J’ai beaucoup de compassion pour les personnages du théâtre de Tchekhov. Je trouve qu’ils font pitié. On dit souvent qu’ils sont «humains», «dotés d’une véritable psychologie», etc. Sans doute, oui, au théâtre… Sur la scène, ils sont plus vrais que nature (!) Ils sont peut-être malheureux, mais beaucoup plus vivants que moi qui suis là à les regarder vivre leur vie de personnages de théâtre. Je pense que c’est pour ça qu’on les trouve tellement humains : on se prend au jeu de la tranche de vie, c’est-à-dire qu’on suppose inconsciemment qu’il y a un avant et un après la pièce. Et ça, Tchekhov est maître dans l’art de nous y faire croire. Il nous mène en bateau, voyez-vous, je pense que ses pièces sont trop près de la réalité pour le théâtre. C’est du sur-théâtre. D’autres ont dit que son théâtre se rapprochait vraiment du genre romanesque… ça peut être une façon de le comprendre aussi : le roman, c’est vrai dans notre tête. Je parle d’une réalité imaginaire, qu’on mêle souvent avec la réalité réelle, une vie idéalisée, déformée au contact de l’interprétation qu’on en fait. Nos vies sont faites d’illusions et de désillusions, et sans l’imagination, la création (de solutions aux désillusions entre autres) je suis sûre qu’on mourrait tous instantanément. On se crée des raisons de vivre pour continuer à vivre et ne pas être malheureux. Les personnages de Tchekhov font tous ça : ils se font une raison. Ou ils meurent. C’est ça l’objet des pièces : pendant deux heures on voit plusieurs personnages qui se font une raison de leur existence. Et tous les êtres humains de la terre se font une raison, bonne ou mauvaise, on s’en fout.
Et je pense que c’est pour ça (entre autres) que le théâtre de Tchekhov est réputé difficile à monter, parce que ça ressemble tellement à ce qu’on peut vivre ontologiquement, qu’une fois mis en scène, on ne sait plus si on doit y croire, parce qu’en fin de compte, c’est du théâtre... Le contenu va à l’encontre du genre, le réel et l’imaginaire veulent prendre leur place au même endroit. C’est comme quand je donne des croquettes à mes deux chats : ils essayent de manger dans le même bol qui est beaucoup trop petit pour deux têtes de chats, et y arrivent difficilement. Finalement, ils se font une raison, et mangent chacun dans leur bol. Théâtre et réalité séparés, c’est beaucoup plus facile comme ça. Quand je vais voir et revoir les pièces de Tchekhov, j’ai, pendant de brefs moments, l’impression de toucher à quelque chose de la réalité, quelque chose de transcendant qui est là pour rester. Ça me rassure énormément. Je me sens chez moi, enfin. J’ai toujours envie de retourner chez nous, c’est pour ça que je retourne voir les pièces de Tchekhov. Ça n’a absolument rien de rationnel.
Je n’ai jamais eu l’impression d’être présente à la réalité. Je ne pense pas qu’il existe beaucoup d’humains qui le soient. Je suis soit occupée, soit préoccupée, je suis ici et là. Je suis toujours spectatrice de quelqu’un qui donne une interprétation du spectacle de sa vie, je suis figurante dans le théâtre des autres, vice-versa. Je lis des livres qui parlent des livres... Mais voilà, je suis obsédée par le théâtre de Tchekhov, c’est pas ma faute, c’est parce que j’arrive pas à m’en faire une raison, à savoir si c’est vrai ou si c’est faux, aucune approche n'est assez juste pour moi. (Quelle prétention!) Je ne fais pas la part des choses. «Tout est écrit», disait Tchekhov aux comédiens de la troupe de Stanislavski qui voulaient comprendre les personnages qu’ils interprétaient. Alors je continue à lire, à voir ce qu’en pensent les autres, et finalement, à ne pas trop chercher de solution… parce qu’après ça va être plate. (Quelle ironie!)
Bon. La prochaine fois je parlerai de rugby.
