Québécois.


Tous les ingrédients pour une bonne St-Jean étaient réunis : il faisait 40° degrés à l’ombre, y’avait plein de Québécois habillés en bleu ou portant une cape-drapeau-du-Québec, la fanfare était pas super bonne (en fait c’était vraiment plate comme fanfare... déguisés à la mode Louis XV, on aurait dit qu’ils étaient pas contents d’être là), on a rien vu du show de l’école de cirque du Québec et on a seulement entendu Caïman Fu, le stage étant dans la cour intérieure de la Délégation, il faisait beaucoup trop chaud là-dedans pour pouvoir en profiter. On a vu deux ou trois fuckés de la St-Jean (dont deux Français fatigants du Couchsurfing Project, qui nous ont pris dans leur bras en nous disant qu’ils nous aimaient), Mélanie a renversé sa bière sur sa jupe, et durant la demi-heure où on a fait la queue pour une Maudite tiède et broutteuse à 4 euros, moi j'en ai reçu sur le bras (que j'ai léché ensuite). On a passé la majeure partie de la soirée évachés dans le gazon du parc d'à côté à boire notre bière et à discuter de choses et d’autres, passant allégrement de l’Holocaust aux régimes minceurs, de l’identité québécoise aux toilettes chimiques de la St-Jean à Québec. «Ça pue autant qu’à Montréal», ai-je entendu en allant à celles de la St-Jean de Paris... effectivement. On se sentait chez soi, quoi, en plus c'était plein de Français... sauf l'architecture, on se serait cru à une fête de quartier sur le Plateau Mont-Royal. Pour ajouter du glamour à la soirée, j’ai fait la connaissance du petit neveu de Gaston Miron (lequel a malheureusement la réputation de se câlisser de son aïeul poète) et des petits enfants de Fernand Ouellet (supers cools).


Pour finir, j’ai passé par dessus une mini clôture et j’ai réussi à déchirer mon pantalon neuf, et ce matin, j’ai mal à la tête (ce pourquoi j'ai la faiblesse intellectuelle de ne pas vous livrer mes réflexions sur les effets socio-culturels qu'une St-Jean-Baptiste parisienne ont sur ma condition d'expatriée)... quand je vous parle d’une vraie St-Jean.

mercredi 18 juin 2008

Jeux de pistes au Jardin du Luxembourg

Il y a eu une grève de RER lundi, ma belle-mère m’a appeler pour me le dire. Je passe tellement de temps dans ma cuisine à essayer d’écrire, que j'ai pris cette nouvelle très au sérieux. Plus de RER, quoi faire? Pourtant, c’est pas en France qu’on devrait s’inquiéter de ce genre de chose, si vous voyez ce que je veux dire. Moi, j’ai comme capoté. J’avais donné rendez-vous à une amie québécoise de passage à Paris le lendemain, et je lui ai tout de suite écrit un courriel pour lui dire que je ne pouvais pas bouger de la maison, impossible de me rendre en voiture à cause des 70 kilomètres de bouchons, il fallait remettre ça, j’allais tout manqué, maudits Français, merde, etc. ... bref, je me suis pété un beau cartoon à la drama queen... mais je m’en suis rendue compte seulement le lendemain matin, quand Chéri m’a dit de me calmer et de consulter le site de la RATP (l’équivalent de stm.info) avant de m'ouvrir les veines : 2 trains sur 3 allaient passer mardi sur la ligne B, pendant toute la journée. Vive la France.

Voyant que je m’échauffais l’esprit pour un événement aussi banal, je me suis dit : c’est bon, il faut sortir de la cuisine, là... La schizophrénie me guette à chaque instant. J’ai donc réécrit à mon amie, mais elle a dû prendre le message trop tard... J’ai même appelé d’autres amis pour savoir ce qu’ils faisaient, mais ils étaient occupés jusqu’au soir. Après une phase d’hésitation un peu folle (j’y vas-tu, j’y vas-tu pas?!?!) je suis partie comme une comète, en proie à une autre pulsion, me disant qu’il ne fallait surtout pas que je manque ma journée.

