lundi 30 juin 2008

One night stand, ou mon ami Simon Poulin

Simon, je ne le connais pas et c’est mon seul ami Facebook que je n’ai jamais vu : le genre d’ami avec qui on croit qu’on n’a pas d’engagement, qu’on aime parce qu’on le voit quand ça nous tente, qu’on a le droit d’oublier, de jeter, de reprendre quand on veut... une relation platonique, un vrai de vrai ami imaginaire. (Pour mettre dans le contexte ceux qui n’y sont pas, c’est l’auteur de la BD (ou des tranches (trash) de vie?) Ton papa me fourre en ligne depuis mars 2008 (www.papamefourre.blogspot.com), donc à peu près depuis que je suis exilée, et que je n’ai souvent rien d’autre à faire que de fureter sur internet en quête de divertissement.) En parfaite groupie, quand j’ai vu hier soir le mot FIN dessiné en lettres grises sur le dernier post du blogue de mon ami Simon Poulin, j’ai eu un choc. J’étais attachée quoi! «Chéri! Ton Papa me fourre a fermé! Noooooon!» (Quelle drôle de phrase quand on n’a pas les éléments pour la comprendre...) J’avais pas fait le décompte des épisodes, ni celui des pages et je me suis retrouvée face à la terrible réalité du lecteur de blogue : la fin, qui n’en est jamais vraiment une (sauf si l’auteur du blogue meurt vraiment), petite mort frustrante pour une lectrice à qui l’auteur avait tant donné... sans engagement les amis imaginaires?... mouais.
Le blogue : ce genre de lecture rapide, qui parle de tout et de rien, et surtout qui, pour moi, n’est pas de la Littérature avec un grand L (ce qui, rassurez-vous, n’empêche pas que j’ai beaucoup respect pour plusieurs auteurs.) Trop disparate pour coller au genre, trop de photos, trop de dessins, trop d’intertextualité, trop d’inside et d’adresses au lecteur, trop de poésie bidon, trop de post qui ressemblent à des pubs, trop de vidéos, trop de fautes d’orthographe, trop de MOI –AUTEUR, trop d’excuses pour justifier et trouver un sens à son existence... et je n’ai pas la prétention de dire que j’évite ce genre de digression littéraire sur Suivi des coups de tête. J’adore les blogues exactement pour ce que je leur reproche. Bref, leur tâche est de piquer la curiosité. Celui de Simon Poulin était d’ailleurs une référence dans ce domaine et peu m’importe qu’il se soit servi de cette tribune pour exposer ses viscères au grand jour ou pour mettre à l’épreuve ses exercices de style. Il n’y a pas de règles à suivre sur les blogues, ou du moins pas vraiment d’institutions qui les gère, c’est le règne de l’auteur libre et du lecteur avide, critique et vorace. J’ai l’impression parfois que c’est le «j’en-ai-marre» de la littérature, une contre-révolution du genre. Paradoxalement, ça m’a redonné le goût d’écrire des histoires, justement parce qu’elles ont trouvé un ailleurs moins abstrait que les oubliettes de mon disque dur...
Simon Poulin redoutait de se faire reconnaître dans la rue, mais avait le chic pour faire saliver son lecteur et le faire réagir, tâche ardue sur la blogosphère, où tout un chacun semble chercher un peu de reconnaissance. J’étais accro (et j’étais pas toute seule!) aux histoires de Simon, aussi pathétiques soient-elles, mais aussi aux commentaires dont les propos étaient parfois aussi scabreux que le message, le meilleur et le pire au même endroit, une allégorie de l’humanité, ouais... Le personnage n’était pas tout ce qu’il y avait de sympathique : pornographie et autres déjections primales et machistes, ordinairement, j’en ai rien à faire... mais j’ai vraiment eu envie de le croiser dans la rue, de le connaître un peu plus (ce qui s’est avéré impossible étant donné ma situation géographique), la preuve certainement qu’il est autre chose que ce qu’il raconte, un auteur peut-être. Entoucas, il s’est auto-consacré comme tel et il a eu bien raison. Sauf mon respect pour l’aspect autobiographique : c’était bon ! Si on veut mettre une image sur mes mots (et ainsi rendre hommage à l’auteur), on pourrait dire que Simon m’a bien fourrée et que j’ai bien jouis. Malheureusement, je ne livrerai pas ici tous les détails de cette nuit chaude et endiablée. Ça, c’est le truc de Simon. Merci pour le one night stand.

mercredi 25 juin 2008

Rendez-vous de la Nation


On est arrivés hier vers 18h30, rue Pergolèse, dans le 16e, où se trouve la Délégation du Québec à Paris. Une partie de la rue avait été fermée pour l’occasion (imaginez le bout de la rue Marianne entre St-Denis et Rivard... c’était à peu près grand comme ça). C’était écrit «Québec» en gros sur une banderole accrochée entre les blocs appartements et il y avait plein de petits drapeaux qui ne flottaient pas au vent, parce qu’il n’y en avait pas. Des gros speakers nous renvoyaient les vieux hits de Marjo, de Gerry Boulet et d'Éric Lapointe. J’étais surexcitée de me trouver parmi autant de Québécois.