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lundi 2 mars 2009
mercredi 25 février 2009
Théâtreuse en déroute - I
J’ai relevé le défi des six semaines. (En fait, cinq, parce que la première j’ai rien fait.) Je ne faisais pas un régime, là, j’ai juste écrit une partie de mon mémoire.
Mais je ne sais pas trop quoi penser de ce que j’ai écrit encore... 17 pages de jus de cerveau et d’excès de nicotine, n’ayons pas peur des maux... J’espère que c’est (un peu) bon. Je vais me poser de sérieuses questions si j’ai encore échoué à la tâche, disons que ça sera peut-être le signe qu’il faut passer à un autre appel. Je ne me suis pas imposé d’ultimatum, dans le style : si mon analyse est pas bonne, fuck off. J’ai suivi une mauvaise piste d’analyse pendant longtemps, c’est-à-dire un an presque jour pour jour, et quand je m’en suis rendu compte, je me suis demandé si j’étais faite pour les études supérieures en littérature. Sauf que depuis 10 ans j’ai rien fait d’autre que du théâtre, de la littérature et de l’université... à part peut-être boire de la bière au Cheval et chiller. Je jouais du piano et de la guitare, je faisais partie d’une chorale, j’écrivais même des chansons, j’ai mis tout ça de côté et je me suis jetée à tête perdue dans l’analyse dramaturgique sans me poser de questions. Aucune question, ça s’est fait tout seul. Je me foutais bien de savoir ce que j’allais pouvoir foutre dans la vie. Je faisais «ça», c’était bien assez. L’important c’était de faire ce que j’aimais et ce pour quoi je croyais avoir du talent et de l’envergure. J’ai choisi autrement dit la voie de la réussite. J’avais en tête l’assurance d’exceller dans mon domaine (!), ce que j’ai fait jusqu’à ce que j’entre à la maîtrise. Méchant bordel. Bonjour LA remise en question.
Avant d’écrire un blogue, j’écrivais à l’encre noire dans un épais cahier Hilroy bleu royal. J’ai reparcouru le passé à la recherche du moment où je m’étais trompée (Détrompez-vous, ceci n’est pas un épisode de Heroes, je n’ai pas de pouvoirs) et de réponses à mes questions existentielles. Je suis tombée sur le moment où j’ai pris la décision de crisser mon camp (c’est l’expression juste, donc sans guillemets) en France. J’étais écoeurée de Tout et j’ai choisi de changer le Tout de façon radicale. En choisissant l’inconnu, je choisissais le meilleur, encore une fois, à mes yeux. Je ne me suis posé aucune question. J’ai agi.
C’est fou «agir» comme ça. Quand tout va pour le mieux, c’est pas pire. Sinon, c’est l’Apocalypse.
J’ai étudié avec Marilou quelques jours quand je suis allée à Montréal. On jasait et puis on parlait de la maîtrise. Elle me racontait que Pierre Nepveu trouve regrettable que plusieurs étudiants choisissent plus souvent un sujet en fonction de sa cérébralité que de sa viscéralité, tsé, un sujet qui viendrait du coeur. Puisque je baignais à ce moment-là dans la soupe totalitaire de la remise en question et que je cherchais toujours davantage à m’encombrer dans les différentes perspectives d’une hypothétique solution, je me suis demandé si mon sujet à moi venait de mon coeur.
Mais je ne sais pas trop quoi penser de ce que j’ai écrit encore... 17 pages de jus de cerveau et d’excès de nicotine, n’ayons pas peur des maux... J’espère que c’est (un peu) bon. Je vais me poser de sérieuses questions si j’ai encore échoué à la tâche, disons que ça sera peut-être le signe qu’il faut passer à un autre appel. Je ne me suis pas imposé d’ultimatum, dans le style : si mon analyse est pas bonne, fuck off. J’ai suivi une mauvaise piste d’analyse pendant longtemps, c’est-à-dire un an presque jour pour jour, et quand je m’en suis rendu compte, je me suis demandé si j’étais faite pour les études supérieures en littérature. Sauf que depuis 10 ans j’ai rien fait d’autre que du théâtre, de la littérature et de l’université... à part peut-être boire de la bière au Cheval et chiller. Je jouais du piano et de la guitare, je faisais partie d’une chorale, j’écrivais même des chansons, j’ai mis tout ça de côté et je me suis jetée à tête perdue dans l’analyse dramaturgique sans me poser de questions. Aucune question, ça s’est fait tout seul. Je me foutais bien de savoir ce que j’allais pouvoir foutre dans la vie. Je faisais «ça», c’était bien assez. L’important c’était de faire ce que j’aimais et ce pour quoi je croyais avoir du talent et de l’envergure. J’ai choisi autrement dit la voie de la réussite. J’avais en tête l’assurance d’exceller dans mon domaine (!), ce que j’ai fait jusqu’à ce que j’entre à la maîtrise. Méchant bordel. Bonjour LA remise en question.
