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lundi 15 septembre 2008

Mamie Nova, la star de Bonnelles

Avec la fin des vacances, Bonnelles est redevenue normale (!). Les lycéens gueulent à toute heure dans la rue, Jean-Pierre donne à nouveau des cours de yoga le jeudi après-midi, il y a une file d’attente d’une heure au bureau de poste, Patrick et sa femme hystérique ont ré-ouvert le bar-tabac du coin (qui a été fermé 1 F**** MOIS!), les poltrons sont d’ailleurs tous de retour au comptoir vers 16h30, et avec eux, évidement, le vieux vicieux trachéotomisé pour de faux, sa canne, son caddie de cannes à pêche et sa chienne de travail bleue sale (son chien marocain doit être mort puisqu’il n’était pas avec lui, mais je ne lui ai pas demandé, vous savez pourquoi). Je ressens quand même un peu de compassion pour lui, mais je reste sur mes gardes. En sortant du cours de yoga jeudi passé, il était là (il m’attend...) et a tendu la main pour que je la lui serre. (Ben oui! Comme si j’allais tomber dans le panneau!) J’ai dit «nonnonononoooon!!!» en agitant les mains en signe de refus, et j’ai pratiquement couru jusque chez moi. Il fait pitié : je suis sûre qu’il ne se souvient même pas qu’il m’a embrassé sans vergogne au printemps dernier et que je lui en veux encore. N’empêche, il m’énerve. Entoucas, je vais essayé de le prendre en photo, ça vaut la peine de lui voir la gueule. Il y a plusieurs énergumènes de ce genre à Bonnelles. Samedi matin, Chéri va chercher une brioche à la boulangerie, 30 secondes de marche, aller-retour. Il a pourtant mis 15 minutes pour y aller et revenir, découragé :«Putain, j’ai rencontré Mamie Nova...» Dépendamment de la catégorie d'énergumène que l'on rencontre sur notre route, aller à la boulangerie prend plus ou moins de temps.

La première fois que j’ai rencontré Mamie Nova, ce devait être au mois de février dernier, je venais tout juste de m’installer à Bonnelles, et j’allais sûrement, un peu comme Chéri samedi dernier, chercher du pain à la boulangerie, quand une vieille femme vêtue d’une étrange façon m’a fait signe dans la rue. Il faut tout d’abord savoir que, dans les rues de Bonnelles, tout le monde se salue : Bonjooouur!!! Alors je salue la vieille, et elle me répond :

- Mais on se connaît!!!
- Non, je pense pas, je viens d’arriver...
- Mais siiiiii! C’est moi, Mamie Nova, la star de Bonnelles! (ah ben, la star de Bonnelles...)
- Non mais chu pas venue à l’école ici, j’étais au Québec... c’t’impossible...
- Tout le monde me connaît, tous ils m’appellent Mamie Nova, la star de Bonnelles. C’est parce que j’ai enseigné 25 ans au lycée, vous devez vous souvenir de moi, je servais aussi les repas du midi à la cantine. Comment vous appelez-vous déjà?
- Rachel Gamache
- Je me souviens de vous, vous étiez dans la classe de machin en telle année...
- Ah ouin?!? (J’ai joué le jeux, voyant qu’elle ne me lâcherais pas) ça me dit quekchose...

Après, elle m’a parlé de ses problèmes de santé et de l’opération au genou de sa soeur pendant au moins dix bonnes minutes.

Ce qui m’a étonné à ce moment-là, c’est qu’elle n’avait rien à faire de mon accent québécois gros comme le bras, ça ne lui a pas sonné une cloche, sa célébrité l'a rendue sourde... j’en étais presque vexée... moi qui croyais être alors LA superstar de Bonnelles depuis mon arrivée, la vieille folle m'avait, depuis longtemps déjà, volé la vedette.


*****

ERRATUM : Je suis allée souper avec mes compagnons de voyage en fin de semaine et j’ai appris finalement que le cochon qui nous avait attaqué en Corse était en fait (a(w)ôôôôôh Cochooooonne!) une femelle sanglier.

mardi 3 juin 2008

Y a-t-il un psychanalyste dans la salle?