J’étais assise au Jardin du Luxembourg, en train de me dire que j’étais à Paris, que je n’avais rien à faire (ou pas envie de faire quelque chose, c'est Paris, on s'entend... j’avais amené les 3 livres d’Ubersfeld pour relire et relire encore une partie que je n’arrive pas à expliquer dans mon mémoire... on pourra pas dire que j’ai pas essayé de travailler...), et que je devrais me calmer les nerfs, quand tout à coup, un visage familier surgit d’entre tous les visages anonymes. Stéphane Vachon, en chair et en os, est passé à un mètre de ma chaise. Je me suis dit qu’il avait été envoyé en mission de filature par mes directrices pour me kidnapper et me séquestrer dans une pièce sombre et humide de la BNF, réservée aux travaux forcés pour mauvaises étudiantes, et que j’allais y rester jusqu’à ce que le bout de mes doigts saignent d’avoir trop écrit mon mémoire. Heureusement, j’avais mes lunettes fumées de star et je portais des vêtements neufs de la semaine dernière. Je me suis recroquevillée sur ma chaise et je suis passé inaperçue. J’ai évité de justesse une sévère correction. Pour me venger, j’ai joué son propre jeu et j’ai fait une paparazzi de moi-même.





Je pense envoyer ces photos au responsable des études supérieures du Département pour justifier ma demande de prolongation : comment voulez-vous que je travaille avec une pression pareille?!?
...en fait je me demande si c’est vraiment Stéphane Vachon que j’ai vu, ou si ce n’est qu’un mirage. Il avait l’air plus vieux que d’habitude. Depuis combien de temps suis-je partie déjà? Bref, cette apparition, quelle qu’elle soit, a porté ses fruits : je suis allée me cacher dans un coin pour relire Ubersfeld.

jeudi 6 mars 2008

Un Grand Dérangement

Le village où j’habite est assez étrange. Premièrement, il semble que tous ses habitants viennent de Normandie et ont un ancêtre Acadien qui s’est fait déporté. (Je ne sais toujours pas pourquoi ils me racontent tout ça, je ne suis pourtant pas Acadienne et je n’ai aucun ancêtre Acadien...) Les villageois qui n’ont pas d’ancêtres Acadiens, ont de la famille exilée à Montréal : «entre nous, c’est bien mieux le Canada !»(Ouais... Entre nous, ferme ta gueule de conne, moi j’ai le mal du pays une journée sur trois, fak c’est sûr que même la Saskatchewan c’est cent fois mieux qu’icitte.) Dans mon village, il y a aussi les tenants du retour aux sources : «c’est bien pour toi de rentrer au pays, de revenir aux sources...» (eille man, je suis pas rancunière là, sauf que ton pays nous a flushé y’a 300 ans, pis après ça on s’est fendu en quatre pour survivre... Les sources, les sources ! Comme si j’avais pas de pays!). Il y a d’autres personnes qui démontrent un peu plus de bonhommie : «ton français s’améliore chaque fois qu’on se voit!»«Merci, mes cabrioles linguistiques te sont entièrement dédiées mon ami!» Quand les Français me parlent du Canada je suis souvent frustrée, mais en même temps je les trouve cutes, parce qu’ils sont complètement ignorants (je suis fendante, c’est pas possible, c’est peut-être la preuve que je m’adapte (hihihi)...). Je fais mon mémoire sur l’adaptation québécoise des pièces de théâtre étrangères. J’ai la tête dans la sociolinguistique québécoise à chaque jour de ma vie. Quand je sors ma tête de cette histoire-là, je suis en France, avec les Français et leur langue de Français, celle contre qui les traducteurs de théâtre québécois se sont soulevés un bon moment donné pour dire «Woh, on a une langue et une culture nous autres itou! D’la marde les traductions françaises», constat que les Français n’ont jamais fait pour la simple et bonne raison qu’ils ne sont pas Québécois. Je connais mal l’histoire des Français, mais à mon avis, leur langue et leur identité ont rarement été mises en jeu. (J’ai entendu que le poids de leur histoire est lourd à porter, mais je ne suis pas sûre d’avoir compris ce que ça voulait dire.)