Avant d’écrire un blogue, j’écrivais à l’encre noire dans un épais cahier Hilroy bleu royal. J’ai reparcouru le passé à la recherche du moment où je m’étais trompée (Détrompez-vous, ceci n’est pas un épisode de Heroes, je n’ai pas de pouvoirs) et de réponses à mes questions existentielles. Je suis tombée sur le moment où j’ai pris la décision de crisser mon camp (c’est l’expression juste, donc sans guillemets) en France. J’étais écoeurée de Tout et j’ai choisi de changer le Tout de façon radicale. En choisissant l’inconnu, je choisissais le meilleur, encore une fois, à mes yeux. Je ne me suis posé aucune question. J’ai agi.
C’est fou «agir» comme ça. Quand tout va pour le mieux, c’est pas pire. Sinon, c’est l’Apocalypse.
J’ai étudié avec Marilou quelques jours quand je suis allée à Montréal. On jasait et puis on parlait de la maîtrise. Elle me racontait que Pierre Nepveu trouve regrettable que plusieurs étudiants choisissent plus souvent un sujet en fonction de sa cérébralité que de sa viscéralité, tsé, un sujet qui viendrait du coeur. Puisque je baignais à ce moment-là dans la soupe totalitaire de la remise en question et que je cherchais toujours davantage à m’encombrer dans les différentes perspectives d’une hypothétique solution, je me suis demandé si mon sujet à moi venait de mon coeur.
Les personnages d’Oncle Vania sont formidables, très colorés (par la vodka entre autres...), mais ils regrettent tous de ne pas avoir agi au moment opportun, de ne pas avoir eu le courage peut-être de choisir leur vie. Ils sont résignés, attendent de mourir. Dans la Mouette, au début ils sont remplis de projets ou ont déjà accompli de grandes choses, puis chacun leur tour, ils plongent dans une désillusion dévastatrice. Je déteste les Trois soeurs, parce que j’ai peur des incendies entre autres, mais aussi parce que j’ai juste envie de les secouer pour les sortir de leur torpeur. Et la Cerisaie... C’est tout simplement incroyable que la maison qu’on réussit à garder pour soi dans Oncle Vania finisse par être vendue dans la Cerisaie. C’est la même maison... la maison de la résignation... mouhahahahaha!... Tchekhov, sacré coquin!
À suivre...
samedi 13 décembre 2008
Kiwi, de Daniel Danis - Une histoire de canards et de lumière, y paraît...
Hier soir j’ai eu la chance d’aller voir à nouveau une pièce de Danis, Kiwi, au Centre Wallonie-Bruxelles à Paris (10 euros le billet : j’étais morte de rire). La pièce a été créée à l’automne 2007 et cette production tourne depuis quelques temps en Europe francophone, je n’arrive pas à savoir si elle a été jouée au Québec (je ne cherche pas trop, j’aime bien me dire que j’ai un scoop !) J’avais quelques réserves avant de me rendre au théâtre. Dans le répertoire du CEAD, il est indiqué sur la fiche de la pièce qu’elle est destinée au 12 ans et + ... ouin. Je me suis souvenue que les pièces de Danis mettaient souvent en scène des personnages-enfants, et je ne voyais pas pourquoi celle-ci serait moins bonne que les autres parce qu'elle était supposément écrite en fonction d'un public adolescent. Effectivement, je n’ai pas regretté mon voyage à Paris.