Cette nuit, j’ai fait mon premier rêve de Française. Je suis dans le métro de Paris, c’est le soir et il y a plein de monde, comme en vrai. En regardant les stations défiler, je me rends compte que je me suis trompée de direction, donc je descends du train, mais pour prendre la direction opposée, je dois encore payer mon entrée, ce que je fait. Les tickets qu’on me donne au guichet ressemblent à des porte-clés et (évidemment...) je suis incapable de les mettre dans la fente pour pouvoir passer le tourniquet. Après c’est flou; je ne m’en souviens plus ben ben... J’imagine que j’ai rêvé à ça parce que ces temps-ci je me demande si c’était une bonne idée finalement de rédiger mon mémoire en France : j’ai toute la documentation dont j’ai besoin, mais je suis incapable d’écrire quelque chose d’ordonné et de sensé. Depuis une semaine, je ne fait que réécrire ce que j’avais déjà écrit... impasse, je tourne en rond, patapon.

Avant quand j’étais tannée d’écrire, j’allais faire un tour dans Bonnelles, poster une lettre (ce qui est une activité en soi ici, puisque Madame La Poste est vraiment mêlée), ou marcher dans les bois. Maintenant, c’est différent. Je pensais que je m’étais fait un ami à Bonnelles. C’est un vieux monsieur, plus petit que moi. Au début je l’entendais juste parler dans la rue quand mes fenêtres étaient ouvertes. Sa voix est reconnaissable entre toutes, et pour cause, on dirait qu’il a une trachéotomie. Mais non. Il porte toujours un bleu de chine et un béret, marche avec une canne et se rase d’une façon telle que sa barbe ressemble à une coupe à blanc, tout comme le poil de son chien, qui lui a l’air de sortir tout droit d’une ruelle de Marrakech. Je l’avais déjà remarqué en ouvrant mes volets le matin, puisque j’habite en face du Tabac, et qu’il s’y arrête tous les jours vers 8h. Il promène un petit caddie avec 2 ou 3 cannes à pêche dedans. Je ne sais pas quels genres de poissons on peut pêcher au Tabac de Bonnelles, mais si on se fit aux rumeurs, ce doit être une sorte de barbotte qui macère des jours et des jours dans l’alcool, parce que jeudi dernier, mon petit monsieur était pas mal entreprenant.

Chaque fois que je sors, il est là. On dirait qu’il m’attend. Quand il me voit, il s’arrête de marcher et me regarde, hagard, le sourire fendu jusqu'aux oreilles. Alors, j’ai commencé à lui dire «Boooonjoooouur!», comme font tous les Bonnellois et Bonnelloises. Et il me répond toujours de sa voix d’outre-tombe, me parle de la température et d’autres choses que je n’arrive pas à saisir. Jeudi dernier, je sors pour aller à mon cours de yoga. Une grosse minute de marche quand je prends mon temps. Il était encore là, de l’autre côté de la rue, mais cette fois-ci il ne s’est pas arrêté de marcher. Il s’est plutôt mis à courir à ma rencontre (avec sa canne, quel badineur!), a traversé la rue (là, j’ai commencé à avoir peur), m’a dit «Bonjour»(mais ça ressemblait plus à «Vaonfvfjur») puis m’a attrapé par le cou pour que je penche de façon à ce qu’il puisse poser deux gros becs gluants de robine sur ma tendre joue. Il m'a demandé si j'allais au cours de gymnastique, tout en mimant les mouvements. C'était pitoyable. Maintenant ce n’est plus mon ami.

Hier, je vais chercher une baguette chez le boulanger, il était encore là, dans la rue. J’ai couru jusque chez le boulanger. Il est toujours là, (vieux cochon) !!! Il faut que j’aille à la Poste tantôt et j’ai pas envie. Sois je suis schizophrène, sois je suis en train de développer une phobie-du-vieux-bonhomme-de-Bonnelles.