Donc, la question que je me pose est la suivante : comment puis-je vivre ma québécité en France? J’essaie d’être ouverte, souple, calme, sereine, je médite câlisse. Envoyez-moi en Bolivie, je suis sûre que je vais m’adapter, mais ici je pose une résistance de l’ordre d’une souche, une ben grosse souche, pis comme dirait l’autre «pour enlever une souche faut mettre la chainsaw d’dans, pis c’est pas toujours beau...» J’ai l’impression que le problème des Québécois quand ils sont en France pour longtemps (j’ai déjà vérifié, ce n’est pas que mon problème...), c’est qu’ils ont une difficulté monstre à s’ouvrir, dans le sens d'accepter la différence. Inconsciemment, on a la chienne : notre histoire collective nous dit qu’on a travaillé fort pour être vivants aujourd’hui, pour encore parler le français, qu'on s'est prononcé assez radicalement contre la sacro-sainte «Norme Française» pour pouvoir se sentir exister. J'ai l'impression qu'ici je dois remettre tout ça sur la table, encore et encore. Notre pays et notre langue sont sacrés, intouchables, surtout quand on est en France, et que personne ne s’avise d’en parler, ni en bien, ni en mal... Quand je disais que les Français sont cutes parce qu’ils sont ignorants, leur problème en fait c’est qu’ils aiment vraiment les Québécois, ils sont charmés par notre accent et par nos différences, ceux qui ont voyagé au Québec en gardent de beaux souvenirs, sauf qu’ils ne pourront jamais comprendre l’importance que ça peut prendre pour nous de se faire entretenir sur notre langue et nos racines... On est pas Français. (Hier, j’appelle à Montréal chez des amis et je tombe sur Claude-Yves, le père de Karine, qui a un accent charlevoisien gros comme le bras (le sien...). Là, je commence à y parler, pis je m’écoute en même temps... J’étais en train de choisir mes mots, comme si y’allait pas me comprendre !!! Ça, ça fait peur.)

Comment vivre ma québécité... comme dit souvent ma fée marraine, y’a des gens qui sont pas mal plus mal en point que nous, alors maintenant, quand j’ai une crise d’identité, je pense aux Acadiens.

vendredi 8 février 2008

Une canadienne au pays du fromage

Enfin, la période de hauts et de bas semble tirer à sa fin. Durant les 3 derniers jours, j’ai eu peur de devoir revenir hâtivement à Montréal sous prétexte d’une mélancolie mortelle. J’ai beaucoup pensé à ma famille et à mes amis, et j’ai revu en souvenir tous les bons moments que j’avais passé avec eux pendant les deux derniers mois. J’ai pensé beaucoup à mon ancien appartement, que j’aimais même si c’était le plus bruyant de Montréal, à mon dépanneur de chinois, aux Peter Jackson bon marché (maintenant je fume des Lucky, bien meilleures et beaucoup plus chères... mais je trouve que ça me va bien !). J’ai même téléchargé Google Earth. Au début c’était pour voir la maison de Mathieu qui est actuellement en Italie, puis ensuite j’ai recherché toutes les adresses que je connaissais au Québec, le tout bien arrosé de larmes ! Symptômes du décalage ou peur de l’avenir, mon moral d’acier n’en menait pas large et a coulé au fond... mais c’est terminé (ou presque, je ne pense pas pouvoir me déraciner aussi facilement hein !), je me sens mieux et je commence à apprécier tranquillement ma nouvelle vie. Je me suis également remise au travail et j’essaie maintenant de terminer le brouillon du premier chapitre de mon mémoire. Je prends beaucoup de pauses pour regarder la ménagerie dans le jardin : il y a un lapin qui se prend pour un canard, et je me demande ce qui sortira des oeufs que la canne a pondus cette semaine...
Moi qui aime tellement manger, je suis au pays de la bouffe et je m’en donne à coeur joie ! (Va falloir penser à faire plus de jogging.) Dans notre réfrigérateur se trouvent présentement une dizaine de sortes de fromages prêts à être engloutis. Dans le congélateur, il y avait des baguettes de pains (il n’y en a plus...) et c’est bien connu «les Français font le meilleur pain» (lors de mon premier voyage en France, j’avais acheté un sandwich jambon-beurre emballé dans un papier qui portait fièrement cette inscription, et ça m’a marqué) ! Nous avons acheté 24 huîtres (le marchand nous en a donné 36) pour 10 euros. Je n’ai pas passé un seul jour sans manger un carré de chocolat noir. Nous buvons une bouteille de vin provenant de la cave personnelle de mon chéri chaque jour (j’ai pris une pause mercredi dernier, j’étais tannée... tsé !) Hier, j’ai bu du champagne juste parce que ça me tentait ! La belle vie, merci, merci, merci !!! Aujourd’hui, j’ai mangé un spaghetti sauce tomate et je trouvais que ça faisait changement, oui, parce que la bouffe, ça fait mal quand même... et gare au diabète ! Je me suis enfoncé (je ne sais pas trop comment ça s’est passé, mais enfin...) une «écharde» d’huître dans la gencive, juste au dessus d’une palette et j’ai pensé que j’allais perdre ma dent (je suis hypocondriaque), et j’ai fait une réaction allergique, qui ne m’a pas défigurée, mais presque. Diagnostique personnel: j’ai trop abusé des laitages, du vin, du chocolat... Santé !