Tous les ingrédients pour une bonne St-Jean étaient réunis : il faisait 40° degrés à l’ombre, y’avait plein de Québécois habillés en bleu ou portant une cape-drapeau-du-Québec, la fanfare était pas super bonne (en fait c’était vraiment plate comme fanfare... déguisés à la mode Louis XV, on aurait dit qu’ils étaient pas contents d’être là), on a rien vu du show de l’école de cirque du Québec et on a seulement entendu Caïman Fu, le stage étant dans la cour intérieure de la Délégation, il faisait beaucoup trop chaud là-dedans pour pouvoir en profiter. On a vu deux ou trois fuckés de la St-Jean (dont deux Français fatigants du Couchsurfing Project, qui nous ont pris dans leur bras en nous disant qu’ils nous aimaient), Mélanie a renversé sa bière sur sa jupe, et durant la demi-heure où on a fait la queue pour une Maudite tiède et broutteuse à 4 euros, moi j'en ai reçu sur le bras (que j'ai léché ensuite). On a passé la majeure partie de la soirée évachés dans le gazon du parc d'à côté à boire notre bière et à discuter de choses et d’autres, passant allégrement de l’Holocaust aux régimes minceurs, de l’identité québécoise aux toilettes chimiques de la St-Jean à Québec. «Ça pue autant qu’à Montréal», ai-je entendu en allant à celles de la St-Jean de Paris... effectivement. On se sentait chez soi, quoi, en plus c'était plein de Français... sauf l'architecture, on se serait cru à une fête de quartier sur le Plateau Mont-Royal. Pour ajouter du glamour à la soirée, j’ai fait la connaissance du petit neveu de Gaston Miron (lequel a malheureusement la réputation de se câlisser de son aïeul poète) et des petits enfants de Fernand Ouellet (supers cools).


Pour finir, j’ai passé par dessus une mini clôture et j’ai réussi à déchirer mon pantalon neuf, et ce matin, j’ai mal à la tête (ce pourquoi j'ai la faiblesse intellectuelle de ne pas vous livrer mes réflexions sur les effets socio-culturels qu'une St-Jean-Baptiste parisienne ont sur ma condition d'expatriée)... quand je vous parle d’une vraie St-Jean.

mercredi 18 juin 2008

Jeux de pistes au Jardin du Luxembourg

Il y a eu une grève de RER lundi, ma belle-mère m’a appeler pour me le dire. Je passe tellement de temps dans ma cuisine à essayer d’écrire, que j'ai pris cette nouvelle très au sérieux. Plus de RER, quoi faire? Pourtant, c’est pas en France qu’on devrait s’inquiéter de ce genre de chose, si vous voyez ce que je veux dire. Moi, j’ai comme capoté. J’avais donné rendez-vous à une amie québécoise de passage à Paris le lendemain, et je lui ai tout de suite écrit un courriel pour lui dire que je ne pouvais pas bouger de la maison, impossible de me rendre en voiture à cause des 70 kilomètres de bouchons, il fallait remettre ça, j’allais tout manqué, maudits Français, merde, etc. ... bref, je me suis pété un beau cartoon à la drama queen... mais je m’en suis rendue compte seulement le lendemain matin, quand Chéri m’a dit de me calmer et de consulter le site de la RATP (l’équivalent de stm.info) avant de m'ouvrir les veines : 2 trains sur 3 allaient passer mardi sur la ligne B, pendant toute la journée. Vive la France.

Voyant que je m’échauffais l’esprit pour un événement aussi banal, je me suis dit : c’est bon, il faut sortir de la cuisine, là... La schizophrénie me guette à chaque instant. J’ai donc réécrit à mon amie, mais elle a dû prendre le message trop tard... J’ai même appelé d’autres amis pour savoir ce qu’ils faisaient, mais ils étaient occupés jusqu’au soir. Après une phase d’hésitation un peu folle (j’y vas-tu, j’y vas-tu pas?!?!) je suis partie comme une comète, en proie à une autre pulsion, me disant qu’il ne fallait surtout pas que je manque ma journée.

J’étais assise au Jardin du Luxembourg, en train de me dire que j’étais à Paris, que je n’avais rien à faire (ou pas envie de faire quelque chose, c'est Paris, on s'entend... j’avais amené les 3 livres d’Ubersfeld pour relire et relire encore une partie que je n’arrive pas à expliquer dans mon mémoire... on pourra pas dire que j’ai pas essayé de travailler...), et que je devrais me calmer les nerfs, quand tout à coup, un visage familier surgit d’entre tous les visages anonymes. Stéphane Vachon, en chair et en os, est passé à un mètre de ma chaise. Je me suis dit qu’il avait été envoyé en mission de filature par mes directrices pour me kidnapper et me séquestrer dans une pièce sombre et humide de la BNF, réservée aux travaux forcés pour mauvaises étudiantes, et que j’allais y rester jusqu’à ce que le bout de mes doigts saignent d’avoir trop écrit mon mémoire. Heureusement, j’avais mes lunettes fumées de star et je portais des vêtements neufs de la semaine dernière. Je me suis recroquevillée sur ma chaise et je suis passé inaperçue. J’ai évité de justesse une sévère correction. Pour me venger, j’ai joué son propre jeu et j’ai fait une paparazzi de moi-même.





Je pense envoyer ces photos au responsable des études supérieures du Département pour justifier ma demande de prolongation : comment voulez-vous que je travaille avec une pression pareille?!?
...en fait je me demande si c’est vraiment Stéphane Vachon que j’ai vu, ou si ce n’est qu’un mirage. Il avait l’air plus vieux que d’habitude. Depuis combien de temps suis-je partie déjà? Bref, cette apparition, quelle qu’elle soit, a porté ses fruits : je suis allée me cacher dans un coin pour relire Ubersfeld.