Kiwi, c’est le nom d’une petite orpheline qui a onze ans au début de la pièce qui raconte son histoire et celle de Litchi, son «mari», dans la «famille» peu orthodoxe composée d’enfants de la rue. Ironiquement, tous se sont rebaptisés en se donnant des noms de fruits ou de légumes, nomenclature apétissante et fertile qui jure pathétiquement avec l’ambiance glauque de la misère et de la cruauté. Chassés de leur bidonville sous prétexte que la ville qu’ils habitent fait le ménage en prévision des jeux olympiques, les enfants s’organisent une société à leur manière dont le quartier général est un ancien bunker, la maison sous la terre, et se prostituent, à la maison noire, pour gagner leur pain et l’argent nécessaire pour acheter leur rêve, la maison de pierre.
J’aime me faire raconter des histoires et j’ai l’impression que les textes de Danis ont été écrits exactement pour satisfaire ce besoin viscéral de fiction humaine qui détermine les hauts et les bas de mon existence depuis ma naissance. Kiwi est un texte particulièrement touchant, encore une fois, très narratif, baigné d’une poésie libérée de tous les tabous des grammaires, où les mots-images, même ceux qui n’existent pas, deviennent envisageables et prononçables. Les personnages nous plongent dans leur histoire en nous la racontant plutôt qu’en la mimant, le dialogue direct entre eux étant pratiquement inexistant. Les conversations sont la plupart du temps rapportées, ce qui nous oblige à imaginer une grande part de l’action. J’ai l’impression que ça renforce notre position et notre rôle de spectateur puisqu’on a droit à plusieurs points de vue. Le spectateur doit assembler lui-même ces voix pour créer l’histoire. Bref, voir du Danis me donne l’impression que je suis en train de lire un livre. Deux plaisirs en un, donc.
En cela, ses textes ont la réputation d’être difficiles à mettre en scène. Pourtant, c’est bel et bien du théâtre, il n’y a pas de doute là-dessus. Je ne suis pas spécialiste de la mise en scène des textes de Danis, mais celle que j’ai vue hier était particulièrement impressionnante, peut-être parce que c’est l’auteur qui l’a conçu. Rien d’autre sur scène que deux écrans blancs. Le spectateur est plongé dans le noir et regarde la pièce, filmée sur scène en direct et en nocturne par un caméraman et projetté sur les toiles. En se servant de la technologie, Danis questionne les possibilités de la mise en scène. Les acteurs sont présents sur scène tout en ne l’étant pas pour le spectateur qui ne les aperçoit que par le truchement de la vidéo. Filmé la plupart du temps en gros plan, la caméra nous permet paradoxalement de mieux voir les acteurs et de nous rapprocher des personnages qu’ils incarnent, de vivre l’exigüité des lieux, propres et figurés, qu’ils sont forcés d’habiter, mais aussi de ressentir leur amour fraternel, la compréhension et l’entraide dont ils doivent faire preuve au jour le jour pour s’en sortir. La noirceur de la mise en scène met en lumière l’espoir qui portera finalement les personnages jusqu’au dénouement de leur cauchemar, dans un chez soi survolés par les canards et la lumière. Une récompense équivoque qu’ils auront payée de leur innocence.
*****
La technologie a perdue de sa «nouveauté» au théâtre. J’entends par là qu’il n’est pas rare que les metteurs en scène explorent les textes de théâtre avec des moyens qui dépassent le genre dans ses traditions. Ce travail d’exploration est remarquable pour moi, peu importe la qualité du résultat : il est tout à fait légitime de chercher à approfondir les textes de théâtre en usant de moyens techniques, qui sont par ailleurs de plus en plus accessibles et complètent souvent à merveille la dramaturgie d’un auteur, comme ça été le cas pour Kiwi. N’empêche, il semble qu’il y aura toujours des gens qui penseront être les seuls sur la terre à explorer les possibilités du théâtre, comme ces deux inconnues assises derrière moi, hier soir. Dégoutée dès la lecture du programme, une des deux femmes a sifflé amèrement à son amie : «Du théâtre-filmé... Tout le monde te copie maintenant ...»
Kiwi, c’est le nom d’une petite orpheline qui a onze ans au début de la pièce qui raconte son histoire et celle de Litchi, son «mari», dans la «famille» peu orthodoxe composée d’enfants de la rue. Ironiquement, tous se sont rebaptisés en se donnant des noms de fruits ou de légumes, nomenclature apétissante et fertile qui jure pathétiquement avec l’ambiance glauque de la misère et de la cruauté. Chassés de leur bidonville sous prétexte que la ville qu’ils habitent fait le ménage en prévision des jeux olympiques, les enfants s’organisent une société à leur manière dont le quartier général est un ancien bunker, la maison sous la terre, et se prostituent, à la maison noire, pour gagner leur pain et l’argent nécessaire pour acheter leur rêve, la maison de pierre.
J’aime me faire raconter des histoires et j’ai l’impression que les textes de Danis ont été écrits exactement pour satisfaire ce besoin viscéral de fiction humaine qui détermine les hauts et les bas de mon existence depuis ma naissance. Kiwi est un texte particulièrement touchant, encore une fois, très narratif, baigné d’une poésie libérée de tous les tabous des grammaires, où les mots-images, même ceux qui n’existent pas, deviennent envisageables et prononçables. Les personnages nous plongent dans leur histoire en nous la racontant plutôt qu’en la mimant, le dialogue direct entre eux étant pratiquement inexistant. Les conversations sont la plupart du temps rapportées, ce qui nous oblige à imaginer une grande part de l’action. J’ai l’impression que ça renforce notre position et notre rôle de spectateur puisqu’on a droit à plusieurs points de vue. Le spectateur doit assembler lui-même ces voix pour créer l’histoire. Bref, voir du Danis me donne l’impression que je suis en train de lire un livre. Deux plaisirs en un, donc.
En cela, ses textes ont la réputation d’être difficiles à mettre en scène. Pourtant, c’est bel et bien du théâtre, il n’y a pas de doute là-dessus. Je ne suis pas spécialiste de la mise en scène des textes de Danis, mais celle que j’ai vue hier était particulièrement impressionnante, peut-être parce que c’est l’auteur qui l’a conçu. Rien d’autre sur scène que deux écrans blancs. Le spectateur est plongé dans le noir et regarde la pièce, filmée sur scène en direct et en nocturne par un caméraman et projetté sur les toiles. En se servant de la technologie, Danis questionne les possibilités de la mise en scène. Les acteurs sont présents sur scène tout en ne l’étant pas pour le spectateur qui ne les aperçoit que par le truchement de la vidéo. Filmé la plupart du temps en gros plan, la caméra nous permet paradoxalement de mieux voir les acteurs et de nous rapprocher des personnages qu’ils incarnent, de vivre l’exigüité des lieux, propres et figurés, qu’ils sont forcés d’habiter, mais aussi de ressentir leur amour fraternel, la compréhension et l’entraide dont ils doivent faire preuve au jour le jour pour s’en sortir. La noirceur de la mise en scène met en lumière l’espoir qui portera finalement les personnages jusqu’au dénouement de leur cauchemar, dans un chez soi survolés par les canards et la lumière. Une récompense équivoque qu’ils auront payée de leur innocence.
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La technologie a perdue de sa «nouveauté» au théâtre. J’entends par là qu’il n’est pas rare que les metteurs en scène explorent les textes de théâtre avec des moyens qui dépassent le genre dans ses traditions. Ce travail d’exploration est remarquable pour moi, peu importe la qualité du résultat : il est tout à fait légitime de chercher à approfondir les textes de théâtre en usant de moyens techniques, qui sont par ailleurs de plus en plus accessibles et complètent souvent à merveille la dramaturgie d’un auteur, comme ça été le cas pour Kiwi. N’empêche, il semble qu’il y aura toujours des gens qui penseront être les seuls sur la terre à explorer les possibilités du théâtre, comme ces deux inconnues assises derrière moi, hier soir. Dégoutée dès la lecture du programme, une des deux femmes a sifflé amèrement à son amie : «Du théâtre-filmé... Tout le monde te copie maintenant ...»
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